Pas facile de faire ses griffes lorsqu’on joue dans la division Nord de la Conférence américaine. Bon an, mal an, les Ravens de Baltimore et les Steelers de Pittsburgh font partie des bonnes équipes de la ligue et sont toujours parmi les plus robustes. Lorsqu’on joue le quart de ses parties contre ces deux équipes, ça complique les choses.

Miguel Bujold
Miguel Bujold La Presse

Après plus de 20 ans de défaites, les Browns de Cleveland sont toutefois parvenus à se faire une place aux côtés des deux poids lourds. Sans leur quart-arrière Baker Mayfield et leurs demis offensifs Nick Chubb et Kareem Hunt, les Browns ont vaincu les Broncos de Denver, jeudi soir, démontrant par le fait même qu’ils étaient construits sur du solide. Avant l’arrivée de Kevin Stefanski, c’est exactement le genre de match qu’ils auraient perdu.

Les Bengals de Cincinnati tentent de faire la même chose à leur tour. Ils veulent se faire entendre dans ce qui est sans contredit la division la plus forte du football américain actuellement, alors qu’aucune de ses quatre équipes n’a une fiche perdante. Aucune autre division ne peut en dire autant.

Les Bengals sont allés battre les Steelers à Pittsburgh il y a un mois. Ils ont perdu en prolongation contre Aaron Rodgers et les Packers de Green Bay. Dimanche, ils auront l’occasion de se mesurer aux Ravens à Baltimore dans l’un des bons affrontements de la septième semaine.

S’ils l’emportent, les Bengals occuperont le premier rang de la division lundi matin. Ils auraient la même fiche que les Ravens (5-2), mais détiendraient le bris d’égalité entre les deux équipes en vertu de leur victoire. Et ça, personne ne l’aurait vu venir.

Mais les Bengals peuvent-ils vraiment aller battre les Corbeaux à Baltimore ? Depuis deux décennies, c’était généralement une commande un peu trop lourde. Cette fois, ce n’est peut-être pas si farfelu d’y croire. Peut-être.

Comparable à Moss

C’est bien sûr la sélection de Joe Burrow qui a tout changé à Cincinnati. Ou presque tout. Le jeune quart est une superétoile en devenir.

Cela dit, le choix d’un quart de talent au premier rang du repêchage n’est pas toujours gage de succès pour le long terme et les Bengals en savent quelque chose. Ils ont connu de bonnes saisons avec Carson Palmer, premier choix de la cuvée de 2003, mais n’ont jamais remporté un match éliminatoire durant ses huit saisons à Cincinnati.

Les Bengals ont également eu de bonnes équipes après le départ de Palmer. Ils n’ont jamais raté les séries de 2011 à 2015. Ils n’ont jamais gagné un match éliminatoire, non plus…

En fait, depuis 1990, l’équipe du proprio Mike Brown, fils du légendaire Paul Brown, n’a jamais remporté une partie dans les séries, la plus longue disette actuelle dans la NFL. Les sept fois qu’elle s’est classée pour le tournoi, elle s’est inclinée dès le premier week-end.

Les Bengals ont toutefois une solide base pour mettre fin à leurs insuccès des 30 dernières années. Burrow est drôlement bien entouré.

Les Bengals ont effectivement assemblé un redoutable noyau offensif. Cinquième espoir repêché en avril, Ja’Marr Chase est peut-être le receveur de première année le plus impressionnant depuis Randy Moss en 1998. Moss avait marqué 17 touchés à sa saison recrue.

PHOTO RAJ MEHTA, USA TODAY SPORTS

Le receveur Ja'Marr Chase (1), des Bengals de Cincinnati

Chase occupe le 4rang du circuit avec 553 verges aériennes et a déjà marqué 5 touchés en 6 matchs. Sa moyenne de 20,5 verges par attrapé est la deuxième parmi les receveurs qui ont capté au moins 8 passes ; Henry Ruggs III, des Raiders de Las Vegas, est premier avec une moyenne de 22,3. Chase et Burrow avaient déjà joué ensemble au sein des Tigers de LSU et leur complicité est évidente.

