Même s’il n’a pas disputé un match depuis presque un an, Vernon Adams fils est un homme passablement occupé. Le quart-arrière des Alouettes prend soin de ses deux jeunes enfants, entraîne des joueurs, tout en se préparant pour une éventuelle saison en 2021. Et lorsqu’il a un peu de temps libre, Adams fils est un chauffeur d’Uber.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Il n’était que 8 h 30 sur la côte Ouest, mais Vernon Adams fils avait déjà terminé son entraînement matinal lorsqu’il a répondu au téléphone, mercredi dernier. Adams habite à Tacoma, à une quarantaine de kilomètres au sud de Seattle.

En plus de son entraînement en solitaire, Adams fils offre ses services pour aider de jeunes joueurs de football de la région, ce qui lui permet de joindre l’utile à l’agréable, étant rémunéré pour le faire.

« Certains joueurs proviennent des rangs collégiaux, d’autres du secondaire. Lorsqu’ils sont dans mon secteur et qu’ils sont disponibles, ils peuvent m’envoyer un message et on organise des périodes d’entraînement, que ce soit sur le terrain, dans la salle d’entraînement ou les deux. »

Adams a une salle d’entraînement dans sa maison, qu’il partage avec sa femme et leur petit garçon né en mai dernier. Il est également père d’un autre garçon de 6 ans, qui est en garde partagée. Puis, lorsque le cœur lui en dit, Adams monte dans sa voiture et conduit des passagers comme chauffeur d’Uber.

« Je le faisais régulièrement au début, mais c’est plus rare dernièrement. Je le fais lorsque j’ai du temps libre et si je trouve le temps long. C’est une bonne façon de faire un peu d’argent. »

Flirt avec la NFL

S’improviser entraîneur et chauffeur, c’est bien, mais Adams piaffe d’impatience. Il est d’ailleurs l’un des joueurs qui ont le plus ouvertement exprimé leur frustration quant à la saison annulée dans la LCF. Adams voulait jouer, et voulait être payé…

« Même si j’étais frustré de la situation, c’est terminé à présent. Il faut tourner la page. On reçoit un peu d’argent de la part du gouvernement canadien, ce qui est bien, mais je pense qu’on aurait dû en obtenir de la ligue, aussi. C’est la vie. »

À titre informatif, les joueurs de la LCF, américains comme canadiens, qui avaient un contrat en vue de la saison 2020 ont eu droit à la PCU. Adams avait également reçu un boni à la signature des Alouettes, l’hiver dernier.

Ça ne l’a toutefois pas empêché de flirter avec l’option de tenter sa chance dans la NFL, il y a deux mois. Selon Adams, sept ou huit équipes du circuit Goodell ont communiqué avec son agent pour faire connaître leur intérêt. Les joueurs de la LCF qui le désiraient pouvaient résilier leur contrat afin de tenter leur chance dans la NFL.

Lorsque la saison a été annulée et que l’option de résilier nos contrats nous a été présentée, je ne l’ai même pas envisagé au départ, pour être bien honnête. Mon agent m’a ensuite demandé si je voulais tenter ma chance dans la NFL afin de pouvoir toucher un revenu cette année.

Vernon Adams fils

« J’ai téléphoné à Gary Stern [le propriétaire des Alouettes] pour lui faire part de mes intentions et je lui ai expliqué que je voulais gagner de l’argent pour subvenir aux besoins de ma famille. Il était déçu et il m’a dit qu’il croyait que je prenais une mauvaise décision », a raconté Adams.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Vernon Adam fils, entouré de Khari Jones et Danny Maciocia – respectivement entraîneur-chef et directeur général des Alouettes de Montréal –, quelques jours après avoir signé une prolongation de contrat, en janvier 2020 

« Je pense qu’ils ont tous discuté ensemble, le propriétaire [Stern], le président [Mario Cecchini] et le directeur général [Danny Maciocia], puis ils m’ont téléphoné pour me dire qu’ils tenaient à moi et qu’ils espéraient que je demeure avec l’équipe. Que j’étais leur homme et que ça enverrait un mauvais message à nos partisans si je partais. »

Adams n’a finalement jamais rempli ou signé les documents qui auraient résilié son contrat. Quelques jours après avoir annoncé sur les réseaux sociaux qu’il explorerait ses options dans la NFL, il a donc changé d’idée.

