La Ligue nationale de hockey a officiellement décidé hier de ne pas se retirer de l’actuelle convention collective. Elle avait jusqu’à demain pour se faire une tête.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Concrètement, la LNH aurait pu se prévaloir de son droit d’aviser les joueurs un an d’avance de la mort de la convention collective, qui serait donc arrivée à échéance le 15 septembre 2020. L’entente en vigueur actuellement, signée en 2012, se termine théoriquement à la fin de la saison 2021-2022.

C’était une décision attendue, mais prévisible. L’informateur Darren Dreger, du réseau TSN, citait comme principale raison le progrès dans les négociations entre la Ligue et ses joueurs au cours de l’été.

En fait, tous les signes pointaient vers cette décision de la LNH. À commencer par les déclarations publiques de Gary Bettman lors de son « adresse à la nation » en marge de la finale de la Coupe Stanley. Ces propos, comme tous ceux qu’il a tenus auparavant d’ailleurs, n’ont jamais remué les braises du conflit de travail.

PHOTO WINSLOW TOWNSON, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Gary Bettman, commissaire de la LNH

Quand on pense à la santé du sport, à la façon dont le hockey a grandi, il y a de nombreux arguments pour la paix dans les relations de travail.

Gary Bettman, en juin dernier

« Les joueurs aimeraient peut-être changer une quinzaine de choses, Donald Fehr [le représentant des joueurs] pourrait vous en parler, mais nous pourrions aussi faire la même chose, avait dit le commissaire. On doit d’abord penser à ce qui est le plus important. »

En ce sens, puisque la Ligue veut la paix, l’influent agent Allan Walsh croit aussi que les négociations devraient se poursuivre sous l’égide de l’actuelle convention collective.

« Il y a des discussions entre la LNH et l’Association des joueurs, a reconnu Walsh, croisé jeudi au tournoi caritatif de Jonathan Drouin. On ne sait pas vraiment ce qui se passe derrière des portes closes. »

« Selon ce qu’on entend publiquement de Gary Bettman, il ne cherche pas la chicane cette fois. Il y a donc moyen de s’entendre sur un contrat sans avoir à rater des matchs. »

L’enjeu

D’ici au 15 septembre, ce sera au tour des joueurs de décider s’ils veulent mettre fin prématurément au contrat de travail. Il est toutefois possible que cette date butoir soit repoussée si le dossier avance bien, selon l’informateur Elliotte Friedman, du réseau Sportsnet. Une rencontre entre les joueurs est d’ailleurs prévue mercredi prochain à Chicago.

Évidemment, avec plus de 700 joueurs dans la LNH, les avis divergent. Il y a les Paul Stastny – qui, rencontré au Pro-Am Gagné-Bergeron à Québec, a dit ceci : « Je ne crois pas qu’on va en sortir avant le temps, à moins qu’il y ait un enjeu majeur d’un côté. Mais il y en aura aussi de l’autre à ce moment. On veut tous être heureux, mais c’est de la politique. C’est impossible que tout le monde soit satisfait à 100 % tout le temps. C’est une relation où les deux côtés doivent faire des sacrifices. »

PHOTO STEPHEN R. SYLVANIE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Paul Stastny, des Golden Knights de Vegas

Quand quelque chose va bien, tu veux que ça continue. Je crois qu’on va écouler les 10 ans de la convention collective.

Paul Stastny

Il y a aussi les Marc-Édouard Vlasic, généralement plus militants sur les grands enjeux. Au cœur du litige : la fameuse fiducie (l’escrow en anglais). Grosso modo, pour s’assurer d’un partage des revenus en parts égales entre les joueurs et les propriétaires, les joueurs versent 15 % de leur salaire en fiducie. Cet argent leur revient en quelques années, mais la somme est souvent amputée. Il sert à compenser un éventuel ralentissement de la hausse prévue des revenus.

« Les joueurs signent des contrats, puis 15 % s’en vont immédiatement en fiducie, a dit le défenseur des Sharks de San Jose à Athlétique. Ce n’est pas notre faute. Nous sommes le produit, notre travail est de nous assurer que les gens regardent le hockey. Ce n’est pas notre travail d’équilibrer les revenus. Les joueurs répètent qu’ils n’aiment pas la fiducie. C’est le moment de mettre nos culottes. »

Résolution paisible ?

Dans ce contexte tendu, il est intéressant de revenir sur les mots de Mathieu Darche, qui était au cœur des dernières négociations. Pour lui, ce serait une erreur de rouvrir la convention. Il sait que les joueurs n’ont jamais aimé la fiducie, qui réduit, selon son estimation, les salaires de 5 ou 6 %, mais que c’était un mal nécessaire dans un contexte de plafond salarial. Il avait d’ailleurs profité de sa tribune pour lancer un avertissement.

« Du côté des propriétaires, parfois ils faisaient une proposition en sachant que ça ne passerait pas, mais ils la faisaient peut-être pour la prochaine négociation », a prévenu Darche, devenu directeur des opérations hockey du Lightning de Tampa Bay.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Mathieu Darche, ancien joueur de la LNH devenu directeur des opérations hockey du Lightning de Tampa Bay

S’il y a un autre lock-out, et je crois que ce serait une erreur des deux côtés, je prédis qu’ils vont essayer de revenir à cinq ans maximum pour les contrats et d’instaurer un plafond sur les bonis à la signature.

Mathieu Darche

Quoi qu’il en soit, Walsh ajoute sa voix au chœur de ceux qui se disent « optimistes » quant à la possibilité d’une résolution paisible. Il faut dire que le moment serait fort mal choisi pour un quatrième conflit sous l’ère Bettman, surtout avec l’arrivée d’une 32e équipe à Seattle en 2021.

« Si les deux côtés peuvent accepter de réduire ou d’éliminer la fiducie, on aura le cadre pour s’entendre, a analysé Walsh. J’ai espoir. J’ai confiance en Don Fehr et en l’Association des joueurs. Ils sont prêts, les joueurs ont été bien informés. Ils savent ce qui se passe. »