Que vous soyez un admirateur de Ben Roethlisberger ou non, force est d’admettre que sa dernière soirée dans l’uniforme des Steelers au Heinz Field, à Pittsburgh, lundi soir, a été mémorable. Tout en émotions.

Publié le 6 janvier
Miguel Bujold
Miguel Bujold La Presse

Rarement un quart-arrière de sa trempe a-t-il eu la chance de célébrer avec ses partisans une dernière fois comme il a pu le faire. Les 70 000 spectateurs réunis ont profité de l’occasion pour lui témoigner leur amour et leur reconnaissance. « Big Ben » a passé ses 18 saisons dans la Ville de l’acier et a marqué la grande histoire des Steelers comme très peu d’autres joueurs l’ont fait.

Après la formation de la victoire dans les derniers instants du triomphe de 26-14 aux dépens des Browns de Cleveland – le jeu le plus satisfaisant du football, comme Roethlisberger l’a lui-même dit plus tard –, le quart-arrière de 39 ans a répondu aux questions de la journaliste Lisa Salters, du réseau ESPN, les larmes aux yeux. Il a ensuite fait un dernier tour du terrain en donnant des « high five » aux partisans, dont la très grande majorité était demeurée dans le stade.

Les Steelers sont demeurés en vie dans la course aux éliminatoires grâce à cette victoire, eux qui disputeront leur dernier match de la saison dimanche à Baltimore. Mais c’était secondaire pour les partisans du club. C’était la soirée « Big Ben ».

Des chiffres qui parlent

Le match contre les Ravens aura donc une signification pour les Steelers, qui doivent l’emporter et espérer une défaite des Colts d’Indianapolis à Jacksonville pour se qualifier. Assez incroyablement, en 18 saisons, Roethlisberger n’aura joué que 2 matchs alors que les Steelers étaient déjà éliminés, lui qui n’a jamais connu une saison perdante.

Le gros Ben, comme se sont toujours plu à l’appeler ses détracteurs, terminera sa carrière au cinquième rang pour le nombre de victoires (177) et de verges par la passe (63 844) et au huitième pour les passes de touché (417). Il est l’un des sept quarts-arrières à avoir atteint le plateau des 60 000 verges. Seuls trois d’entre eux ont également remporté le Super Bowl à deux occasions ou plus : Tom Brady, Peyton Manning et Roethlisberger.

Ces trois joueurs ont d’ailleurs dominé la Conférence américaine de 2003 à 2018. En 16 saisons, aucun autre quart-arrière, à l’exception de Joe Flacco en 2012 avec les Ravens, n’a représenté l’Américaine au Super Bowl…

Mais contrairement aux grands Brady et Manning, Roethlisberger peut se targuer d’avoir joué l’ensemble de sa carrière au sein de la même équipe. C’était beaucoup plus fréquent à l’époque. On n’a qu’à penser à Bart Starr, Roger Staubach, Terry Bradshaw, John Elway ou Dan Marino. Joe Montana, qui avait été échangé des 49ers de San Francisco aux Chiefs de Kansas City en 1993, était l’exception à la règle.

Ce sont maintenant Roethlisberger et Eli Manning, qui n’a joué pour aucune autre équipe que les Giants de New York, qui sont les exceptions. Brady, Manning, Drew Brees, Brett Favre et Philip Rivers ont tous porté au moins deux casques différents, et Aaron Rodgers et Russell Wilson pourraient le faire, eux aussi.

Mauvaise réputation

Même si c’était sa soirée, Roethlisberger n’a pas disputé un grand match, lundi soir, réussissant 24 passes pour 123 verges. Ses statistiques en 2021 ne sont pas vilaines, mais Roethlisberger n’est clairement plus capable de jouer comme il l’a fait au cours de ses 15 premières saisons. C’est grâce aux 4 sacs de T.J. Watt et aux 188 verges au sol de Najee Harris que les Steelers l’ont emporté, comme l’a lui-même dit « Big Ben ».

