Il a passé l’essentiel de son stage junior comme ailier gauche. Il a fait ses débuts dans la Ligue nationale comme ailier gauche. Mais après s’être établi comme joueur de centre chez le Canadien, un poste à l’aile ne semble plus une option pour Max Domi.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Après seulement trois petits matchs, Claude Julien a déjà mis fin à l’expérience qu’il avait tentée en envoyant Domi à la gauche de la recrue Nick Suzuki.

L’entraîneur a fait valoir jeudi que Domi « ne patine pas aussi bien que lorsqu’il est au centre ». « Il a peut-être découvert, en jouant au centre l’an passé, qu’il était capable d’exploiter sa vitesse d’une bonne façon », a-t-il ajouté.

Julien a toutefois résumé une impression relativement répandue chez les observateurs : « Ce qui est surprenant, c’est qu’il a passé la majorité de sa carrière à l’aile… »

Il semblait en effet inscrit dans l’esprit collectif que Domi était employé comme joueur de centre à Montréal « en attendant ». Au moment de son acquisition des Coyotes de l’Arizona en échange d’Alex Galchenyuk, le fils de Tie s’est révélé une heureuse solution de rechange à Jonathan Drouin, visiblement peu à l’aise dans son rôle de pivot du premier trio en 2017-2018.

Il n’empêche qu’avec l’émergence de Jesperi Kotkaniemi, Ryan Poehling et Nick Suzuki dans l’organisation, ça semblait une question de temps avant que Domi retrouve sa place à gauche. Peut-être faudra-t-il réévaluer ce scénario.

Au cours des trois derniers matchs, qui se sont soldés par trois défaites, le Canadien n’a généré que 14 chances de marquer à cinq contre cinq lorsque Domi était sur la glace, contre 16 pour l’adversaire. Ce bilan négatif est en rupture complète avec la performance globale de l’équipe, puisque les Montréalais ont largement dominé leurs opposants avec un total de 70-46 à ce chapitre pendant ces mêmes rencontres.

En outre, Domi, sur une base individuelle, présentait un bilan enviable de 144-99 au cours des 19 premiers matchs de la saison, qu’il a tous disputés au centre.

À l’évidence, quelque chose clochait à l’aile.

« Je n’ai pas eu le temps de retrouver mon rythme », a dit Domi aux journalistes, vendredi matin, après l’entraînement de l’équipe.

Quand ça fait plus de 100 matchs que tu joues à la même position, on parle d’une longue période. S’il y a un autre moment où je dois jouer à l’aile, je trouverai une façon de m’ajuster pour aider l’équipe. Pour l’instant, je suis de retour au centre et je suis heureux de changement.

Max Domi

Beau joueur, Domi a par contre rendu hommage au travail de Suzuki qui, lui, vit la situation inverse. Repêché comme joueur de centre, il a été employé à l’aile pour ses premiers pas dans la LNH, avant de revenir au centre pendant trois matchs. Le revoici aujourd’hui à l’aile droite.

« [Suzuki] est encore jeune, mais il joue avec une belle confiance, a noté Domi. On dirait qu’il est dans la LNH depuis longtemps. J’aime aussi son humilité, il veut apprendre. Il a un bon tir, c’est un joueur intelligent et il se positionne bien. »

Suzuki, lui, ne s’est par formalisé de ces changements.

« Ma place dans la formation ne me dérange pas, je veux juste contribuer du mieux que je peux. À l’aile, au centre, sur le premier ou le quatrième trio, ça ne change rien pour moi », a-t-il résumé.

Lehkonen en renfort

Samedi soir, contre les Rangers de New York, Domi et Suzuki patineront avec Artturi Lehkonen dans un deuxième trio remodelé. Il s’agit d’une indéniable promotion pour le Finlandais, qui ne cumule que huit points cette saison.

Cet ajout permettra peut-être à Max Domi de secouer sa léthargie, lui qui n’a inscrit que 3 points à ses 10 dernières sorties. Au total, en 22 rencontres cette année, il a été limité à 13 points ; au même stade la saison dernière, il en totalisait 26, en route vers un sommet personnel de 72 points dans l’ensemble de la campagne.

