On en avait déjà une bonne idée, mais il y a maintenant moyen de savoir — en chiffres — qui sont les agents les plus puissants de la LNH. Sans surprise, c’est le Québécois Pat Brisson, l’homme qui représente Sidney Crosby, John Tavares et Jonathan Toews, qui trône au sommet de la liste. Regard sur ces acteurs de l’arrière-scène de la LNH.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Au seuil du milliard

« Quand tu regardes ça comme ça, c’est un gros chiffre ! » Pat Brisson est un brin incrédule au bout du fil.

L’information provient de Puckpedia, un site internet de référence qui répertorie une multitude d’informations, dont une section sur les agents de joueurs de hockey. On y trouve un palmarès des agents selon la valeur totale des contrats de leurs clients.

Au premier rang de la liste : Pat Brisson. Le chiffre : 999 882 495 $. C’est la valeur totale de tous les contrats valides des clients de l’agent québécois. Il ne lui manquerait donc que 117 505 $ pour atteindre le milliard de dollars. Bref, ça se réglera avec son prochain contrat.

Les clients qui aident le plus Brisson à approcher du milliard : Sidney Crosby (entente totale de 104,4 millions de dollars), Patrick Kane et Jonathan Toews (84 millions chacun), Anze Kopitar (80 millions) et John Tavares (77 millions).

« Honnêtement, je n’étais pas au courant de ce chiffre, admet Brisson. Mais les chiffres sont assez précis. »

Je ne regarde pas vraiment ça. Ce n’est pas comme un joueur qui a 500 buts, 1000 points. Ça, c’est une production. Nous, c’est une roue qui tourne. Tu signes un contrat de cinq ans. Trois ans plus tard, tu penses déjà au prochain contrat.

Pat Brisson

En fait, avec l’entente de Tavares en juillet 2018, Brisson avait atteint le milliard en contrats actifs l’été dernier, selon Hart Levine, fondateur du site Puckpedia. Mais d’autres ententes ont expiré depuis, si bien qu’il est redescendu sous le chiffre symbolique.

Et ça continue !

Vous avez vu les noms de ses clients ; ce n’est pas un hasard si Brisson trône au sommet du palmarès. Sa firme, Creative Artists Agency (CAA), recrute année après année les meilleurs espoirs de la LNH, des démarches qui commencent souvent quelques années avant le repêchage de la LNH. D’ailleurs, le partenaire de Brisson, J.P. Barry, vient quant à lui au troisième rang du classement de Puckpedia, avec une valeur totale de 729,8 millions en contrats actifs. Son client le plus illustre : Evgeni Malkin (76 millions). L’agence brasse de grosses affaires.

La lutte est chaude, cela dit, et malgré la renommée de Brisson et de Barry, CAA n’est pas l’agence la plus « riche » de la LNH. C’est plutôt Newport Sports Management, un groupe mené notamment par les agents Craig Oster, Wade Arnott et Don Meehan. Cette firme compte P.K. Subban, Steven Stamkos, Erik Karlsson, Brad Marchand et Phil Kessel parmi ses clients.

En ce qui concerne le nombre de contrats actifs, c’est Allain Roy qui vient en première place, avec 70. L’Acadien est particulièrement présent auprès des gardiens : il représente Ben Bishop, Philipp Grubauer, Jake Allen, Keith Kinkaid et Carter Hart.

Ces chiffres ne sont évidemment pas tous précis à 100 %, puisque les agences sont composées de plusieurs agents. Ainsi, un même joueur peut être servi par différents agents, selon ses besoins ou les disponibilités de chacun. De plus, certaines agences, pour un ensemble de raisons, vont « regrouper » des contrats au nom d’un même agent même si, dans les faits, d’autres agents travaillent de plus près avec ces joueurs.

Du côté de CAA, le portefeuille continuera à se garnir.

Ce que je regarde le plus, c’est qu’on a 7 de nos clients parmi les premiers choix au total des 15 dernières années. Ça, c’est un chiffre que je surveille et dont je suis fier.