Les Bengals comptent sur deux autres très bons jeunes ailiers espacés en Tyler Boyd et Tee Higgins, et Joe Mixon fait assurément partie du top 10 des demis offensifs du circuit. Lorsque la ligne aura été améliorée significativement, l’attaque des Bengals fera peur.

Il reste également du travail à faire en défense, mais les Bengals ont ajouté quelques pièces intéressantes durant la saison morte. Trey Hendrickson prouve que sa dernière saison chez les Saints de La Nouvelle-Orléans en 2020 n’était pas une anomalie et a récolté 5,5 sacs depuis le début du calendrier. Les demis défensifs Chidobe Awuzie (Cowboys de Dallas) et Mike Hilton (Steelers) ont quant à eux amélioré la tertiaire et ajouté un peu de mordant à l’unité même s’ils ne sont pas imposants physiquement.

Mike Brown, qui est également le directeur général de son club, devra cependant trouver un terrain d’entente avec son meilleur joueur défensif, Jessie Bates III. Le demi de sûreté était mécontent de l’allure des négociations aux dernières nouvelles, lui qui pourrait obtenir sa pleine autonomie en mars.

Boomer et le « Ickey Shuffle »

Bien qu’ils semblent en bonne voie de vivre des temps plus heureux, les Bengals ont déjà fait le coup à leurs partisans par le passé. Alors que l’avenir s’annonçait des plus prometteurs, tout s’est écroulé dans le temps de le dire et il leur a fallu retourner à la case départ.

Comme on le disait plus haut, il faut remonter jusqu’en 1990 et à l’époque du fameux « Ickey Shuffle » pour retrouver la dernière victoire des tigrés dans les éliminatoires. Les plus jeunes n’ont d’ailleurs sûrement aucune idée de ce qu’est le « Ickey Shuffle ». C’était une célébration d’après-touché plutôt banale, mais qui a rendu le porteur de ballon Ickey Woods célèbre.

PHOTO RAJ MEHTA, USA TODAY SPORTS

Le quart-arrière Joe Burrow (9)

L’avenir nous dira si Burrow et compagnie seront ceux qui permettront aux Bengals de retourner au Super Bowl, eux qui ont perdu deux fois aux mains de Joe Montana et des 49ers de San Francisco en finale (1981 et 1988). De redevenir des aspirants légitimes pour la première fois depuis les bonnes saisons du quart-arrière devenu analyste Boomer Esiason.

Chose certaine, on ne peut plus vraiment se moquer des Bengals en les appelant les « chatons ». Ou de rire d’eux parce qu’ils jouent au football comme s’ils se préparaient à aller passer l’Halloween costumés en tigres. Ou parce qu’ils ont carrément calqué l’uniforme de Cleveland lorsqu’ils ont vu le jour dans l’ancienne AFL parce que Paul Brown était en furie contre les Browns après qu’ils l’eurent remercié.

Mais compte tenu de leur historique, on pourrait recommencer à rigoler des Bengals assez vite.

Peuvent-ils vraiment battre Lamar Jackson et les Ravens à Baltimore ? On verra.

Les prédictions de Miguel Bujold

Washington c. Green Bay : Green Bay
Kansas City c. Tennessee : Kansas City
Atlanta c. Miami : Atlanta
Jets de New York c. Nouvelle-Angleterre : Nouvelle-Angleterre
Caroline c. Giants de New York : Caroline
Cincinnati c. Baltimore : Baltimore
Philadelphie c. Las Vegas : Las Vegas
Detroit c. Rams de Los Angeles : Rams de Los Angeles
Houston c. Arizona : Arizona
Chicago c. Tampa Bay : Tampa Bay
Indianapolis c. San Francisco : San Francisco
La Nouvelle-Orléans c. Seattle : La Nouvelle-Orléans

La semaine dernière : 8-5
Total de la saison : 55-33