Comment une tondeuse imaginaire, une distributrice de glaçons et un documentaire de RDS ont-ils aidé la pire équipe midget AAA au Québec à causer la plus grosse surprise de l’histoire de la ligue ?

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

C’est un récit improbable. Inspirant. Extraordinaire.

Celui des Albatros du Collège Notre-Dame.

Ce club de Rivière-du-Loup a du plomb dans l’aile depuis longtemps. L’hiver dernier, l’équipe a terminé au 15e et dernier rang de la ligue provinciale. Cette saison ? C’est pareil. Lundi dernier, la fiche des Albatros était de 5-23. Leur différentiel : - 51. Ils avaient subi une défaite lors de leurs sept dernières parties.

PHOTO MICHEL TREMBLAY, LE QUOTIDIEN

Contre toute attente, Louis-Charles Martinet et ses coéquipiers des Albatros du Collège Notre-Dame de Rivière-du-Loup ont remporté le prestigieux tournoi de mi-saison auquel participaient toutes les équipes de la ligue Midget AAA.

« Je ne te cacherai pas qu’il y a eu un moment de découragement. On essayait, mais ça ne fonctionnait pas », raconte le défenseur Zachary Cormier, 17 ans.

La léthargie est tombée au pire moment. Tout juste avant le tournoi le plus prestigieux de la saison. Le Challenge. Une compétition de cinq jours dans laquelle tous les clubs du Québec s’affrontent, devant une centaine de dépisteurs de la LHJMQ et des universités américaines.

Lundi dernier, l’entraîneur-chef des Albatros, Mike Maclure, 29 ans, a convoqué ses joueurs à une rencontre. Il voulait leur présenter l’objectif d’équipe pour le Challenge. Gagner le respect.

« C’est vrai que nous sommes les derniers au Québec. Mais notre intention, ce n’était pas juste de disputer le premier tour et de revenir à la maison pour la fin de semaine. On voulait gagner le respect. »

Plus tôt cet automne, il avait présenté à ses joueurs un documentaire de RDS sur la conquête de la Coupe Memorial par les Prédateurs de Granby. « Une belle histoire. J’ai raconté aux gars que la saison précédente, les Prédateurs en avaient arraché. Comme nous. Ils pouvaient nous inspirer. Je leur ai rappelé qu’à la fin, lorsque les Prédateurs ont soulevé la Coupe, ils se sont mis à crier RESPECT, RESPECT, RESPECT. »

C’est avec ces instructions que l’équipe a pris l’autocar vers le Saguenay. Et que s’est amorcé un véritable conte des Fêtes.

Le premier tour

Premier duel : contre un club invité de la Nouvelle-Écosse. « On ne trouvait pas de vidéos de leurs matchs. On ne savait pas à quoi s’attendre », confie Mike Maclure. Après 10 minutes, c’est 0-0. « On s’est dit : oups, ça risque d’être difficile. » Mais non. L’équipe des Maritimes n’est pas de calibre. Les Albatros l’emportent facilement, 9-0.

Le deuxième match s’annonce plus difficile. Contre les Forestiers d’Amos, 12es au classement provincial. « On avait déjà perdu deux fois contre eux cette année », indique Mike Maclure. La partie est serrée. Rivière-du-Loup mène 3-1 avec 15 minutes à jouer lorsque son attaque explose. Les Albatros réussissent cinq buts en autant de minutes, en route vers une victoire de 9-3. « On a fait : ‟woah, il se passe quelque chose”. Depuis deux ans, on a de la misère à compter des buts. Et là, on en marque 18 en deux matchs ! »

Le lendemain, les Albatros terminent leur premier tour contre les Cantonniers de Magog. La meilleure équipe du Québec. Sans surprise, les Albatros perdent 3-1. Et ne sont plus maîtres de leur sort. Leur avenir dépend du résultat d’un autre match. Alors les joueurs remballent leurs sacs et filent à l’hôtel.

Au Lac-Beauport. À deux heures de l’aréna…

Pourquoi si loin de La Baie ?

Mike Maclure : « Notre président, c’est le propriétaire de l’Hôtel Entourage, au Lac-Beauport. Pour [économiser] sur les frais, on couchait là. »

Tous les joueurs se sont donc réunis dans la chambre des entraîneurs pour regarder la partie qui allait déterminer leur sort. « Lorsque le buzzer a sonné et que Jonquière a gagné, ce qui nous qualifiait pour le tour suivant, les gars sautaient de joie, relate Mike Maclure. Je me suis dit : “OK, il se passe vraiment de quoi”. À cet âge-là [de 15 à 17 ans], les gars sont convaincus que c’est l’équipe avec le plus de joueurs élites qui va gagner. Mais ce soir-là, ils ont compris qu’en formant un tout, ils avaient une chance de progresser. »

Le quart de finale

Le lendemain matin, le réveil sonne très tôt. Les Albatros doivent quitter Lac-Beauport en matinée pour traverser le parc et rejoindre l’aréna de La Baie pour un match en matinée. Leurs adversaires : les Gaulois de Saint-Hyacinthe, 11es au classement.

Avant la partie, Mike Maclure et son capitaine, Mikaël Denis, ont convenu d’un petit sketch pour motiver les joueurs. L’attaquant de 16 ans raconte.

« Cinq minutes avant le match, Mike a fait semblant de démarrer une tondeuse à gazon. Ratatatata… Ratatatata… Il m’a dit : “Mikaël, la machine ne part pas.” Je lui ai répondu : “Coach, il faut que la machine parte. Il faut qu’on gagne.” »

Puis l’entraîneur adjoint Guillaume Vallée s’est pointé avec une bouteille d’eau. « Mike, pour qu’une machine fonctionne pendant 60 minutes, ça prend du gaz ! » Puis il a arrosé les patins des gars. « Les gars se sont levés d’un bond. Ils criaient. Ils sautaient. On était vraiment prêts pour le match », explique Mikaël Denis.