« Est-ce que ça valait le risque de perdre mon boni à la signature des Alouettes qui est prévu en janvier prochain ? Il y a beaucoup de politique dans la NFL. Les équipes intéressées ne voulaient peut-être qu’un bras de plus pour leurs entraînements. En fin de compte, je ne voulais pas risquer de tout bousiller avec les Alouettes. J’ai travaillé fort pour me retrouver dans ma position actuelle et je ne voulais pas décevoir nos partisans. »

Je suis un quart partant dans la deuxième ligue de la planète. Ce n’était peut-être donc pas la meilleure idée que de redevenir un réserviste dans la NFL.

Vernon Adams fils

« Je savais que je ne serais pas un partant, et je me serais probablement retrouvé dans une équipe de réserve [practice squad]. On va gagner les deux prochaines Coupes Grey et on verra bien ce qui se produira par la suite », a lancé l’ancien porte-couleurs des Ducks de l’Oregon, dans la NCAA.

Présomption d’innocence pour Quan Bray

Avant que la saison 2020 de la LCF ne soit officiellement annulée, Adams avait invité quelques receveurs des Alouettes à venir passer cinq jours sur la côte Ouest, question de s’entraîner ensemble. Quan Bray faisait étonnamment partie du groupe.

Bray et Greg Robinson, un joueur de ligne offensive qui a été le deuxième espoir sélectionné au repêchage de la NFL en 2014, ont été arrêtés à El Paso, au Texas, alors qu’ils transportaient 157 livres de marijuana dans une voiture, en février. Les deux hommes avaient été des coéquipiers à l’Université Auburn. Bray est manifestement en liberté en attente de son procès.

« À ce que je sache, [Bray] n’a pas été reconnu coupable de quoi que ce soit jusqu’à maintenant. Il est innocent jusqu’à preuve du contraire. Il n’a pas été libéré par notre équipe et il en fait encore partie », a dit Adams, qui communique régulièrement avec plusieurs membres des Alouettes.

« Je parle avec Khari [Jones] une ou deux fois par mois et avec au moins l’un de nos receveurs à toutes les semaines. Henoc [Muamba] est un autre joueur avec lequel je communique assez souvent. »

Adams n’a pas mis les pieds à Montréal depuis le mois de mars et s’ennuie de sa deuxième ville.

Montréal me manque beaucoup. Qu’il s’agisse de disputer des matchs devant nos partisans ou de manger dans de bons restaurants, je m’ennuie de la ville.

Vernon Adams fils

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Vernon Adams fils, quart-arrière des Alouettes de Montréal, lors d’un match contre les Argonauts de Toronto, en octobre 2019, au stade Percival-Molson

Le quart-arrière de 27 ans avait d’ailleurs un message pour les partisans des Als : « Soyez prêts ! La prochaine saison sera super excitante et on va bien s’amuser. J’étais convaincu qu’on connaîtrait une excellente saison en 2020 parce que la plupart de nos joueurs étaient de retour. C’est en 2021 qu’on ramènera la Coupe Grey à Montréal. »

Manifestations à Seattle

En plus de la pandémie et de ses nombreuses répercussions, les manifestations contre le racisme et la brutalité policière se poursuivent dans quelques grandes villes des États-Unis, notamment à Seattle. Adams a participé à quelques-unes de ces manifestations.

« Je suis favorable à ce qu’elles se poursuivent, à condition qu’elles se fassent pacifiquement. Le but ultime, c’est d’unir les gens, et c’est une bonne cause. Ce qui se déroule aux États-Unis est inacceptable. Des personnes noires se font encore tuer en toute impunité. »

Même s’il habite dans l’un des États les plus progressistes des États-Unis, Adams est régulièrement victime de discrimination et de profilage racial.

« En tant qu’homme noir, je vis cette oppression depuis longtemps. On m’a arrêté à plusieurs occasions sans aucune raison, entre autres à deux reprises depuis le début des manifestations. Ça fait longtemps que ça se passe, mais c’est pire depuis quelques années.

« Je suis toujours extrêmement nerveux lorsqu’on m’arrête, même si je n’ai absolument rien à me reprocher. Je garde les deux mains sur le volant, je bégaye presque lorsque je réponds aux policiers, je m’excuse sans aucune raison, je dois demander la permission aux policiers avant de sortir mon portefeuille… Je suis extrêmement nerveux lorsque ça se produit et ça me fait toujours peur. »