Il n’y a pas de doute que je peux en faire plus. Je sais qu’il y aura des périodes plus sombres, des léthargies. Ça fait partie du hockey. Je dois trouver des façons de m’en sortir. […] Je souhaite montrer mon véritable caractère, c’est dans des périodes difficiles qu’il doit ressortir.

Max Domi

À la décharge de Domi, c’est toute l’équipe qui doit se sortir de la vilaine séquence qu’elle traverse. C’est pourquoi Claude Julien a passablement brassé ses cartes à l’approche du duel contre les Rangers. À l’attaque, seul le premier trio de Tomas Tatar, Phillip Danault et Brendan Gallagher est demeuré intact. Joel Armia patrouille désormais la droite de Jesperi Kotkaniemi, alors qu’à sa gauche, on retrouve Charles Hudon. Voilà une belle marque de confiance à l’endroit du Québécois, qui jouera aussi sur la première vague en avantage numérique (voir les capsules à droite).

Jordan Weal rejoindra pour sa part Nick Cousins et Nate Thompson sur la quatrième unité. En défense, Mike Reilly a été réinséré dans la formation après sept matchs dans les gradins. Il prendra la place de Brett Kulak.

Claude Julien a justifié ces multiples changements par sa volonté de stimuler l’offensive.

« On essaie de trouver le moyen de marquer plus de buts qu’on l’a fait dernièrement, a-t-il expliqué. Ce n’est pas nécessairement une rétrogradation ou une récompense pour un individu spécifiquement. [On veut] bien balancer les choses en espérant que ça va nous donner ce qu’on recherche. »

Malgré ces ajustements, Julien a insisté sur le fait que l’heure n’était pas à la panique.

« Notre message aux joueurs est : il ne faut pas se décourager. Il ne faut pas réagir trop fort [overreact], mais il faut réagir. On a trois défaites d’affilée, alors [samedi], c’est un match important. Il ne faut pas commencer à paniquer, parce qu’on n’a pas joué du si mauvais hockey que ça. »

Quelques nouvelles en bref

Une tape dans le dos pour Hudon

C’est fou combien une seule semaine peut être remplie dans la vie de Charles Hudon. Il y a quelques jours à peine, le petit attaquant évoluait dans la Ligue américaine. Trois matchs plus tard, non seulement il évolue au sein d’un trio offensif, mais il évoluera aussi samedi sur la première vague de l’avantage numérique. « Même si Charles a commencé la saison à Laval, on a toujours su qu’il était un franc-tireur, qu’il était capable de marquer des buts. C’est dans ces situations-là qu’il excelle », a dit Claude Julien vendredi. Hudon, fidèle à son habitude, n’a pas voulu faire de vagues. « Claude est un coach qui insiste beaucoup sur les détails. Quand tu lui en donnes, il va t’en redonner. C’est ce qui arrive en ce moment. »

Drouin à l’affût

Il y avait un spectateur bien attentif à l’entraînement du Canadien vendredi. Le poignet gauche dans le plâtre, Jonathan Drouin a assisté à toute la séance. Et ne s’est pas gêné pour narguer ses coéquipiers. « C’est vraiment le fun de le voir, a dit Hudon. Ce n’est jamais facile de voir un gars tomber au combat, surtout pas un Québécois, un ami comme Jo. Ça fait du bien de l’avoir autour de nous. » Drouin est passé sous le bistouri lundi et devrait rater jusqu’à huit semaines d’activités.

Gare aux Rangers

Ne vous arrêtez pas au classement des Rangers de New York : les prochains visiteurs du Centre Bell pointent peut-être au 14e rang de l’Association de l’Est, mais le tableau est moins sombre qu’il n’y paraît. D’abord, l’équipe n’a disputé que 20 rencontres, l’un des plus bas totaux de la ligue – certaines formations en ont déjà jouées jusqu’à 25. Ensuite, après un départ franchement laborieux, les choses se sont replacées chez les Chemises bleues, qui présentaient une fiche de 6-3-1 avant d’affronter les Sénateurs vendredi soir, à Ottawa. Enfin, Artemi Panarin tourne à plein régime, avec une récolte de 25 points en 20 matchs. Il a vu sa séquence de 12 parties avec au moins 1 point prendre fin vendredi soir, à Ottawa.

— Simon-Olivier Lorange, La Presse