Lorsque Ben Chiarot a jeté les gants devant Zack Kassian samedi soir, il a doublé le nombre de bagarres du Canadien cette saison.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Seulement en décembre, Nicolas Deslauriers s’est battu trois fois avec les Ducks d’Anaheim. Depuis le début du calendrier, il compte déjà sept duels, ce qui inclut une séquence de cinq bagarres en dix matchs du 25 novembre au 17 décembre.

Dans la LNH des années 70, le Québécois se serait perdu dans la masse. Mais dans celle qui s’apprête à entrer dans la décennie 2020, il trône au premier rang du circuit. Brendan Lemieux (5) et Austin Watson (4) le suivent dans l’ordre.

Les partisans du Canadien n’ont pas vu Deslauriers mettre autant ses poings à contribution. En 106 parties réparties sur les deux dernières saisons, celui qui portait le numéro 20 à Montréal a été impliqué dans 7 bagarres au total. Auparavant, chez les Sabres de Buffalo, il avait jeté les gants 18 fois en 211 rencontres, ce qui représente une moyenne annualisée de 7 combats par tranche de 82 matchs.

Au rythme actuel, il pourrait bien terminer la présente campagne avec une vingtaine de bagarres.

Au bout du fil, l’ancien du Tricolore affirme qu’il n’avait pas prévu cette hausse de régime. Ce ne sont pas les entraîneurs des Ducks qui lui demandent de se battre aussi régulièrement, assure-t-il. « Ça adonne comme ça », répète-t-il quelques fois au cours de la conversation.

Tout le monde sait que je me suis toujours défendu. Ça a toujours adonné que je puisse le faire, c’est seulement arrivé un peu plus cette saison.

Nicolas Deslauriers

N’empêche, précise-t-il, « je ne veux pas être considéré comme un gars qui fait juste se battre ». « J’ai prouvé que j’étais capable de jouer au hockey », ajoute celui qui a connu les meilleurs moments offensifs de sa carrière chez le Canadien en 2017-2018, avec 14 points en 58 matchs.

Ceux qui l’ont vu jouer au cours de cette saison ont surtout en mémoire l’énergie que transportait sur la patinoire ce gaillard de 6 pi 3 po et presque 220 lb.

« Ma game n’a pas changé, martèle-t-il. Si ça peut m’aider à rester dans la LNH et aller chercher d’autres contrats, je vais mettre les choses de mon bord. »

Deslauriers écoule présentement la dernière année d’une entente qui lui rapporte 950 000 $ par saison.

L’effet de l’Ouest ?

D’emblée, il attribue son nombre élevé de bagarres cette saison au jeu dans l’Ouest, réputé plus robuste que dans l’Est. Cette impression, pourtant répandue, n’est pas tout à fait exacte : des 99 bagarres répertoriées depuis octobre par le site Hockey Fights, référence en la matière, les formations de l’Est ont légèrement l’avantage.

Le virage emprunté par ce vétéran de plus de 300 matchs va tout de même à contre-courant de la tendance générale observée dans la LNH. Toujours selon Hockey Fights, on assistait à 0,56 combat par match en 2000-2001 à l’échelle du circuit ; il n’y en avait plus que 0,19 en 2018-2019, une baisse de 66 %. C’est donc dire qu’au cours d’une saison, chaque équipe sera impliquée dans une quinzaine de combats en moyenne. Les Ducks ont déjà atteint cette marque en 2019-2020, en seulement 36 rencontres.

La tendance baissière à l’échelle de la LNH est tout sauf étrangère aux situations vécues par d’anciens bagarreurs dont les déboires ont été documentés au cours des dernières années. 

Quelques-uns, dont le légendaire Bob Probert, mort en 2010 à l’âge de 45 ans, ont reçu un diagnostic d’encéphalopathie chronique traumatique (CTE, en anglais) après leur mort prématurée.

Les études suggèrent que les coups à la tête favorisent le développement de cette dégénérescence des tissus du cerveau, particulièrement observée chez les athlètes qui pratiquent des sports de contact comme la boxe et le football. Et le hockey.

« Il y a toujours un risque »

Nicolas Deslauriers affirme toutefois qu’il « n’y pense pas vraiment ».

« Je sais qu’il y a toujours un risque, concède-t-il. Je ne veux pas que ça affecte mon mental et mon physique. Mon rôle est dur sur le corps, je ne peux pas le cacher. Se battre plus souvent, c’est taxant sur le corps. »

« Mais la ligue a changé, ça se bat beaucoup moins. On n’est plus à l’époque où ça se battait au warm-up ! Comme on ne peut plus enlever nos casques, c’est plutôt les mains qui mangent une petite volée. À date, mon corps se sent bien, je vais continuer comme ça. »

Il dit se plaire à Anaheim, et ce, même si les Ducks connaissent une saison plutôt ordinaire.

Sa conjointe attend actuellement un enfant, le quatrième du couple. « C’est une grosse surprise », convient le patineur, qui ajoute d’emblée « ne pas trouver de mots » pour décrire la joie qui l’habite.

Lorsque La Presse lui demande de nouveau si son rôle de père de famille ne l’incite pas à s’inquiéter de son propre sort comme pugiliste, Deslauriers persiste et signe. « Ce ne sont pas des choses auxquelles je pense. »

« Je suis un gars qui vit au jour le jour. Quand ça adonne, je me bats. Et présentement, ça adonne. »