Sur Facebook, il existe une dizaine d’expressions pour décrire son état civil. Célibataire. En couple. Marié. Divorcé. En partenariat domestique (je n’invente rien). Et pour les cas complexes, il y a une jolie formule.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

« C’est compliqué. »

Un statut qui décrit parfaitement la relation entre la LHJMQ et la Montérégie. La ligue y a son siège social, à Boucherville. La région est une pépinière de hockeyeurs. C’est ici qu’on trouve le plus grand nombre de joueurs bantam et midget dans la province. C’est aussi un gros marché : un Québécois sur cinq habite sur le territoire.

Le problème ?

La LHJMQ n’a pas de club ici.

Depuis bientôt 25 ans.

Une anomalie.

Le commissaire du circuit, Gilles Courteau, souhaite que ça change. Dans une entrevue qu’il m’a accordée la semaine dernière, il a affiché ses intentions. « On a un intérêt pour une équipe sur la Rive-Sud de Montréal. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Gilles Courteau, commissaire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec

La Rive-Sud ?

« Au sens large. De Saint-Hyacinthe, à Saint-Jean, à Vaudreuil. »

M. Courteau qualifie le projet d’« embryonnaire ». Ces dernières années, il a rencontré des groupes de gens d’affaires et des élus. À Saint-Constant. À Boucherville aussi. Des investisseurs ont examiné l’achat d’un terrain près du IKEA, le long de l’autoroute 20. Rien n’a abouti.

Entre-temps, la ligue reste active. Elle teste des marchés. En 2015, elle a présenté un match hors concours à Longueuil. Le mois dernier, elle a répété l’expérience à Vaudreuil, une ville en pleine expansion. Les 800 billets ont tous été vendus. Un beau succès.

Pour nous, [la Montérégie], c’est un marché important. D’abord en raison de la population. Mais aussi pour le développement du hockey et l’attrait de nouveaux commanditaires.

Gilles Courteau

On revient donc à la question initiale. Si c’est si important, pourquoi n’y a-t-il pas d’équipe en Montérégie ? Si Baie-Comeau, 22 000 personnes, réussit à soutenir une franchise, pourquoi pas Longueuil et ses 250 000 citoyens ? Ou Brossard et ses 85 000 habitants ?

« Parce que le hockey junior, ça fonctionne surtout en région, explique Gilles Courteau. Il y a une grande ville typique de hockey junior ici, c’est Québec. Dans la région métropolitaine, c’est comme à Toronto. Les équipes [là-bas] ont de la difficulté en raison de l’impact des Maple Leafs dans ce marché. »

Ce qui explique — en partie — pourquoi Longueuil, Saint-Jean, Saint-Hyacinthe et Sorel ont perdu leurs franchises au fil du temps. Mais aujourd’hui, Gilles Courteau garde espoir. Il se dit même « confiant ». Car la LHJMQ a réussi à s’établir à 15 minutes de l’île de Montréal, sur la Rive-Nord, à Boisbriand. L’Armada, une propriété de Québecor, y joue depuis 2011.

Gilles Courteau aimerait l’équivalent de l’autre côté du Saint-Laurent. Il pose trois conditions pour la réussite d’une franchise en Montérégie :

– Un accès facile à l’aréna, notamment en transport en commun ;

– Un accès à des établissements scolaires en français et en anglais pour les joueurs ;

– Un aréna de plus de 5 000 places.

Plusieurs villes remplissent les deux premiers critères. Longueuil, Boucherville, Brossard sont desservies par le métro, un bon réseau d’autobus et bientôt le REM. Il y a deux cégeps — un francophone, un anglophone — à 15 minutes d’auto. Il y a aussi des cégeps à Sorel, Saint-Hyacinthe, Saint-Jean et Valleyfield. Vaudreuil n’est qu’à quelques kilomètres du collège John-Abbott, un avantage considérant le nombre élevé de joueurs anglophones dans la ligue. « Un cégep anglophone, ça pourrait aider à retenir des joueurs qui partent aux États-Unis. À la condition de présenter une offre complète études-hockey. »

Vous aurez donc deviné que le problème, c’est le troisième critère. L’aréna. Gilles Courteau est ferme : « Notre exigence, c’est 5 000 places. »

C’est beaucoup.

Dans les 50 dernières années, il s’est construit seulement trois arénas de plus de 5 000 sièges au Québec : le Centre Bell, la Place Bell et le Centre Vidéotron.

Exiger un nouveau centre sportif de 5 000 sièges, est-ce réaliste ?

« Au Canada, le Québec est le parent pauvre des arénas neufs, déplore M. Courteau. Dans l’ouest de l’Ontario, il se construit des arénas comme ça n’a pas de bon sens. Nous, quand on a décidé d’aller dans les Maritimes, on a été impressionnés par la qualité des arénas. Ici ? Il n’est rien arrivé de majeur. »

L’année dernière, j’ai fait la tournée de nos équipes. J’ai rencontré les élus locaux, les députés, les ministres. Dans les Maritimes, on leur a dit : ça prend des améliorations dans les arénas. Il faut changer les bandes, les baies vitrées. Bang, 30 secondes plus tard, c’était [acquis]. Au Québec ? Ouh…

Gilles Courteau

« Les villes ici ont plusieurs autres projets. Dans le moment, on n’entend parler que de deux choses : le projet d’assainissement des eaux et les piscines. Les piscines, c’est la grosse affaire. OK. Mais mettez toutes vos activités ensemble, vous n’arriverez pas à 35 % de l’impact que vous avez avec votre équipe [de la LHJMQ]. »

C’est probablement vrai.

Mais il reste qu’un aréna de 5 000 places, ça coûte cher. Celui de Trois-Rivières (4 390 sièges) coûtera autour de 60 millions. Un investissement qui n’est pas à la portée de toutes les municipalités.

Si le projet se concrétise, ça ne passera pas par une expansion, mais par un déménagement, précise Gilles Courteau. « Il faut faire attention à notre bassin de joueurs. Il n’y en a pas assez pour aller au-delà de 18 équipes. »

Il existe quand même un plan pour une expansion dans les cartons de la ligue. Deux nouveaux clubs, en Nouvelle-Angleterre. L’objectif ? Développer ce territoire sur lequel la ligue a les droits pour le Canada. L’expansion serait justifiée par une hausse du nombre de joueurs américains.

« On a eu des contacts avec Manchester, au New Hampshire. La ville a perdu sa franchise de la Ligue américaine. Elle est prête [pour un nouveau club]. On leur a donné nos conditions. On attend qu’ils nous reviennent. Il faut regarder cela sérieusement. »

L’autre marché ? Il refuse de le dévoiler. Selon toute vraisemblance, ce serait dans le Maine. La LHJMQ y a déjà eu une franchise, à Lewiston, de 2003 à 2011.

« Le territoire de la Nouvelle-Angleterre nous appartient. Il faut le développer. Il faut avoir une présence là. »