Dès la première période, Zacharie Charest compte deux buts. Le gardien Nathan Pelletier réalise 32 arrêts sur 33 tirs. La machine tient le coup. Les Albatros gagnent 3-1.

La demi-finale

C’est convenu : dans un tournoi, on ne change pas une formule gagnante. Quatre heures après leur quart de finale, les Albatros reprennent la même routine pour leur demi-finale. Mike Maclure démarre la tondeuse imaginaire. Guillaume Vallée met les gaz. Les gars sortent du vestiaire gonflés à bloc.

Mais les partisans des Élites de Jonquière – l’équipe locale, troisième au Québec – sont eux aussi motivés. Quelques-uns huent les visiteurs. « Un beau feeling, raconte Mike Maclure. C’était sûrement la première fois que les gars vivaient ça dans un aréna adverse ! »

C’est une partie intense. « La plus émotive du tournoi », selon l’entraîneur-chef. Les Élites prennent les devants par un but. « Souvent, pendant la saison, on s’est écrasés dans ces circonstances. Mais pas là. Puis en cinq minutes, on a compté trois buts rapides. » Vers une victoire surprise de 5-3.

Les Albatros ont retrouvé leurs ailes.

Ce soir-là, l’équipe n’est pas retournée dans ses quartiers de Lac-Beauport. L’organisation a trouvé des chambres dans la région, afin d’épargner aux joueurs un voyage de deux heures le matin de la finale. Arrivés à l’hôtel, les joueurs se sont précipités sur la distributrice de glaçons… qu’ils ont vidée !

« Tous les gars, on a pris des bains de glace pour être certains d’avoir des jambes prêtes pour la finale », indique Mikaël Denis.

« Quand tu vois des jeunes prendre soin d’eux comme ça, tu réalises que tout ça, c’est important pour eux, observe Mike Maclure. C’est là que je me suis dit qu’on avait une chance de gagner le lendemain. »

La finale

La finale de dimanche oppose deux rivaux de la rive sud. Les Albatros, 15es et derniers au classement québécois, et les Chevaliers de Lévis, 2es. Une superpuissance du circuit.

La bataille s’annonce inégale.

Mike Maclure : « On se disait : peu importe ce qui arrive, on sera fiers des gars. Peu importe le résultat, ça va lancer un bon message pour notre région. Mais évidemment, rendus là, on voulait aussi gagner. »

Comme prévu, les Chevaliers ont dominé une partie de la rencontre. Ils ont réussi 35 tirs, contre 23 pour les Albatros. Mais le gardien Nathan Pelletier s’est surpassé. « Il a connu son meilleur match de l’année. Ça ne pouvait pas tomber à un meilleur moment », commente Mike Maclure.

Contre toute attente, les Albatros ont gagné 2-1. Et remporté le Challenge. La plus grosse surprise dans l’histoire de la ligue. Sur le banc, Mike Maclure et Guillaume Vallée jubilaient. Dans les gradins, les parents s’enlaçaient. Sur la glace, les joueurs célébraient. Plusieurs d’entre eux n’avaient jamais gagné de tournoi avant.

Puis au moment de soulever la Coupe du Challenge, les joueurs se sont souvenus du documentaire de RDS. Ils se sont mis à entonner le cri de ralliement des Prédateurs de Granby.

« RESPECT. RESPECT. RESPECT. »

Le retour

Avant de retourner à la maison, les Albatros ont fait un arrêt rapide à la fromagerie Boivin, à La Baie. Mikaël Denis et Zachary Cormier ont mangé de la poutine dans la Coupe. « La meilleure poutine de ma vie », raconte Mikaël Denis.

PHOTO FOURNIE PAR LES ALBATROS DU COLLÈGE NOTRE-DAME

Mikaël Dénis et Zachary Cormier mangent de la poutine de la fromagerie Boivin dans la Coupe du Challenge.

L’équipe a mis le cap sur Rivière-du-Loup. Les conditions routières dans la réserve faunique des Laurentides n’étaient pas idéales. Mais ça n’a pas empêché les gars de célébrer. « On était vraiment contents, insiste Zachary Cormier. On a pris le micro. On contait des jokes, on chantait. » Puis l’adrénaline est tombée. Les gars ont dormi.

Ils sont arrivés à Rivière-du-Loup à 21 h 30. Un comité d’accueil les attendait. Les familles de pension. Les bénévoles des Albatros. Et un partisan très, très fier. Le directeur du Collège Notre-Dame, Guy April.

« Notre objectif, la semaine dernière, c’était de gagner le respect. De revenir ici avec un sentiment de fierté, rappelle Mike Maclure. Pour les jeunes, de voir que leur directeur d’école s’est déplacé un dimanche soir pour venir les accueillir, leur serrer la main, leur dire à quel point il était fier d’eux, c’est un geste qu’ils ont vraiment apprécié. »

« Ce fut une semaine incroyable, résume Zachary Cormier. On va s’en souvenir toute notre vie. »

Les champions : Alexis Audibert, Étienne Boudreau, Pierre-Alexandre Boulet, Zacharie Charest, Dan Chrétien, Zachary Cormier, David Côté, Mikaël Denis, Louis-Étienne Dionne, Nathan Drapeau, Elliot Dutil, Maxime Gagné, Émile Labrie, Émile Lambert, William Lepage, Alexandre Marchand, Louis-Charles Martinet, Mathis Paradis, Alex Pelletier et Nathan Pelletier.