Matchs à huis clos, séries repoussées en Suisse, carrément annulées en Allemagne. Des joueurs qui renoncent à des bonis. Des doutes quant à la tenue du Championnat du monde. Le hockey en Europe est sens dessus dessous ces derniers jours avec l’intensification des mesures pour contrer la propagation du COVID-19.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

« Normalement, c’est le meilleur temps de l’année, les fans sont dedans, tout le monde est content. Ça fait 17 jours qu’on n’a pas joué de match qui compte. C’est dur de garder le rythme », admet David Desharnais, porte-couleur du HC Fribourg-Gottéron, au bout du fil.

« À ce temps-ci, d’habitude, on s’entraîne sur la glace pendant 25 minutes, et la bataille, c’est le soir, quand on joue des matchs. Là, c’est comme revenir au camp d’entraînement ! »

La Ligue nationale suisse est paralysée depuis une dizaine de jours, même si le pays est relativement épargné par le COVID-19. En date de mardi, 332 cas, dont 2 mortels, ont été répertoriés en Suisse, selon l’Organisation mondiale de la santé. Par contre, l’Italie voisine a répertorié 168 morts dans les 24 dernières heures, si bien qu’on ne court aucun risque. C’est pourquoi les événements rassemblant un grand public sont annulés. Le Salon de l’auto de Genève y est passé, plusieurs événements sportifs aussi.

On a donc disputé les derniers matchs de la saison à huis clos, et le début des séries a été retardé. Pour le moment, la ligue prévoit que les séries s’amorceront mardi prochain, le 17 mars. Les autorités doivent toutefois faire le point vendredi, et les avis sont partagés. Certains, comme Desharnais, se rangent du côté des optimistes et croient que les matchs auront lieu, mais dans des arénas vides.

Son entraîneur, le Québécois Christian Dubé, se range toutefois dans l’autre camp. « Avec le lockdown en Italie, les chances qu’on joue sont très minces », craint Dubé.

L’Italie paralysée

C’est justement ce qui a été décidé en Allemagne, où on a annoncé mardi que le reste des séries était annulé. Comme en Suisse, le coronavirus a fait deux morts (sur 1139 cas), mais les autorités ont joué de prudence.

En Italie, la situation est nettement plus sérieuse.

« On attend de savoir si on va jouer. À l’origine, les séries devaient commencer autour du 7 mars, mais ça a été remis au 17. Mais je m’attends à ce que ce soit annulé », explique le Montréalais Phil Pietroniro, un ancien défenseur de la LHJMQ, qui porte les couleurs de l’Asiago HC.

La vie à Asiago suit tout de même son cours, puisque la Vénétie n’est pas la région la plus touchée. L’histoire est toutefois différente en Lombardie, où est installé Patrice Lefebvre. L’ancienne gloire des Cataractes de Shawinigan, qui était entraîneur jusqu’à tout récemment dans la Ligue des Alpes (la ligue professionnelle qui regroupe l’Italie, l’Autriche et la Slovénie) demeure à une vingtaine de kilomètres de Milan.

« Je ne peux pas sortir de mon village. Tu peux seulement sortir si t’as une urgence médicale ou si t’as un papier signé par le travail. Sinon, tu peux aller à l’épicerie, mais ils laissent rentrer seulement 15 personnes à la fois », explique Lefebvre.

« Ma plus grande fille fait des conférences vidéo avec ses professeurs. Ma femme est enseignante aussi, donc elle donne ses cours à distance. Moi, je me trouve des choses à faire. J’ai un gym dans mon sous-sol, donc je passe du temps là. C’est assez spécial ! Je ne pensais pas vivre ça dans mon temps sur la Terre, mais ce sont les mesures à prendre pour enrayer le virus. En mettant tout le monde en quarantaine, ça devrait aller dans la bonne direction ! »

Les conséquences

Revenons en Suisse. Si le jeu reprend, il y aura des aménagements. « C’est possible que les séries soient réduites à des 3 de 5 (au lieu des 4 de 7) pour accélérer un peu les choses », soulève le Québécois Serge Pelletier, entraîneur-chef du HC Lugano.

Il y a déjà eu des conséquences financières au HC Bienne, où l’équipe a annoncé que les joueurs renonceront à leur prime liée aux séries éliminatoires, si le huis clos est maintenu. Un autre rappel que certaines équipes du circuit suisse ne roulent pas sur l’or. « On ne peut pas arriver à deux millions dans le trou, rappelle Christian Dubé. On n’a pas de milliardaire qui nous finance, à Fribourg. On est soutenus par 300 petites entreprises. »

« Personne dans le milieu ne sait quoi penser, ajoute le journaliste Grégory Beaud, affecté à la couverture du hockey pour Le Matin. Des joueurs, des coachs me textent et me demandent ce que j’entends. Un coach m’a dit que c’est impossible d’avoir la concentration des joueurs à l’entraînement, car il y a trop de distractions. »

Et le Championnat du monde ?

On sait déjà que le Championnat du monde féminin a été annulé. L’événement devait se tenir en Nouvelle-Écosse.

Et si le volet masculin subissait le même sort ? Le mondial doit avoir lieu à Zurich et Lausanne et s’amorcer le 8 mai, soit dans deux mois. L’annulation des grands événements est un facteur, mais on craint que la LNH refuse de libérer ses joueurs pour leur permettre de participer au tournoi. Cette hypothèse a paru prématurée aux yeux des sources que La Presse a consultées. Mais il y a néanmoins une crainte bien réelle chez les Helvètes que le Championnat du monde soit annulé.

Christian Dubé fait partie des sceptiques. « C’est un gros tournoi, qui génère une grosse ferveur autour du hockey par ici. Ça serait très dommage. Financièrement, il y a de grosses retombées pour la région. »

En attendant, la vie continue à l’extérieur des arénas, même si on note certains changements. « Les restaurants sont à moitié vides, les cafés aussi. Il y a moins de gens dans les lieux publics, observe Serge Pelletier. Je ne sais pas si c’est un syndrome, mais les gens semblent remplir les paniers d’épicerie plus qu’à l’habitude ! »

« Il y a les deux extrêmes. Il y a des gens très inquiets, qui suivent les recommandations strictes, et il y a ceux qui disent que c’est simplement une grippe, explique le journaliste Grégory Beaud. Mais il y a de moins en moins de gens dans cette deuxième catégorie. Je ne sens pas une inquiétude, pas de ruée dans les magasins, mais les gens sont très conscients de la situation. On vit ça à la suisse, je dirais ! »