On s’attendait à entendre parler de hockey toute la soirée, mardi. Après tout, la conférence virtuelle organisée par la Fondation de l’Hôpital général de Montréal a pour nom Hockey 911.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Mais voilà, on avait annoncé un invité surprise pour la fin de la conférence. Et parce que les discussions tournent autour du sport et de la médecine, Laurent Duvernay-Tardif était un invité surprise tout désigné !

Duvernay-Tardif, pour ceux qui l’auraient oublié, a décidé de ne pas jouer la saison 2020 afin de prêter main-forte dans les CHSLD en pleine crise de la COVID-19, tout en poursuivant sa formation de médecin. Le joueur de ligne offensive fait ainsi d’une pierre deux coups. Mais à l’écouter parler, on se dit qu’il y a peut-être un troisième avantage à faire l’impasse sur la saison : donner du repos à son corps.

En effet, dans une seule de ses cinq saisons dans la NFL, Duvernay-Tardif a participé aux 16 matchs des Chiefs de Kansas City. Il a aussi connu deux saisons de 14 matchs, une de 11 matchs, et sa campagne 2018 de seulement 5 matchs en raison d’une fracture à une jambe.

« L’Association des joueurs dit souvent que les risques de blessure, après trois ans dans la NFL, sont de 100 %, a-t-il expliqué à l’animateur de la soirée, Gregory Charles. J’ai souvent dit que j’ai été chanceux en termes de blessure à McGill et dans la NFL, à part ma fracture de la fibula qui m’a fait manquer presque toute la saison 2018.

« Mais ce ne sont pas tant les blessures que l’on voit dans les médias qui me font mal. C’est le wear and tear [l’usure]. Les doigts, les mains, les épaules… »

Mon sport est très répétitif. Seize fois par année, soixante-cinq fois par match, j’ai un contact avec un joueur plus gros, qui arrive comme un train, et je dois protéger Patrick Mahomes. Ce sont des blessures que je sentirai encore dans 20 ou 30 ans.

Laurent Duvernay-Tardif

Duvernay-Tardif assure ne pas regretter sa décision, même s’il a reconnu que certains de ses coéquipiers ont eu des doutes. « Mais je pense que j’ai pris plusieurs décisions folles dans ma carrière aux yeux de mes coéquipiers ! a-t-il lancé. Donc ils se disent : peu importe ce que Larry fait, ça doit être la bonne chose. »

N’empêche qu’il s’est fait poser la question que tout le monde se pose : et si cette pause d’un an marquait la fin de sa carrière ? Son dernier match serait donc la conquête du Super Bowl des Chiefs, le 2 février dernier.

« Non, je ne pense pas que je serais triste. Je pense qu’il reste un peu de football en moi, a répondu le Québécois. Mais chaque année, plusieurs joueurs arrivent dans la NFL. Le football est très différent du hockey, car la plupart de nos contrats ne sont pas garantis. Si un jeune coûte moins cher, est en meilleure santé, tu perds ta place. Dans la NFL, les joueurs, on sait qu’on ne veut pas donner d’exposure aux jeunes, car tout jeu que tu donnes aux autres, c’est une chance que tu donnes à quelqu’un qui coûte moins cher que toi, et tu ne veux pas ça. »

Les comparaisons entre deux métiers

Les questions auxquelles répondaient les invités venaient en partie du public, en partie de l’ancien animateur de Que le meilleur gagne. Ce qui a permis à Duvernay-Tardif d’offrir des réflexions intéressantes sur ses deux métiers et les parallèles entre les deux.

À un participant qui lui demandait en quoi son expérience au football l’a aidé à devenir un meilleur médecin, il a offert sa meilleure réponse de la soirée.

« C’est la capacité d’adaptation. Tu finis ta saison, tu es un super héros, ça fait 16 semaines qu’une équipe complète est là pour optimiser tes performances… Et cinq jours plus tard, tu es au General [Hôpital général de Montréal], en rotation en médecine interne ou à l’urgence. Tu es étudiant en médecine, au bas de l’échelle, tu dois arriver avant tout le monde.

