La dernière semaine a donné lieu à une séquence d’événements plutôt inhabituels dans l’entourage du Canadien.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

C’est une semaine que Max Domi a amorcée à l’aile, position où il avait joué pendant trois saisons en Arizona, mais jamais encore depuis son arrivée à Montréal. Ce qui a mené aux commentaires suivants de la part de l’entraîneur-chef et du joueur. Des commentaires plutôt particuliers parce qu’on était loin des « ailier ou centre, ça importe peu » et « je suis à l’aise aux deux positions » que l’on entend souvent dans les situations délicates.

D’abord, Claude Julien : « Max Domi ne patine pas aussi bien qu’au centre. Ce qui est surprenant, c’est qu’il a passé la majorité de sa carrière à l’aile. »

Puis, Domi lui-même : « Je n’ai pas eu le temps de retrouver mon rythme. Quand ça fait plus de 100 matchs que tu joues à la même position, on parle d’une longue période. S’il y a un autre moment où je dois jouer à l’aile, je trouverai une façon de m’ajuster pour aider l’équipe. Pour l’instant, je suis de retour au centre et je suis heureux du changement. »

Encore une fois, ce sont des joueurs de hockey qui n’hésitent généralement pas à esquiver les questions sur l’adaptation aux changements, que ce soit une nouvelle équipe ou une nouvelle position.

De meilleurs contrats au centre

Bien malin celui qui prédira combien de temps Domi restera au centre. Pour l’heure, Phillip Danault est le seul joueur établi à cette position à long terme. Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi et Ryan Poehling sont également des centres naturels. Mais Suzuki a démontré une belle capacité d’adaptation qui lui permet de s’illustrer aussi sur le flanc. Kotkaniemi a été plutôt inconstant depuis le début de la saison, tandis que Poehling a visiblement encore besoin de temps dans la Ligue américaine.

Reste Nate Thompson qui, à 35 ans, y va évidemment une saison à la fois.

Et si Domi passait le reste de la saison au centre ? Si tel est le cas, il jouira visiblement d’un avantage quand viendra le temps de signer son prochain contrat. Rappelons que le numéro 13 du CH deviendra joueur autonome avec compensation à l’issue de la saison.

La Presse a isolé tous les contrats signés depuis l’été 2017 par des attaquants dans une situation similaire à celle de Domi. Par situation similaire, nous entendons : des joueurs qui signaient leur troisième contrat professionnel (ce que Domi obtiendra) et qui avaient droit à l’arbitrage (Domi y aura droit).

Nous avons seulement retenu les ententes d’une valeur annuelle moyenne de 5 millions de dollars et plus, salaire que Domi devrait atteindre puisqu’il gagne actuellement 3,15 millions par saison. Il en ressort un échantillon limité, mais tout de même intéressant : sept ailiers et cinq centres. Un 13e attaquant, J.T. Miller, a été exclu du portrait puisqu’il a partagé son temps entre l’aile et le centre.

Voici les contrats obtenus et les statistiques des joueurs lors de la saison qui a précédé l’entente.

On note tout d’abord qu’à l’exception de l’exceptionnel Nikita Kucherov, les plus longs contrats ont été décrochés par des centres : Ryan Johansen, Evgeny Kuznetsov et Tyler Johnson.

On remarque ensuite, en divisant le salaire par le nombre de points, que les centres obtiennent une meilleure rémunération pour leur production (nous avons projeté les points de Mika Zibanejad et Johnson sur 82 matchs). Une situation compréhensible quand on pense aux responsabilités qui viennent avec la position de centre et la façon dont ces joueurs semblent désormais être valorisés.

Salaire moyen par point amassé lors de la saison qui a précédé la signature du contrat

Tom Wilson (ailier) : 147 600 $
Evgeny Kuznetsov (centre) : 132 203 $
Ryan Johansen (centre) : 131 148 $
Tomas Hertl (centre) : 122 283 $
Tomas Tatar (ailier) : 115 217 $

Nos cinq centres obtiennent 114 800 $ par point, en moyenne, tandis que les sept ailiers, eux, obtiennent 102 082 $.

Pour ce que ça vaut, prenons la fiche de Domi cette saison. Projetée sur 82 matchs, sa production jusqu’ici lui vaudrait 57 points. Avec le ratio établi ci-dessus, on obtient un salaire de 6,5 millions au centre et de 5,8 millions à l’aile.

Ce ratio de salaire par point ne veut évidemment pas tout dire. Loin de nous la prétention d’avoir inventé un modèle qui ferait de nous la Madame Minou des prédictions salariales.

Plusieurs autres facteurs entrent en compte dans ce qu’un joueur apporte à une équipe. L’ailier Wilson l’illustre à merveille, lui qui est aussi un des joueurs les plus robustes de la LNH. Et justement, Domi apporte lui aussi des éléments autres que sa production. Son énergie contagieuse a bien servi le Canadien de 2018-2019. Cet élément est toutefois moins ressorti dans le premier quart de la saison.

À l’heure actuelle, le directeur général Marc Bergevin ne devrait pas avoir de problème à faire rentrer tout son monde sous le plafond salarial la saison prochaine, même si Domi obtient une bonne augmentation salariale. Par contre, l’été 2021 s’annonce plus corsé, avec les contrats de Danault, Brendan Gallagher et Jeff Petry à renouveler. C’est sans compter les jeunes Kotkaniemi, Poehling et Cale Fleury. Mais dans ces cas, encore faut-il voir s’ils occuperont un rôle d’importance d’ici là.

Prochain match : Bruins de Boston c. Canadien, mardi (19 h) au Centre Bell