C’est ce mercredi que le Temple de la renommée du hockey annoncera l’identité des immortels de 2020. À sa première année d’admissibilité, Jarome Iginla fait partie des plus sérieux candidats. Retour sur sa carrière grandiose.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

D’un côté, les Canucks de Vancouver, champions de leur division avec une récolte de 101 points. Une équipe qui a acquis des vétérans en fin de saison dans l’optique d’un long printemps.

De l’autre côté, les Flames de Calgary, auteurs de 94 points en saison, avec une attaque plutôt modeste, dans le rôle des négligés.

Mais en ce 19 avril 2004, les Flames mènent 2-1 dans le septième match. Avec six secondes à jouer en troisième période, Matt Cooke fait exploser le toit du GM Place en créant l’égalité et force la tenue de la prolongation.

« L’aréna était tellement bruyant, se souvient Martin Gélinas, alors attaquant pour les Flames. On arrive dans le vestiaire, c’est tout le contraire, c’est tellement calme, on sentait la peur. Puis, Jarome s’est levé : ‟Si quelqu’un nous avait dit avant la série qu’on allait se rendre jusqu’au septième match contre Vancouver, on aurait tous été vraiment contents.”

« Tout de suite, l’ambiance a changé, les esprits des gars sont devenus plus clairs. »

Après 85 secondes en prolongation, Gélinas saute sur un retour de tir d’Iginla et donne la victoire aux Flames.

Iginla n’a finalement jamais gagné la Coupe Stanley. Mais c’est ce printemps-là qu’il est passé le plus près, menant les Flames en finale, où le Lightning de Tampa Bay a eu besoin de sept matchs pour l’emporter. Coupe ou pas, c’est au cours de ce printemps magique de 2004 qu’Iginla a cimenté une partie de son héritage.

Héritage qui devrait lui valoir assez de votes pour être admis au Temple de la renommée du hockey, mercredi.

PHOTO CANDICE WARD, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Les Flames de Calgary ont retiré le numéro 12 de Jarome Iginla le 2 mars 2019.

Lors de cette saison 2003-2004, Iginla avait inscrit 41 buts. Dans la saison la plus défensive de la LNH depuis l’expansion de 1967, ça lui avait valu à égalité le premier rang du circuit. Il avait ajouté 13 buts en séries éliminatoires, là aussi un sommet dans la ligue.

Mais à cette époque où les bagarres étaient encore en vogue, Iginla avait aussi fait parler de lui pour ses poings.

« Il s’était battu dans chaque ronde. Il était en feu ! se souvient Denis Gauthier, coéquipier d’Iginla de 1997 à 2004. Il avait toujours un message à passer dans ces batailles-là. À l’autre équipe, il disait : ‟Si vous voulez gagner, vous allez devoir me passer sur le corps.” Et à ses coéquipiers, c’était : ‟Je m’en vais à la guerre pour vous.”

« Ces batailles étaient toutes contre des joueurs d’envergure de l’autre côté : Mattias Ohlund avec Vancouver, Derian Hatcher avec Detroit, Scott Hannan avec San Jose. Ça m’a marqué parce que les trois devaient le couvrir dans ces séries-là. Jarome se disait : ‟S’ils me couvrent, ils vont payer le prix.” »

Tout ça a culminé en finale, quand Iginla en est venu aux coups avec… Vincent Lecavalier !

Gélinas était sur la patinoire quand ça a éclaté. « Je vais donner du mérite à Lecavalier. J’avais vu Jarome se battre avant, mais pas Lecavalier. Ça a été une bonne bagarre, qui a donné un boost aux deux équipes », se souvient Gélinas, aujourd’hui entraîneur adjoint chez les Flames.

« Lecavalier était la tête d’affiche de Tampa, ajoute Gauthier. Jarome se disait qu’il allait pogner la tête du serpent. Et on avait un groupe de jeunes facile à inspirer. On carburait aux mises en échec, aux bagarres, aux arrêts spectaculaires.

On jouait beaucoup sur l’émotion, car le talent, on en avait moins que les autres clubs.

Denis Gauthier

Iginla avait terminé ce match-là avec un but et une mention d’aide, s’offrant un tour du chapeau à la Gordie Howe dans une victoire de 3-0 des Flames.

« Dans sa tête, c’était : ‟C’est mon équipe, c’est mon moment, je sors de l’ombre”, se souvient Gauthier. Il a instauré une confiance en nous et ça nous a permis de surprendre tout le monde jusqu’au septième match en finale. »

« C’était le leader de cette équipe, ajoute Vincent Damphousse, qui avait affronté Iginla avec les Sharks en finale de l’Ouest. Il était leur meilleur joueur, dans un rôle de marqueur qui frappait, qui suivait le rythme. Le power forward typique. »

Et des buts !

Si la candidature d’Iginla au Temple semble si solide, c’est qu’il remplit plusieurs critères qui définissent les immortels.

– Il a gagné la Coupe du monde une fois, le Championnat du monde une fois et l’or olympique à deux reprises. Aux Jeux de 2010, c’est lui qui a servi la passe décisive à Sidney Crosby pour le but vainqueur en finale ;

– Il a remporté la Coupe Memorial non pas une, mais deux fois, avec les Blazers de Kamloops (1994 et 1995) ;

– Avec 625 buts, il est l’un des 20 joueurs de l’histoire à avoir atteint la marque des 600. Parmi les 19 autres, 17 sont au Temple. Les deux autres – Alexander Ovechkin et Jaromir Jagr – sont encore actifs.

52
En 2001-2002, Jarome Iginla a établi un sommet personnel en marquant 52 buts. Cette année-là, les Flames de Calgary en ont inscrit seulement 201, si bien qu’Iginla a totalisé plus du quart (25,9 %) des buts de son équipe !

« Souvent, les jeunes vont essayer de marquer en tirant haut, ils le font depuis le pee-wee ! Lui, il marquait beaucoup de buts avec son tir des poignets en angle, des tirs bas, avec la rondelle à ras la glace, décrit Damphousse. Il avait un tir rapide, en patinant, sans avertissement. »

En fait, il ne manque qu’une Coupe Stanley à son dossier. Gélinas, lui, l’a gagnée en 1990, à la première de ses 18 saisons dans la LNH. Il se rendra ensuite trois fois en finale, perdant chaque fois. S’il y en a un qui est bien placé pour juger du mérite d’un joueur qui n’a pas de bague, c’est bien lui.

« C’est sûr que gagner la Coupe, c’est beaucoup. Mais quand tu regardes sa carrière, tu peux facilement passer par-dessus le fait qu’il ne l’a pas gagnée. Sur la patinoire, il pouvait jouer robuste, il était dominant.

« Ensuite, il a eu une grosse carrière internationale. Il a gagné des médailles d’or. Et en dehors de la patinoire, c’est un gars qui a été très généreux. C’était un ambassadeur parfait pour la LNH. »