« Aussi, c’est la capacité à prendre des décisions rationnelles dans un environnement stressant. Au football, tu as un 3e essai et 15 verges que tu dois convertir pour avoir un premier essai. Tu dois faire abstraction de la foule qui crie, du gars devant toi qui t’insulte, tu dois analyser et exécuter le jeu.

« En médecine, c’est comme ça, surtout en urgence. Tu ne sais jamais quel cas va arriver. Tu dois oublier le chaos organisé autour de toi et te concentrer sur les voies respiratoires, sur l’essentiel. »

Duvernay-Tardif est aussi revenu sur son expérience en CHSLD, qu’il a commencée le printemps dernier, en pleine première vague de la pandémie.

« Tous les patients dans un CHSLD vont finir par mourir dans ce lieu, a-t-il rappelé. L’idée, ce n’est donc pas d’aller d’une chambre à l’autre le plus vite possible. C’est de donner des sourires, du confort.

« Ces gens-là n’ont pas vu de famille ou d’amis depuis 12 semaines. Tu es leur seul contact humain. Tu ne peux pas laisser le masque et le sarrau bloquer ce contact humain. C’est ce que je vais retenir de mon expérience, et c’est ce qui va faire de moi un meilleur médecin à l’avenir. »

En bref

Mahomes-Brady au Super Bowl ?

Bon… LDT n’est pas l’intervenant le plus neutre, direz-vous. Mais il a néanmoins livré sa prédiction pour le prochain Super Bowl. Tout d’abord, il prédit une finale de l’Association américaine entre ses Chiefs et les Steelers de Pittsburgh. « Ce sera le Super Bowl en avance, car ce sont les deux meilleures équipes de la NFL. Ensuite, au Super Bowl, les Chiefs vont battre La Nouvelle-Orléans, ou Tampa Bay. Oui, ils vont battre Tampa Bay. » Si sa prédiction se réalise, les Chiefs deviendraient la première équipe depuis les Patriots de la Nouvelle-Angleterre des saisons 2003 et 2004 à remporter le championnat deux années de suite.

Julien a eu des signes annonciateurs

L’entraîneur-chef du Canadien, Claude Julien, et son entraîneur associé, Kirk Muller, faisaient partie d’une des tables rondes de la soirée. Julien est évidemment revenu sur son malaise cardiaque, en révélant de nouvelles informations. Le Franco-Ontarien a notamment évoqué, sans entrer dans les détails, « des gènes dans ta famille qui auraient pu te donner des indices. C’était peut-être le cas ». Julien a aussi indiqué avoir ressenti des douleurs à la poitrine « quelques fois dans les jours précédents ».

La main de Gallagher

Avec le thème de la soirée, Brendan Gallagher a évidemment été invité à revenir sur ses blessures des dernières séries, mais aussi sur les deux fractures à la main gauche qu’il a subies en deux saisons. Même si ses résultats sont éclatants depuis (deux campagnes de 30 buts, 22 buts en 59 matchs la saison dernière), Gallagher affirme toujours en ressentir les effets. « Je ne retrouverai jamais la pleine portée dans mes gestes. Mais je peux tenir un bâton, c’est ça l’important, a-t-il admis. Je dis toujours aux soigneurs que lorsqu’il va neiger, je le sens en avance. Ici à Vancouver, il pleut souvent et je le sens aussi. Quand je me réveille le matin, au lit, je dois activer ma main, je ne suis pas habitué à ça ! »

Les bons mots du capitaine

Enfin, le premier groupe de discussion réunissait le capitaine du Canadien, Shea Weber, et Nick Suzuki, l’attaquant qui vient de terminer sa première saison dans la LNH. Ni l’un ni l’autre ne sont de grands orateurs, mais Weber s’est ouvert un peu plus lorsqu’il a été interrogé sur la progression de Suzuki ces derniers mois. « Je ne sais pas ce qu’il a fait pendant la pandémie, mais c’est assez évident qu’il s’est exercé à manier son bâton dans son sous-sol. Il joue bien aux deux extrémités de la patinoire et ce ne sont pas tous les jeunes qui respectent cet aspect du jeu. Le pire dans tout ça, c’est que même avec ce qu’il vient d’accomplir, il peut encore s’améliorer. »