Pat Brisson

Le plus récent de ces premiers choix est Jack Hughes, réclamé par les Devils du New Jersey en juin dernier. Le père de Jack, Jim, travaille d’ailleurs pour CAA, à titre d’entraîneur attitré au développement des joueurs. Selon toute vraisemblance, Jack Hughes deviendra riche en jouant au hockey. Son frère Quinn, défenseur des Canucks de Vancouver, aussi.

Auston Matthews (2016) faisait également partie de la filière de Brisson quand il a été repêché par les Maple Leafs, mais il a fait le saut avec Orr Group quand son représentant, Judd Moldaver, a quitté CAA à la faveur de l’agence de Bobby Orr.

Nathan MacKinnon (2013), John Tavares (2009), Patrick Kane (2007), Erik Johnson (2006) et Sidney Crosby (2005) complètent le portrait des premiers choix au total.

À plus court terme, deux autres grands contrats vont s’ajouter à la liste de Brisson. Le défenseur des Blue Jackets de Columbus Zach Werenski est joueur autonome avec compensation et est en voie de passer à la banque, d’autant plus que son équipe a vu ses plus grandes vedettes quitter le navire cet été. Il reste aussi le défenseur Jake Gardiner, le plus grand nom toujours disponible parmi les joueurs autonomes sans compensation.

D’ici l’été prochain, trois autres de ses clients, soit Max Domi, Pierre-Luc Dubois et Samuel Girard, devraient eux aussi avoir droit à de jolies augmentations salariales.

Un quart de siècle

On voit passer tous ces chiffres, et on réalise le chemin parcouru par Brisson depuis sa modeste carrière de joueur de la LHJMQ, où il a été actif de 1982 à 1986.

PHOTO GETTY IMAGES

Le Québécois Pat Brisson arrive au premier rang des agents de la LNH en matière de valeur totale des contrats de joueurs qu’il représente.

Son histoire est bien connue. C’est en 1992 qu’il s’est officiellement lancé en affaires, représentant son bon ami Luc Robitaille. Les deux avaient conclu ensemble leur carrière junior chez les Olympiques de Hull en 1985-1986. Aujourd’hui, Brisson est établi à Los Angeles, à la tête d’une agence qui offre une multitude de services et qui organise des camps estivaux pour ses plus jeunes clients. Robitaille travaille dans la Cité des anges, à titre de président des Kings. Rien de moins.

Mais avant Robitaille, il y a aussi eu Philippe DeRouville, un gardien repêché au 115e rang par les Penguins de Pittsburgh en 1992. C’est le premier contrat de la LNH que Brisson a négocié, et il s’en souvient très bien.

« Je devais avoir 25 ou 26 ans ! raconte-t-il. J’étais dans le bureau de Craig Patrick [DG des Penguins à l’époque] et j’étais un peu nerveux. J’essayais d’aller chercher 5000 $ de plus de boni. Je pense que j’avais réussi, finalement ! »

Combien ça gagne, un agent ?

C’est bien connu, les agents sont payés à la commission. Aucune agence n’affiche les taux qu’elle commande, mais on nous explique qu’en général, cette commission oscille entre 3 et 4 % du salaire du joueur. Ainsi, pour un contrat de 20 millions, un agent toucherait donc entre 600 000 $ et 800 000 $, répartis sur la durée de l’entente. Certaines firmes proposeront une commission plus élevée si le client souhaite obtenir des services plus variés, que ce soit en matière de finances ou d’assurances, par exemple. Chaque entreprise perçoit les commissions à son rythme ; une fois par année, ou avec des modalités de paiement. Dans les cas d’un premier contrat professionnel, les agences les plus avenantes proposeront à leurs clients d’attendre la fin de la saison avant de payer. L’Association des joueurs de la LNH ne fixe pas de limite sur la commission qu’un agent peut facturer.

