En tout, ça fait déjà 26 ans, mais Stéphane Matteau jure que son but, LE but, est encore plus gros aujourd’hui. Encore plus immense, si on peut dire.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

« Je vais souvent donner des cliniques de hockey aux jeunes dans la région de New York, je fais environ 60 ou 70 apparitions par année avec les anciens des Rangers, et maintenant, c’est rendu que les fans parlent de mon but à leurs enfants et à leurs petits-enfants », raconte l’ancien joueur au bout du fil.

« À la date exacte du but, je reçois de plus en plus de messages chaque année. On dirait que ça grossit avec le temps… »

Ce qui est assez spécial, quand on y pense. Après tout, le but, son but, remonte au 27 mai 1994, date du match numéro sept de la finale d’association de l’Est entre les Rangers de New York et les Devils du New Jersey. Matteau, attaquant et joueur de soutien chez les Rangers, a profité du moment et de cette grande scène pour se faire remarquer, comme les joueurs de soutien le font souvent dans ces occasions.

Cette semaine encore, à la date précise, bien sûr, il a reçu des messages de fans qui n’ont pas oublié ce but, réussi en deuxième période de prolongation au Madison Square Garden.

« Un but chanceux, admet-il aujourd’hui. Je suis passé derrière le filet et j’ai dû être accroché deux ou trois fois par [Scott] Niedermayer des Devils. »

Je n’ai rien essayé de faire là-dessus, vraiment, à part peut-être mettre la rondelle au filet. Je n’avais pas de plan précis en tête, mais c’est un peu l’histoire de ma carrière…

Stéphane Matteau

« Ensuite, j’ai vu la rondelle entrer, très tranquillement, derrière la ligne rouge et finalement au fond du filet. Sur le coup, j’ai juste pensé à l’équipe : ce but-là, ça voulait dire qu’on irait en grande finale ! Il y avait tellement de bruit dans la place. Et puis c’est drôle, j’ai revu la séquence l’autre jour et je me demandais ce qui est arrivé avec la rondelle. On peut voir que Martin Brodeur la prend avec sa main, celle du bloqueur, et qu’il la lance à sa droite… Je n’ai jamais pensé à aller la récupérer, et je n’ai aucune idée de l’endroit où elle se trouve aujourd’hui ! »

Une question de confiance

Ce but de Matteau faisait suite à une autre soirée mémorable, vécue 48 heures plus tôt : celle du match numéro six au New Jersey, quand le capitaine Mark Messier, de manière très affirmée, était allé jusqu’à prédire la victoire de sa bande (« on a gagné 4-2, il a fini avec trois buts et une passe ! », se rappelle le Québécois), un grand moment dans cette longue liste de grands moments lors de ce printemps magique de 1994 à Manhattan.

« Je revoyais récemment des images de la conquête de 1993 du Canadien… Je regardais les gars de cette équipe et ils avaient tous leur propre histoire, leur propre cheminement. Nous, avec les Rangers de 1994, on a vécu un peu la même chose. »

On avait une bonne équipe, avec des joueurs de premier plan, mais aussi des joueurs de soutien. Et on était confiants. Je n’ai jamais joué avec des gars aussi confiants.

Stéphane Matteau

Au bout du compte, ces Rangers de la destinée – ils n’avaient pas gagné une seule Coupe en 54 ans – vont finir par vaincre les Canucks de Vancouver en grande finale, non sans avoir eu une bonne frousse en cours de route. « On menait la série 3-1 et, avant le cinquième match au Madison Square Garden, la direction du club nous avait envoyé des chauffeurs pour éviter qu’on prenne nos voitures, parce qu’on allait passer la nuit à célébrer et qu’on n’allait probablement pas se contenter de boire deux Pepsi… Eh bien, on a perdu ce match-là, et on a perdu aussi le sixième à Vancouver ! »

Heureusement pour les Rangers, le désastre a pu être évité, et le soir du 14 juin, après un discours émouvant de l’entraîneur Mike Keenan, ils ont enfin pu gagner le célèbre trophée argenté en remportant le match numéro sept. Les Rangers ont ensuite été fêtés dans les rues de Manhattan le 17 juin, et c’est ce bout de leur histoire qui se retrouve dans l’excellent documentaire June 17th, 1994 de la série 30 for 30 du réseau ESPN.

Ce jour-là fut assez spécial, puisque c’était la planète sports en entier qui était dans tous ses états : en plus du défilé des Rangers, il y eut, entre autres événements, les matchs de la Coupe du monde de soccer présentés en territoire américain, les Knicks de New York en grande finale de la NBA, et la folle poursuite d’O.J. Simpson à la télé, en direct des autoroutes de Los Angeles, à bord d’une Bronco blanche qui a marqué toute une génération.

La tête dans les confettis, les gars des Rangers n’ont rien vu de tout ça.

« Les joueurs, on habitait la banlieue, et on a tous pris le bus ce matin-là pour aller participer au défilé… On célébrait et personne n’a eu connaissance de ce qui était en train de se passer ailleurs, entre autres avec O.J. ; on l’a vu seulement en rentrant le soir, à la télé. Les gars des Knicks, on ne les croisait pas souvent, sauf pour Anthony Mason, qui était entré une fois dans notre vestiaire avec un chandail des Rangers sur le dos. Il disait : “Vous autres, allez gagner la Coupe Stanley, et nous, on va essayer de gagner notre championnat…” »

Les Knicks n’ont pas eu cette chance. Les Rangers, oui. Un peu beaucoup grâce à Stéphane Matteau et à ce but qui ne cesse de grossir.

June 17th, 1994 sera diffusé ce dimanche 31 mai à midi et demi sur les ondes de TSN1.