Les coéquipiers de Ben Roethlisberger ont joué avec abandon et énormément d’intensité afin de lui permettre de gagner son dernier match à Pittsburgh. Pas sûr que ç’aurait été le même scénario il y a une dizaine d’années.

Roethlisberger traînait une très mauvaise réputation en première moitié de carrière.

J’ai eu la chance de couvrir plusieurs matchs des Steelers sur place à l’époque où ils ont participé au Super Bowl à trois occasions en six ans. Jerome Bettis était un gentilhomme. Troy Polamalu et Hines Ward étaient respectueux et humbles. Même le « méchant » James Harrison répondait à mes questions sans trop d’exaspération.

« Big Ben » ? Les fois où je suis allé dans le vestiaire des Steelers, il ne parlait pas vraiment à qui que ce soit. Ni aux journalistes, ni à ses coéquipiers. Et c’est sûrement en partie parce qu’il n’était pas sympathique que Roethlisberger n’a commencé à recevoir le mérite qui lui revenait qu’en fin de carrière.

Il avait pourtant gagné ses 14 premiers matchs à sa première saison, en 2004, avant de perdre en finale de conférence contre Brady et les Patriots de la Nouvelle-Angleterre. L’année suivante, il est devenu le plus jeune quart de l’histoire à remporter le Super Bowl, à l’âge de 23 ans. Roethlisberger avait été très ordinaire en finale, soit, mais avait excellé dans les trois matchs éliminatoires précédents, dont face à Peyton Manning et aux Colts d’Indianapolis.

Il a orchestré la superbe série victorieuse dans les dernières minutes du Super Bowl, trois ans plus tard, qui s’est terminée par le spectaculaire attrapé de Santonio Holmes dans le coin de la zone des buts. Cette année-là, en 2008, Roethlisberger jouait possiblement derrière la pire ligne offensive de la NFL, soit dit en passant.

Les Steelers sont retournés au Super Bowl deux ans plus tard, en 2010. Mais lorsqu’il était question des meilleurs quarts de la ligue, le nom de Roethliberger était généralement omis. C’était Brady, Manning, Brees, Rodgers et Rivers.

Curieusement, c’est entre 2011 et 2017 que Roethlisberger a été à son apogée comme passeur. La défense des Steelers avait toutefois considérablement faibli et quand elle est redevenue une force, Antonio Brown et Le’Veon Bell avaient déjà quitté Pittsburgh. Pas facile que tout tombe en place au bon moment au football.

Unique en son genre

Il n’y a jamais eu un autre quart-arrière capable de transformer des jeux qui semblaient voués à l’échec en succès comme l’a fait Roethlisberger durant ses 15 premières saisons.

Que ce soit grâce à son gabarit, sa force, son courage derrière sa ligne, son fameux « pump fake » et, oui, sa mobilité derrière sa pochette, il a sorti des lapins de son chapeau à maintes et maintes reprises. Lorsque cette partie de son jeu est disparue de son arsenal, Rothlisberger est devenu un quart ordinaire.

On peut certainement se demander ce que « Big Ben » aurait pu accomplir s’il avait été dans une meilleure forme physique et un peu plus studieux. Il a déjà avoué qu’il ne touchait à peu près pas à un ballon de février à juillet et il a probablement joué la majorité de sa carrière à un poids de 270 livres… Des redressements assis et des tartines à l’avocat pour le dîner ? Ha ! Pas vraiment, non…

Mais c’était ça, « Big Ben ». Son propre style de jeu, sa manière de faire les choses et très peu de compromis. Comme le chantait Sinatra, il a fait ça à sa façon. Ça l’a empêché d’être reconnu à sa juste valeur jusqu’à ce que les chiffres ne laissent plus aucune place aux évaluations bâclées et aux perceptions. Mais ça ne l’empêchera pas d’obtenir son veston jaune et sa place au Temple de la renommée dans cinq ans.