Les six agents les plus performants

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Pat Brisson

1- Pat Brisson Agence : Creative Artists Agency (CAA) Valeur totale des contrats actifs : 999 882 495 $ Principaux contrats : Sidney Crosby (104,4 millions), Patrick Kane et Jonathan Toews (84 millions chacun) Chez le Canadien : Max Domi

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Craig Oster

2- Craig Oster Agence : Newport Sports Management Valeur totale des contrats actifs : 758 752 442 $ Principaux contrats : Erik Karlsson (92 millions), Mark Stone (76 millions), Henrik Lundqvist (59,5 millions) Chez le Canadien : Ben Chiarot, Phillip Danault, Michael McCarron

PHOTO FOURNIE PAR CAA

J.P. Barry

3- J.P. Barry Agence : CAA Valeur totale des contrats : 729 848 145 $ Principaux contrats : Evgeni Malkin (76 millions), David Pastrnak (39 999 millions), Andrew Ladd (38,5 millions) Chez le Canadien : Karl Alzner, Paul Byron, Jordan Weal

PHOTO FOURNIE PAR KO SPORTS

Kurt Overhardt

4- Kurt Overhardt Agence : KO Sports Valeur totale des contrats : 554 587 494 $ Principaux contrats : Ryan Johansen (64 millions), Jacob Trouba (56 millions), John Gibson (51,2 millions) Chez le Canadien : Lukas Vejdemo

PHOTO FOURNIE PAR NEWPORT SPORTS MANAGEMENT

Wade Arnott

5- Wade Arnott Agence : Newport Sports Management Valeur totale des contrats : 523 304 125 $ Principaux contrats : Zach Parisé (98 millions), Phil Kessel (64 millions), Brad Marchand (49 millions) Chez le Canadien : Jeff Petry

PHOTO FOURNIE PAR THE SPORTS CORPORATION

Gerry Johannson

6- Gerry Johannson Agence : The Sports Corporation Valeur totale des contrats : 419 914 996 $ Principaux contrats : Carey Price (84 millions), Ryan Getzlaf (66 millions), Brent Seabrook (55 millions) Chez le Canadien : Carey Price, Brendan Gallagher, Brett Kulak

Puckpedia : un nouveau venu

Si le nom de Puckpedia ne vous est guère familier, rassurez-vous. Il s’agit d’un site relativement jeune parmi les sites de référence de hockey, mis en ligne le 29 juin 2018. 

Derrière cette bible de renseignements : Hart Levine, un comptable de 34 ans originaire d’Edmonton qui demeure désormais en Californie.

« Je suis un fan, je m’intéresse beaucoup aux chiffres du hockey, aux contrats, nous explique-t-il. Je naviguais d’un site à l’autre, et ça m’a donné l’idée de créer un site où on retrouverait tout sous un même toit. Nous avons donc des statistiques avancées, des nouvelles, les transactions, les comptes Twitter à suivre pour les partisans de chaque équipe. Je trouvais aussi l’information sur les agents très utile. C’est intéressant de savoir qui est l’agent impliqué quand il y a un gros contrat ou une demande de transaction. Les partisans croient que c’est comme un jeu vidéo, mais les relations entre un agent et un DG jouent pour beaucoup. » 

Puckpedia est effectivement, à notre connaissance, l’unique site de référence où on trouve de l’information sur les agents. Levine a visiblement trouvé un filon pour inciter la collaboration.

« Maintenant que le site se développe, les agents sont plus proactifs pour m’informer. Quand ils ajoutent un joueur, ils me contactent. Certains sont compétitifs et veulent s’assurer d’être à la bonne position dans le classement ! Je devine aussi que ce classement les aide dans le recrutement, car certains joueurs peuvent comparer la valeur des agences. » 

Levine espère maintenant que ce site lui ouvrira les portes d’une équipe de la LNH. Ces dernières années, plusieurs créateurs de sites d’information ont fini par être embauchés comme analystes de données par des organisations du circuit Bettman.

Anecdotes d’agents

Au cours des derniers mois, La Presse a récolté auprès de différents agents quelques-unes de leurs meilleures anecdotes de négociation de contrat.

