(Edmonton) Zack Kassian n’a pas disputé un seul match avec le Canadien, et pourtant, à ce jour, il affirme que c’est à Montréal qu’il a pu relancer sa carrière.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

« On peut dire que j’ai beaucoup appris à Montréal, explique l’attaquant des Oilers en ce vendredi matin dans le vestiaire de son club. C’est sûr que personne ne voudrait avoir à vivre quelque chose comme ça, mais parfois, tu dois aller toucher le fond pour remonter. Et c’est à Montréal que j’ai touché le fond. »

Le « quelque chose comme ça » en question, c’est bien sûr cet accident de camion survenu aux petites heures d’un douloureux matin d’octobre 2015, quand Kassian, après une longue nuit passée à faire un peu trop la fête, s’est retrouvé dans le décor en compagnie de deux jeunes femmes.

Acquis des Canucks de Vancouver à peine quelques mois auparavant, le joueur ontarien venait ainsi de gaspiller sa seule et unique chance avec le Canadien, lui qui traînait déjà une mauvaise réputation depuis que les Sabres de Buffalo en avaient fait le 13e choix au total au repêchage de 2009.

Mais le Kassian de maintenant a bien peu à voir avec ce Kassian-là. À 28 ans, il est en voie de connaître la meilleure saison de sa carrière, avec une fiche de 12 buts et 12 passes en 34 rencontres. Drôle de hasard, lui et son club vont accueillir le Canadien ici samedi soir.

« Je ne sais pas si je serais ici aujourd’hui, si je serais le même homme, si cet incident-là à Montréal n’était pas arrivé, confie-t-il à La Presse. J’y repense maintenant, ça fait quatre ans, et je suis presque reconnaissant que ce soit arrivé. »

Marc Bergevin, le directeur général du Canadien, l’avait pourtant averti au moment de l’obtenir en retour de Brandon Prust : une autre gaffe, une seule, et puis ça allait être la porte.

« Marc est un gars de parole, ajoute Kassian. Il m’avait prévenu. Mais moi, j’en étais à un point dans ma vie où je n’écoutais personne, et je prenais tout pour acquis. Je pensais qu’il ne pouvait rien m’arriver de mal, mais quand on pense comme ça, ça peut souvent mal virer, justement. Je n’étais pas prêt à écouter qui que ce soit.

« C’est drôle, parce que Marc m’avait fait asseoir dans son bureau deux semaines avant l’accident pour m’expliquer tout ça, pour me dire à quel point c’était une belle occasion pour moi avec le Canadien. Et puis après l’accident deux semaines plus tard, je me suis retrouvé devant lui, exactement dans la même chaise et dans le même bureau. Marc était très déçu, très fâché, et je l’étais moi aussi, parce qu’il m’avait donné une chance et je l’avais bousillée. »

Kassian a ensuite pris la direction de la Californie, pas pour s’amuser sur la plage, mais bien pour y intégrer le programme de réhabilitation de la LNH, où une place dans un centre spécialisé l’attendait. Après Noël, le Canadien l’a échangé aux Oilers en retour d’un gardien de deuxième ordre, Ben Scrivens. Le Canadien aurait probablement accepté une caisse de rondelles rien que pour se débarrasser de lui.

Et puis surprise, voici que Zack Kassian est le troisième marqueur des Oilers cette saison, derrière Connor McDavid et Leon Draisaitl.

Ce n’est peut-être pas un miracle, mais ce n’est pas loin.

« J’ai dû grandir, réaliser combien j’étais chanceux de jouer dans la LNH, j’ai dû comprendre qu’il ne faut rien prendre pour acquis. J’ai été un haut choix de repêchage et je pensais que j’allais jouer facilement 20 ans dans cette ligue… Maintenant, je savoure chaque instant. Je ne sais pas le temps qu’il me reste au hockey. Deux ans, cinq ans, dix ans ? Alors j’y vais un jour à la fois. Je savoure chaque journée, et j’espère pouvoir être heureux de ce que j’aurai accompli à la fin. »