L'Association professionnelle des journalistes affectés à la couverture des 31 équipes de la LNH vient de dévoiler le résultat de ses votes de mi-saison pour les différents trophées.

Mis à jour le 25 janv. 2019
Mathias Brunet LA PRESSE

Cet exercice m'a toujours paru très ardu à l'époque où je couvrais le Canadien à temps plein. Certains trophées sont plus faciles à décerner que d'autres. Le trophée Selke remis à l'attaquant défensif par excellence et le Lady Byng pour le plus gentilhomme m'ont toujours donné beaucoup de fil à retordre. Mais il y a des zones grises partout.

      

Prenons le trophée Hart, remis au joueur le plus utile à son équipe. Si on prend la définition au pied de la lettre, il s'agit donc d'identifier le joueur le plus essentiel à son équipe. Pourtant, une loi non-écrite dans le milieu sous-entend qu'on ne peut donner ce trophée à un joueur dont le club est exclu des séries. Et pourquoi donc? Depuis 1959, Mario Lemieux est le seul joueur à avoir remporté le trophée Hart (en 1988) alors que son club a été exclu des séries. Depuis 1967, seulement 4% des finalistes au trophée Hart ont vu leur club rater les séries.

      

Connor McDavid, par exemple, a participé à 52% des buts des Oilers. Il a marqué 21% des buts de l'équipe. Il est pourtant au troisième rang dans la course selon le vote dévoilé hier. Nikita Kucherov, premier, a pourtant marqué 11% des buts de son équipe, et contribué à 40% des buts du Lightning. Faut-il pénaliser McDavid en raison de l'incompétence de ses patrons? Quel joueur est le plus utile à son club, Kucherov ou McDavid? Poser la question, c'est y répondre.

      

Le trophée Norris remis au défenseur par excellence est souvent décerné à un défenseur offensif. Cette année ne fait pas exception. Mark Giordano vient au premier rang pour la moyenne de points par match, sur un pied d'égalité avec Brent Burns. Morgan Rielly vient au troisième rang des compteurs chez les défenseurs. Les trois sont finalistes. Que doit faire John Carlson pour finalement obtenir un peu de reconnaissance? Se hisser parmi les trois premiers compteurs, ou continuer à briller dans sa zone? Vous connaissez sans doute la réponse.

Mais comme nous ne voyons pas tous les matchs de toutes les équipes, il faut se fier aux statistiques pour voter. On va aussi jeter un oeil rapide au différentiel. Giordano a une fiche de +29 au sein d'une équipe puissante. D'ailleurs son partenaire T.J. Brodie a une fiche de +28 et les deux autres défenseurs du top 4 à Calgary sont à +10.

Ryan Suter a une fiche de seulement +1, mais le Wild n'a pas un très bon ratio entre les buts marqués et les buts accordés. Suter est pourtant le défenseur le plus utilisé de la Ligue après Drew Doughty. Giordano connaît une saison exceptionnelle et il mérite sans doute cette reconnaissance, mais voyez quand même sur quelle base on se fie pour lui donner le trophée?

      

Le trophée Selke remis à l'attaquant défensif par excellence demeure le plus complexe. Comment reconnaître le meilleur attaquant défensif si on ne voit pas tous les joueurs sur une base régulière. On se fie une fois de plus sur les statistiques. Rarement voit-on un gagnant ne pas obtenir une part importante de points dans une saison. On regarde aussi le différentiel dans ce cas-ci, et cette statistique demeure trompeuse. Un bon attaquant défensif au sein d'une équipe faible devant le filet sera pénalisé.

Alors on se fie souvent à la réputation. Les mêmes noms reviennent souvent, Patrice Bergeron (souvent avec raison faut-il le mentionner), Jonathan Toews, Anze Kopitar. Ces trois-là se sont partagés le trophée au cours des sept dernières saisons. Kopitar l'a remporté l'an dernier tout en ayant amassé 92 points. On récompense vraiment un attaquant défensif? Mais en imposant une limite de points, on pénaliserait les attaquants responsables défensivement et doués à l'attaque. Il n'y a pas de solution facile. Seuls les entraîneurs et les joueurs de la LNH devraient avoir le droit de voter.