PHOTO ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Sidney Crosby 

Pat Brisson Creative Artists Agency (CAA), 1er au classement de Puckpedia (999 millions)

Au sujet du contrat de Sidney Crosby :  « Au début, on était autour de 9,5 ou 10 millions par année. Puis, on a commencé à ajouter des années. On arrivait à 8,5 ou 8,6 millions en moyenne annuelle. On s’approchait tranquillement, puis ça a marché à 8,7 millions. Sid est un gars assez superstitieux ! » [NDLR : Crosby porte le no 87 et est né le 7 août 1987.]

PHOTO ARCHIVES USA TODAY SPORTS

« Pour un de nos gardiens, on a une clause stipulant que s’il marque un but, son entreprise de bâtons lui versera un gros boni ! », indique Allain Roy de RSG Hockey.

Allain Roy RSG Hockey, 16e au classement de Puckpedia (232 millions)

La clause la plus étrange qu’il a négociée :  « Pour un de nos gardiens, on a une clause stipulant que s’il marque un but, son entreprise de bâtons lui versera un gros boni ! »

PHOTO ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Nikita Kucherov (86) 

Dan Milstein Gold Star Sports, 24e au classement de Puckpedia (167 millions)

Au sujet de la signature du contrat de huit ans de Nikita Kucherov :  « Quand ça s’est réglé, il a envoyé un message texte à Steve Yzerman [NDLR : alors DG du Lightning]. Il lui a dit : “Je ne vais peut-être pas améliorer la hauteur de mes sauts verticaux, mais je vais gagner la Coupe Stanley.” Ensuite, on est allés souper au restaurant pour célébrer le contrat. Il a seulement pris un repas, même pas de dessert ! »

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Brian Leetch

Jay Grossman Puck Agency, 73e au classement de Puckpedia (27 millions)

Le contrat le plus marquant de sa carrière :  « C’était le premier contrat de Brian Leetch, en 1988. Les contrats étaient alors bien différents, et on pouvait négocier toutes sortes de bonis. Il en avait un pour les points, et ça commençait à 20 points. Il y avait ensuite des bonis à chaque tranche de 10 points, jusqu’à 80 points. Après 80, c’était une somme pour chaque point additionnel. À la quatrième année du contrat, il a eu 102 points ! Je ne me souviens plus des chiffres exacts, mais c’était payant ! »

PHOTO ARCHIVES REUTERS

Vincent Lecavalier

Kent Hughes Quartexx Management, 22e au classement de Puckpedia (191 millions)

La négociation la plus folle de sa carrière :  « C’était le contrat de 11 ans de Vincent Lecavalier. J’étais parti en vacances en pensant que le contrat était réglé, mais finalement, ce ne l’était pas. J’ai passé sept jours enfermé dans l’hôtel, à parler au téléphone. On embarque dans l’auto avec la famille pour le retour, ma femme me regarde : “Ça ne compte pas pour des vacances !” »

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Randy Burridge (12) des Bruins, entre Mike McPhee (35) et Brian Skrudland (39) en 1986

Anton Thun Quartexx Management, 41e au classement de Puckpedia (97 millions)

Le premier contrat de la LNH qu’il a négocié :  « C’était Randy Burridge en 1985. Ce n’était pas un espoir en vue, il avait été repêché au huitième tour. C’était un petit rat de 5 pi 9 po qui travaillait fort. Mais il avait fait bonne impression au camp, avant de retourner dans le junior à Peterborough. En novembre, les Bruins ont plusieurs blessés. Harry Sinden m’appelle et me demande s’il veut signer un contrat d’essai de cinq matchs. Il joue son premier match et ça se passe bien. Après le match, Sinden me dit : “On aimerait l’emmener avec nous sur la route pour notre prochain match. Ensuite, il retournera à Peterborough.” Il joue un autre bon match. Harry me rappelle : “On va le ramener à Boston pour le prochain match.” Finalement, ils l’ont gardé toute la saison ! C’était une belle façon de commencer ma carrière d’agent. »