(Ottawa) Le Canadien de Montréal a retranché hier matin 14 joueurs de sa formation. L’heure des grandes décisions approche. Ceux qui doivent se démarquer ont de moins en moins de temps devant eux, ceux qui l’ont déjà fait doivent garder le cap.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Portrait, donc, de trois joueurs que Claude Julien devait scruter avec une attention particulière dans la victoire du Canadien 4-0 sur les Sénateurs d’Ottawa. Pauvres Sénateurs, d’ailleurs, incapables de générer quoi que ce soit de potable. Mais ce sera pour un autre texte.

Ces trois joueurs étaient Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi et Keith Kinkaid.

Suzuki d’abord. Cette fois, il était muté à l’aile droite, exactement là où il y a un poste toujours à pourvoir dans la formation. Et comme jeudi, le jeune attaquant a été exceptionnel. De toutes les actions, toujours au bon endroit, engagé, intelligent. Il a même passé 3 minutes 23 secondes en désavantage numérique.

J’ai toujours rempli plusieurs rôles au cours de ma carrière. J’aime me décrire comme un couteau suisse. Je peux jouer en infériorité numérique et en supériorité numérique et je peux aussi me promener d’un trio à l’autre ou d’une position à l’autre. Ça donne plus de munitions aux entraîneurs.

Nick Suzuki

Phillip Danault, son joueur de centre, avait les meilleures places dans l’aréna pour l’observer. On lui a demandé ce que Suzuki faisait de si bien et qui échappait peut-être aux regards.

« Ce sont les petits jeux. Par exemple, offensivement, quand on travaille dans le coin, il y a des joueurs qui savent naturellement où se placer, au bon moment. C’est un joueur comme ça, au bon endroit au bon moment toutes les fois. Il était là sur le deux contre un. Il est super offensif, tout en étant intelligent défensivement. »

Danault l’a même qualifié de « petit magicien ». Rien de moins.

Ce fameux deux contre un dont Danault parle est survenu au milieu de la deuxième période. Tomas Tatar a lancé Danault vers le filet, et Danault a savamment remis en retrait vers Suzuki. Suzuki, évidemment, avait compris que le moment exigeait qu’il fonce vers le filet adverse. Au bon endroit, au bon moment.

Sauf que Suzuki a eu les yeux plus gros que la panse : il a essayé de déculotter Craig Anderson pour lui glisser la rondelle entre les jambières. Erreur. Le jeune apprend encore.

« C’était amusant et facile de jouer avec eux, a dit Suzuki de ses compagnons de trio. Je devais marquer pour Phil […] Je savais que j’avais du temps, je pensais qu’il allait se déplacer un peu plus sur le côté. Je dois garder les choses plus simples la prochaine fois. »

Sinon, il a redirigé une passe de Tatar tôt en première période. Il a décoché un puissant tir au début de la deuxième. Il était au bon endroit quelques minutes plus tard, devant le filet, pour aider Mike Reilly qui venait de contourner le filet. Aile droite ou centre, les bons mots s’accumulent.

« Un peu. Je devais repenser au système de jeu à l’aile droite, porter attention aux vidéos. C’est venu assez naturellement. Je me sentais bien. »

— Nick Suzuki, à qui on demandait s’il avait dû faire des ajustements pour passer du centre à l’aile droite

« Il a du plaisir à jouer avec les joueurs, et les joueurs ont du plaisir à jouer avec lui, a dit Claude Julien. Ceux qui ont du talent comme Nick Suzuki, c’est sûr que tous les gars vont aimer jouer avec eux, peu importe leur position. »

Kotkaniemi et Kinkaid

Il y avait Jesperi Kotkaniemi aussi sous la loupe, surtout en raison de son match désastreux contre les Panthers de la Floride à Bathurst. L’attaquant de 19 ans devait retrouver son aplomb, et rapidement.

La première période a fait croire au pire. Des séquences sans objectif, des passes ratées, des pertes d’équilibre, deux pénalités de frustration. La première, pour avoir fait trébucher inutilement. La deuxième, pour des coups de bâton tout aussi inutiles.

C’était son premier match à Bathurst. Plusieurs vétérans qui n’avaient pas connu un gros match à Bathurst ont bien joué [hier] soir. C’est ça, un camp d’entraînement. C’était beaucoup mieux ce soir. Ça s’en vient. [Le but], c’est de continuer à s’améliorer, pour être à point d’ici à ce que le camp finisse.

Claude Julien, au sujet de la soirée de Jesperi Kotkaniemi

Pourtant, il s’est ressaisi en deuxième période. Il était mieux placé, il a menacé autour du filet. On a aussi pu revoir son exceptionnelle vision vers la fin de la période quand il a servi à Ben Chiarot une passe parfaite à travers la circulation. Une passe que la plupart des joueurs vont réussir une fois sur dix. Le genre qui lui a valu un poste au début de la saison dernière. Évidemment, Kotkaniemi n’était pas entièrement satisfait. Au moins, son introspection est juste.

« On n’a pas joué depuis cinq mois, c’est un peu plus dur au départ. »

Se sent-il plus à l’aise ?

« Euh… Un jour à la fois. »

Que doit-il améliorer au plus vite ?

« La précision. Quand j’ai des chances de marquer, je dois les utiliser. Je rate aussi trop de passes faciles. Je dois régler ça. »

Se sent-il aussi rapide avec la masse musculaire supplémentaire? Longue hésitation.

