(Laval) Cole Caufield est en vacances. Mais pour combien de temps ? La question passionne ceux qui rêvent de le voir fait le saut chez les professionnels le plus tôt possible.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

S’il s’entend avec le Canadien au cours des prochains jours, on pourrait voir le joueur de 19 ans dans la LNH dès cette saison. Il pourrait aussi se joindre au Rocket de Laval, mais l’opération serait un peu plus complexe. Et son succès serait loin d’y être garanti, préviennent Cayden Primeau et Joël Bouchard.

Le petit attaquant, choix de premier tour du Canadien au dernier repêchage, a en effet vu son équipe, les Badgers du Wisconsin, subir une élimination rapide des séries éliminatoires de la NCAA, circuit universitaire américain, le week-end dernier. Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin, prévoit donc rencontrer le prolifique marqueur dès semaine pour discuter de ses options, écrivait ce lundi matin le Journal de Montréal.

Partisans et observateurs y vont maintenant de leurs spéculations. Après sa récolte de 19 buts en 36 matchs, certains sont impatients de le voir rejoindre le Tricolore pour contribuer jusqu’à la fin de la saison à une attaque qui en arrache. D’autres préviennent plutôt qu’à 5 pi 7 po et 162 livres, il devrait encore se faire les dents contre des joueurs de son âge.

Le Canadien a déjà affiché ses couleurs : dans une entrevue à La Presse, le samedi 29 février dernier, Bergevin estimait que Caufield n’était « pas prêt » à passer chez les pros. Par contre, « s’il veut vraiment quitter le collège, on ne le forcera pas », a-t-il nuancé.

Contrat

Peu importe ce dont Caufield et le Canadien conviendront, il y aura des enjeux contractuels à la clé. Car le jeune homme n’a pas encore de contrat le liant à l’équipe, puisque la NCAA interdit à ses athlètes, tous sports confondus, d’avoir une entente avec une équipe professionnelle. Le Tricolore a par contre des droits sur lui pendant quatre années suivant son repêchage – en réalité, jusqu'à la fin de son parcours universitaire. Nous voici donc dans le dernier virage de l’an 1.

S’il signe un contrat immédiatement et qu’il joue 10 matchs avec le Canadien, il « brûlerait » ainsi la première année de son contrat d’entrée dans la LNH — s’il avait 20 ans, il suffirait d’un seul match. Cela accélérerait donc son accession à l’autonomie complète dans quelques années. C’est la concession qui a été faite avec Ryan Poehling le printemps dernier. Par contre, sa situation n’était pas exactement la même, car il venait de conclure sa troisième saison dans la NCAA. Il jouissait donc d’un meilleur pouvoir de négociation.

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Ryan Poehling

Une autre avenue, toujours dans l’expectative d’un passage accéléré chez les pros, serait de l’envoyer chez le Rocket de Laval pour y terminer la saison. Or, pour y arriver, il faudrait que le CH et son joueur se prêtent à un tour de passe-passe.

Car depuis la date limite des transactions du 24 février dernier, le Tricolore ne peut plus céder les joueurs qu’il veut au Rocket. Il ne peut y affecter que les joueurs qui ont été rappelés « d’urgence » pour remplacer un blessé, sinon des joueurs qui étaient avec le Rocket à 15 h le 24 février.

Avec un contrat de la LNH qui s’amorcerait sur-le-champ, ce serait donc le Canadien ou rien pour Caufield.

Par contre, s’il s’entendait avec le Canadien sur une entente valide seulement le 1er juillet prochain, il pourrait se rabattre sur un contrat d’essai, donc temporaire, directement avec le Rocket. Ainsi, ces deux ententes ne seraient pas concurrentes.

Sur le strict plan contractuel, il s’agirait d’une solution avantageuse pour le Canadien, qui ne gaspillerait pas une précieuse année du contrat d’entrée de son joueur.

Mais il ne faut jamais oublier qu’il a encore beaucoup de temps devant lui et qu’il peut demeurer dans la NCAA une autre saison. Car des rangs universitaires à la Ligue américaine (LAH), il y a un pas. Et tout un.

Transition

Car si le saut direct de la NCAA à la LNH représente un défi de taille — parlez-en à Ryan Poehling —, la transition vers la LAH n’est pas une marche dans le parc non plus.

Cayden Primeau en sait quelque chose. Après sa deuxième saison universitaire à Northeastern, il a rejoint le Rocket grâce à un contrat d’essai le printemps dernier. Il n’a toutefois pas disputé de match, faisant plutôt ses débuts dans la LAH l’automne venu.

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Cayden Primeau

Puisqu’il a passé deux semaines dans l’entourage du Canadien en décembre et disputé deux matchs dans la LNH, il peut désormais comparer les trois circuits. Et à ses yeux, c’est entre la NCAA et la LAH que l’écart est le plus marqué.

« La LAH et la LNH ont des styles de jeu différents, mais la ligne est quand même mince : il y a des joueurs qui peuvent être rappelés n’importe quand et connaître du succès, comme des joueurs peuvent redescendre sans transition », a-t-il expliqué lundi après l’entraînement du Rocket.

À ses yeux, c’est la vitesse d’exécution qui est la plus difficile à atteindre. « Comme gardien, la puissance des tirs, tu t’y habitues. Mais le rythme du jeu, c’est un gros ajustement. En un clin d’œil, tu peux te retrouver trois pas en retard. »

Le défenseur Josh Brook, lui, a fait le saut de la Ligue junior de l’Ouest vers le Rocket à la fin du mois de mars 2019, après l’élimination des Warriors de Moose Jaw. Les batailles en zone défensive et l’intensité du jeu physique ont été ses plus grands obstacles, constate celui qui surpasse pourtant Caufield de 6 pouces et une trentaine de livres. Un an plus tard, ce sont encore les éléments sur lesquels il travaille le plus.

Aux yeux de Joël Bouchard, entraîneur-chef du Rocket, plusieurs facteurs dictent une transition réussie. Et il n’y a pas de recette commune.

« Ça dépend de l’âge, de la maturité, de la capacité physique », énumère-t-il, précisant par contre que ce dernier élément n’est forcément dicté par la grandeur.

Dans les rangs juniors, alors qu’il entraînait l’Armada de Blainville-Boisbriand, il a vu tous les cas de figure. Des joueurs qui ont gradué trop jeunes, d’autres qui auraient pu partir plus tôt. « Chaque joueur est différent, chaque processus est différent », résume-t-il. « Un bon joueur va faire son chemin ».

À propos de Caufield, il avoue toutefois qu’il n’a « aucun contrôle » sur sa situation.

La balle est donc dans le camp de Marc Bergevin.