Le gagnant du trophée Calder est plus facile à trouver. L'échantillon est moins large. Cette année, par exemple, Elias Pettersson a 45 points, presque 20 de plus que son plus proche poursuivant, Colin White. On note par contre de façon générale que les défenseurs sont souvent exclus de l'équation parce qu'ils obtiennent moins de points. Seulement deux l'ont gagné depuis 2003, Aaron Ekblad et Tyler Myers. C'est encore pire pour les gardiens. Steve Mason est le seul gagnant depuis 2004. Mais bon, avec les performances de Pettersson cet hiver, personne ne pourra crier à l'injustice.

Comment voter avec justesse pour le trophée Lady Byng remis au meilleur gentilhomme? Voilà le trophée le plus subjectif, avouons-le. On commence par regarder les joueurs les plus en vue, leur bouille, sympathique ou non, et le nombre de minutes de punitions à leur fiche. Mais un joueur peut très bien être un «baveux» notoire sans être très puni, n'est-ce pas? Et un joueur peut avoir écopé de quelques mineures pour accrochage sans être un vilain garçon pour autant.

Samuel Girard et Dominik Kahun sont les seuls joueurs à avoir disputé au moins 50 matchs sans avoir mérité la moindre punition. Devraient-ils devancer Sean Monahan, Logan Couture ou Teuvo Teravainen parce que ceux-ci ont eu cinq mineures de plus? Aleksander Barkov vient au premier rang selon les résultats d'hier, devant Morgan Rielly et Sean Monahan. Voulait-on les récompenser parce qu'ils passeront proche de gagner un trophée important sans l'emporter? Seuls les joueurs et, ou, les entraîneurs, devraient avoir le droit de voter.

Le trophée Vézina remis au meilleur gardien donne aussi parfois lieu à des aberrations. John Gibson vient au premier rang selon les votes de cette semaine malgré une moyenne de 2,74. Il demeure un excellent gardien, mais il compte aussi sur l'une des meilleures défenses de la Ligue nationale. Son auxiliaire, Ryan Miller, avait d'ailleurs une moyenne légèrement inférieure et un taux d'arrêts de ,922 avant de se blesser.

Quelles seraient les statistiques de Gibson avec le Canadien, privé pendant une partie de la saison de son défenseur numéro un, et son concours «défenseur gaucher académie» d'octobre à janvier? Frederik Andersen parmi les trois finalistes? Vraiment? Serait-il aussi efficace avec une autre équipe que les Maple Leafs, parmi les meilleurs clubs en possession de rondelle?

Le meilleur gardien de but au monde derrière une défense poreuse aurait beaucoup de difficulté à obtenir la reconnaissance nécessaire. Encore là, il n'y a pas de solution simple. Dans un monde idéal, seuls les entraîneurs de gardiens des 31 clubs de la Ligue nationale seraient appelés à voter. Ils saisissent les subtilités du métier que le journaliste moyen ne peut déceler.

Il y a aussi une loi non-écrite pour le trophée remis à l'entraîneur par excellence, le Jack-Adams. Le coach gagnant est généralement à la tête d'une équipe dont les résultats dépassent les attentes. L'entraîneur d'une formation puissante a des très rares chances de l'emporter. À ce chapitre, je ne suis pas totalement contre le raisonnement, même si diriger un club bourré de vedettes demeure une tâche parfois complexe. Mais voir un club connaître du succès malgré des effectifs en apparences ordinaires, ou encore assister à une progression étonnante d'une équipe d'une saison à l'autre avec un nouvel entraîneur, mais une formation sensiblement pareille à celle de la saison précédente avec un autre coach démontre l'impact que peut avoir un entraîneur sur ses troupes. En ce sens, le choix de Barry Trotz avec les Islanders est parfaitement justifié.

Le trophée remis au directeur général de l'année a été instauré en 2010. On juge souvent le travail d'un DG sur une période de quatre ou cinq ans, mais la LNH a tellement changé que les plans quinquennaux se transforment désormais en plans annuels ou biennaux. En travaillant efficacement au cours de l'été, un DG peut transformer un club médiocre en formation gagnante rapidement. Brad Treliving et Marc Bergevin en sont de bons exemples, à Calgary et Montréal respectivement. Ils ont redressé leurs clubs sans pour autant sacrifier l'avenir de leur organisation. Étonnamment, Bergevin ne figure pas parmi les finalistes. Il méritait des critiques sévères l'an dernier, il doit recevoir les fleurs cette saison.

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