« C’est dur. Je n’ai pas remarqué. Je me sens bien. Mon patin s’améliore. Peut-être qu’un jour, je serai comme McDavid. »

Petit mot en terminant sur Keith Kinkaid. Claude Julien devait déterminer quel Kinkaid il avait sous la main : celui qui a sauvé la saison des Devils du New Jersey en 2017-2018, ou celui qui s’est retrouvé troisième gardien à Columbus l’année dernière ?

L’instant d’un match, il a vu la bonne version, celui qui pourrait devenir le digne adjoint de Carey Price. Kinkaid a exécuté quelques beaux arrêts, son plus spectaculaire de la mitaine contre Alex Formenton en première période. Il a aussi arrêté en échappée Jean-Gabriel Pageau dans les derniers instants du match. Il a bloqué 27 rondelles pour le jeu blanc.

« Je n’avais pas joué dans la LNH depuis février. Je voulais montrer à l’équipe et à la direction ce que je peux faire. Qu’ils peuvent avoir confiance en moi. »

Prochain match : Maple Leafs de Toronto c. Canadien, demain soir (19 h) au Centre Bell

Dans le détail

Danault et l’avantage numérique

PHOTO FRED CHARTRAND, LA PRESSE CANADIENNE

Phillip Danault

Phillip Danault a reconnu qu’il espérait avoir un rôle régulier en avantage numérique chez le Canadien. Après une saison d’excellence défensive qui lui a valu des votes pour le trophée Selke, c’était, en effet, la corde qui manquait à son arc. Hier, il était de retour en avantage numérique sur la ligne des buts, à la gauche du gardien, comme à la fin de la dernière saison. Et c’est de là qu’il a lancé la séquence qui a mené au but de Jeff Petry, avec une passe rapide et précise à Joel Armia devant le filet. Il a aussi marqué son propre but, bien malgré lui, en faisant dévier un tir de la pointe de Petry. « J’ai pratiqué beaucoup cet été à cette place-là. Jordan Weal fait d’excellents jeux, on se complète bien. La différence, c’est que les cinq, on travaille pour avoir la rondelle. C’est ce qui nous donne le succès en avantage numérique. » Après une dernière saison pitoyable, Claude Julien se réjouissait évidemment d’un match de trois buts en avantage numérique. « Ça s’en vient. On n’a pas tous les éléments qu’on va avoir une fois partis, mais c’est bon signe. La chose la plus importante est le concept et ce que les gars font. On a plus de temps en zone offensive, donc plus de chances, »

Hudon bûche

PHOTO TOM SZCZERBOWSKI, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Charles Hudon

De toute évidence, Charles Hudon part de loin s’il veut retrouver un poste régulier chez le Canadien, après avoir été laissé de côté si souvent la saison dernière. Mais Claude Julien a été très clair depuis le début du camp : l’attaquant québécois aura toutes les chances de se faire valoir. Il disputait d’ailleurs hier son troisième match préparatoire. Même s’il n’a pas marqué, Hudon a fait preuve de beaucoup de fougue et s’est démarqué par sa capacité à garder l’attaque vivante. Sur le premier but du Canadien en avantage numérique, il a relancé l’attaque de la pointe. Plus tard dans la période, on l’a vu contrôler la rondelle dans le coin et la remettre à Jesperi Kotkaniemi dans l’enclave. Il s’est aussi offert un long détour autour du filet des Sénateurs en attendant qu’un coéquipier se libère. Hudon a raconté récemment qu’il faisait des marques sur son calendrier pour indiquer les journées qu’il « gagnait ». Celle-là, il l’a gagnée.

Pénibles Sénateurs

PHOTO MARC DESROSIERS, USA TODAY SPORTS

Matthew Peca (63) et Colin White (36)

L’ambiance était… disons… tranquille à Ottawa. C’était un match préparatoire, certes, mais quand même. Thomas Chabot avait dit en matinée que la plupart des observateurs plaçaient déjà les Sénateurs au dernier rang de la LNH. L’équipe n’a vraiment rien fait pour les faire changer d’idée. Très peu de joueurs se sont démarqués. Il y a bien eu Brady Tkachuk, mais c’est surtout parce qu’il est entré délibérément en contact avec Keith Kinkaid. Alex Formenton a obtenu la plus belle chance de marquer, avec une rondelle libre devant le filet, mais Kinkaid lui réservait son plus bel arrêt du match. Sinon, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Le nouveau slogan des Sénateurs, inspiré d’une chanson de The Who, dit : « The kids are alright » (Les jeunes vont s’en tirer). C’est une brillante manière de tabler sur la jeunesse de l’équipe pour susciter l’intérêt, mais c’est loin d’être acquis.

En hausse : Jake Evans

Il a marqué un but, il a eu une belle incursion au filet en début de troisième période, et quand Brady Tkachuk a frappé Keith Kinkaid, il s’est rué sur Tkachuk. Une bonne note au cahier.

En baisse : Christian Folin

Il a raté un nombre incalculable de passes, au point qu’il a donné libre cours à sa frustration en arrivant au banc en troisième période. Il lutte pour un poste. Il doit être meilleur.

Le chiffre du match : 3 min 23 s

C’est le temps passé par Nick Suzuki en désavantage numérique. À peine deux secondes de moins que Phillip Danault, pourtant spécialiste de la discipline.