(Vancouver) Conjuguer une fin de session exigeante avec les rigueurs d’une saison de hockey, ça se passe généralement dans un autocar bondé de garçons de 17 ans, quelque part entre Québec et Baie-Comeau.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Mais Antoine Roussel n’a jamais rien fait comme les autres. Si bien que dans un corridor du Rogers Arena de Vancouver, entendre l’ailier gauche des Canucks nous parler du cours d’acériculture auquel il a consacré son automne n’est pas complètement farfelu.

Opéré au ligament croisé antérieur en mars dernier, Roussel savait qu’une longue convalescence l’attendait. Six mois au mieux, mais plus vraisemblablement neuf. Regarder la télé pendant tout ce temps n’était pas une option.

« Quand je tourne en rond, je deviens tannant », a-t-il dit à La Presse quelques heures avant le match opposant les Canucks au Canadien, mardi.

Qu’à cela ne tienne, le joueur de 30 ans a décidé de renouer avec les bancs d’école. Il s’est donc inscrit à un cours à distance en acériculture, offert par le département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval.

Pour ce Français d’origine, on peut difficilement imaginer une expérience canadienne plus immersive. Mais ce choix était loin d’être fortuit.

La famille de sa conjointe Alexandra, avec qui il partage sa vie depuis ses années au niveau junior, possède depuis une quinzaine d’années l’érablière Au Sucre d’or, à Laterrière, au Saguenay. Lorsqu’il jouait pour les Saguenéens de Chicoutimi, Roussel a commencé à y travailler à temps partiel pour arrondir ses fins de mois.

Dans le junior, tu gagnes 35 $ par semaine. J’étais bien content que mon beau-père me donne une petite job !

Antoine Roussel

À l’époque, poursuit-il, les techniques employées étaient encore artisanales, avec les entailles manuelles et les seaux à vider inlassablement dans l’évaporateur. Ce dur labeur a toutefois passionné le jeune Roussel qui, encore des années plus tard, continue d’aller donner un coup de main quand le temps le lui permet.

Du temps, il en a soudain eu énormément après son intervention chirurgicale. Sa conjointe et lui ont donc décidé de s’inscrire ensemble à ce cours universitaire. Si l’objectif était de rester occupé, il a largement été dépassé, à plus forte raison avec deux jeunes enfants à la maison.

« Je m’entraînais fort à l’aréna, je rentrais à la maison, j’étudiais pendant que les enfants faisaient la sieste, puis quand ils se réveillaient, on allait au parc… On était toujours en mouvement. Le soir, j’étais crevé, puis on recommençait pour une autre journée. C’était parfait comme ça », souligne-t-il.

« Les gars disent que les derniers mois d’une rééducation sont les plus difficiles. Moi, ç’a été le contraire, j’étais tellement occupé ! »

Éducation primordiale

En jasant un peu avec le joueur des Canucks, on comprend aussi que l’éducation a toujours occupé une place importante dans sa vie comme dans celle de sa famille.

À la fin de son stage junior, il a suivi quelques cours à distance par le truchement de la TELUQ. Il l’a ensuite refait dans la Ligue américaine.

À 20 ans, après quatre saisons chez les Saguenéens, il jonglait entre une admission à l’Université McGill, où il aurait rejoint les Redmen, et un essai chez les professionnels.

C’est son entraîneur chez les Sags, Richard Martel, qui l’a convaincu de choisir le hockey. Il n’avait jamais été repêché dans la LHJMQ, pas davantage dans la LNH, mais cela ne voulait pas dire qu’il n’aurait jamais sa chance.

Richard [Martel] m’a dit : “L’école, tu peux y aller toute ta vie. Le hockey, c’est maintenant.” Ç’a été un très bon conseil pour moi.

Antoine Roussel

Il faut dire qu’il avait tout près de lui un exemple probant : sa mère est allée faire son cours en pharmacie à l’Université Laval à l’âge de 40 ans. « Elle est extrêmement déterminée : quand elle veut quelque chose, elle le fait. Pour moi, ça rendait moins difficile le fait de mettre l’école de côté, car je savais que j’irais après. »

En effet, le pari a été payant. Le jeune homme a signé un contrat de la Ligue américaine avec les Bruins de Providence en 2010. Deux ans plus tard, les Stars de Dallas lui ont accordé un premier contrat. Et presque 500 matchs dans la LNH plus tard, cet adepte du jeu robuste roule toujours sa bosse dans le circuit. Il a enfin amorcé, le 3 décembre dernier, sa deuxième saison chez les Canucks.

Ces jours-ci, Roussel est en train de régler les derniers détails pour passer l’examen final de son cours. Il a connu de petits pépins administratifs, mais il a bon espoir d’avoir tout bouclé avant Noël.

« J’avais complètement oublié comment on faisait ça, avoue-t-il. Je pensais que c’était sur l’internet, mais finalement, ce n’est pas le cas… Je dois dire que je suis un peu à la dernière minute. »

Comme tous les bons étudiants, quoi.