Des milliers de mères s’investissent à fond dans la vie de leurs enfants. Pour leur bonheur, leur réussite. La vie de parent est rarement simple, mais pour les mères seules, le quotidien est doublement complexe. Afin d’illustrer leur dévouement, nous vous racontons l’histoire de Patrizia Farinaccio, partagée par son fils Nicky. Un peu de football et beaucoup d’abnégation maternelle.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Ce n’est pas un tabou dans la famille. Nicky Farinaccio en parle ouvertement. Alors qu’il n’avait que 1 an, son père s’est suicidé. Sa mère en avait 29. Et trois enfants. « Donc, je savais que ce serait mon rôle d’être papa et d’être maman », dit-elle.

Il n’y a aucun apitoiement dans le ton. Au contraire, Patrizia s’esclaffe continuellement tout au long de l’entrevue téléphonique. Et la complicité mère-fils est aussi aisément perceptible que charmante.

N’empêche que les 20 dernières années n’ont pas été de tout repos pour Patrizia. Nicky le sait bien.

S’il est aujourd’hui membre de l’équipe de football des Carabins de l’Université de Montréal – bien que la COVID-19 lui ait fait perdre sa première saison –, c’est grâce à elle.

Tout jeune, Nicky pratiquait le soccer, mais lorgnait déjà le football. Son frère, de six ans son aîné, jouait avec les Cougars de Saint-Léonard.

« Ma mère m’emmenait toujours voir ses entraînements parce que ça me passionnait », se souvient-il.

À 7 ans, il intègre les Cougars à son tour. Le hic : la famille habitait désormais Prévost.

« C’était des rides de quoi ? 40 minutes ? 50 minutes ? », demande-t-il.

« Cinquante minutes », tranche sa mère. Elle s’en souvient très bien ! Une vérification rapide sur Google Maps lui donne raison.

« Je ne le réalisais pas quand j’étais kid, mais elle a fait énormément d’efforts pour nous rendre heureux et nous faire prospérer dans notre sport, souligne le secondeur. Étant une mère seule, ça a énormément joué sur sa vie. Je réalise vraiment plus après toutes ces années qu’elle a donné tout son temps pour nous. Je suis plus reconnaissant de jour en jour. »

PHOTO JAMES HAJJAR, FOURNIE PAR LES CARABINS DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL

Nicky Farinaccio, des Carabins de l’Université de Montréal

Cette reconnaissance, l’étudiant la réitère fréquemment pendant l’entretien.

De Prévost, la famille déménagera ensuite à Joliette. Un gain de 10 minutes dans les déplacements vers Saint-Léonard. Mais, tout de même, avec trois entraînements par semaine, plus un match...

« C’était six jours par semaine », corrige-t-elle son fils en riant.

La fête des Pères

Patrizia Farinaccio n’aurait pas protesté si son fils avait délaissé les Cougars pour se joindre à l’équipe locale, dont elle ne se privait d’ailleurs pas de lui signaler l’existence.

« Je ne voulais vraiment pas, admet Nicky. J’avais un attachement sentimental. Elle a accepté, elle a changé ses plans, sa vie pour moi. C’était un gros sacrifice à faire pendant des années pour son fils. »

« Non, ce n’était pas un sacrifice, c’était un plaisir de le faire, rétorque-t-elle. Vraiment. Oui, c’était dur parce que... [elle soupire brièvement] j’étais sur la route six jours par semaine, je n’avais pas de temps pour moi. Mais je voyais que Nick était heureux, passionné. Tout ce que je pouvais, je voulais le faire. »

En cours de route, les Cougars sont en quelque sorte devenus une deuxième famille pour ses garçons et elle.

« Des fois, je me demande comment j’ai fait ça. Mais je l’ai fait pendant 17 ans. Et ma fille était dans le volleyball, donc je me splittais en trois », relate la femme d’origine italienne, alternant constamment du français à l’anglais.

J’emmenais Tyler le matin, à 11 h j’emmenais Alicia au volleyball et là, je partais avec Nick pour son football. C’est ma vie, mon cœur, mon noyau. Quand je vois mes trois enfants heureux, ça me rend heureuse.

Patrizia, mère de Nicky Farinaccio

Il y a tout de même autre chose qui la comblerait.

Lorsque Patrizia évoque son double rôle parental, Nicky enchaîne en soulignant que la fête des Pères aussi est pour sa mère.

Donc, tu lui achèteras un cadeau à la fête des Pères ?

« C’est vrai, il faudrait que j’achète un cadeau...

— Oui, je veux des outils pour la fête des Pères ! Si j’ai une drill, je vais être heureuse ! »

Rêver des pros

Nicky Farinaccio a 21 ans. Il habite maintenant en appartement, ce qui n’empêche pas sa mère de continuer à l’aider de différentes façons.

Par exemple, en lui permettant de détruire et de réaménager une partie du sous-sol de sa résidence afin qu’il puisse s’y construire un gym pour s’entraîner pendant la pandémie.

La sœur de Nicky, qui aura bientôt 24 ans, a un garçon d’un an et demi. Elle est également un modèle de mère inspirant pour lui, dit-il.

« Je vois plus les mères comme des femmes empowering. J’écoute les femmes beaucoup plus que les gars... Elles me font plus peur aussi ! »

On pense à l’image de la maman italienne autoritaire. Patrizia s’en défend, amusée.

Néanmoins, lorsque l’on demande au footballeur en fin d’entrevue comment s’est passée la séance avec notre photographe, on entend sa mère répondre : « Dis-lui de prendre la plus belle photo de moi ! »

Cela dit, il y a au moins un homme qui a eu une influence importante dans la vie de Nicky : l’entraîneur-chef des Carabins, Marco Iadeluca.

Le jeune Farinaccio s’était engagé verbalement envers le Rouge et Or de l’Université Laval, admet-il. Il s’apprêtait à sceller cet engagement lorsque Iadeluca a été nommé avec le club de l’Université de Montréal.

Les deux se connaissent bien. L’entraîneur a dirigé Nicky pendant tout son séjour collégial et ils s’étaient rencontrés précédemment lors de camps pour Équipe Québec.

Dès lors, les plans ont changé. « Ce n’était plus une question pour moi », lance le joueur défensif. En restant à Montréal, il demeurait à la fois près de sa famille et de son coach de prédilection.

Puis, après l’université, il espère bien percer chez les pros.

« La CFL, je suis sûr que je peux me rendre. La NFL, c’est un rêve réalisable, mais très difficile », analyse Nicky.

Quoi qu’il advienne, sans le dévouement de sa mère, qui travaille comme « nounou », il ne serait même pas question de CFL.

« Tu es vraiment bonne. Je veux te dire que je t’aime vraiment beaucoup, que j’apprécie tout ce que tu fais et que je te rembourserai un jour, ne t’inquiète pas. »

Elle rit. « Tu me fais pleurer ! Je ne veux pas que tu me rembourses... Je veux vous voir heureux et que vous n’ayez pas de misère. Pour moi, c’est la seule chose qui compte. »

Le bonheur des enfants. Et une perceuse.