Ce ne fut certainement pas le duel de quarts-arrières auquel on s’attendait. Tom Brady a fini le match avec seulement 166 verges, alors qu’Aaron Rodgers a joué l’un de ses pires matchs des dernières années.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Rodgers avait pourtant bien entrepris sa journée de travail à Tampa Bay. L’as quart-arrière des Packers de Green Bay a réussi quelques passes en mouvement au premier quart, démontrant par le fait même la puissance de son bras droit. Les Packers ont même pris les devants, 10-0. Puis, tout s’est écroulé pour les hommes en vert et jaune.

Jamel Dean a intercepté une passe de Rodgers et a marqué un touché pour faire 10-7. Rodgers a lancé sa deuxième interception lors de la série suivante, un jeu réalisé par Mike Edwards, qui a ramené le ballon jusqu’à la ligne de 2 verges des Packers. Rodgers venait ainsi de lancer ses deux premières interceptions de la saison en l’espace de trois passes.

Les Buccaneers ont marqué tous les autres points du match, filant vers une victoire sans appel de 38-10, qui devrait servir d’avertissement aux autres clubs de la Nationale : l’équipe de Bruce Arians s’améliore, et vite.

Brady et l’attaque ont joué un bon match dans l’ensemble, mais c’est de toute évidence la défense qui a gagné ce match. C’est en attaque qu’on retrouve les gros noms à Tampa, mais la défense des Buccaneers est la mieux rodée des deux unités à ce stade.

Todd Bowles, ancien pilote des Jets de New York, fait du très bon boulot comme coordonnateur défensif. Sa défense était première contre la course avant les parties de dimanche, grâce notamment au vétéran Ndamukong Suh et aux secondeurs Lavonte David et Devin White.

Ce n’est pas si étonnant. Les Bucs étaient déjà parmi les meilleurs de la ligue contre la course en 2019. À l’inverse, leur tertiaire était pitoyable la saison dernière. Ce n’est plus le cas.

Dean et Edwards, les deux joueurs qui ont réussi les interceptions, ont été des choix de troisième tour en 2019. La recrue Antoine Winfield fils est déjà une pièce importante au poste de demi de sûreté, alors que le demi de coin Carlton Davis III semble s’améliorer de match en match. Si la tertiaire continue de progresser, la défense de Bowles ne sera vraiment pas reposante en deuxième moitié de saison.

Rodgers a besoin d’aide

C’était la première fois depuis 2017 que Rodgers finissait un match avec deux interceptions ou plus. Il a également été victime de quatre sacs, lui qui n’avait eu qu’à en encaisser trois au total lors de ses quatre matchs précédents.

Aaron Rodgers a presque toujours laissé les 40 secondes s’écouler avant de prendre possession du ballon, en profitant pour essayer de faire une lecture d’une défense qui cachait manifestement bien son jeu avant la remise. En vain.

Le match de dimanche a un peu fait penser à la raclée que les Packers avaient subie en finale de la Nationale aux mains des 49ers de San Francisco, en janvier dernier. Aaron Jones n’a récolté que 15 verges en 10 courses et n’a pas été un facteur. Rodgers ne semblait plus trop savoir à qui lancer le ballon. Ses deux interceptions sont d’ailleurs survenues lorsqu’il tentait de rejoindre Davante Adams, seul receveur de l’équipe qui peut être considéré comme une valeur sûre.

On l’a souvent dit : les Packers n’ont fait aucune faveur à leur quart étoile en ne lui trouvant pas de renfort durant la saison morte. Ça n’a peut-être pas été le cas en septembre, mais contre une défense du calibre de celle des Bucs, le manque de profondeur chez les ailiers espacés a considérablement nui aux Packers, surtout en l’absence d’Allen Lazard, qui ratera au moins le prochain mois de jeu.

Rodgers et les Packers peuvent certainement faire un bout de chemin avec leurs effectifs actuels, mais peuvent-ils gagner le Super Bowl avec un groupe de receveurs aussi ordinaire ? Imaginez comment Rodgers serait dangereux si Antonio Brown s’amenait au Wisconsin.

PHOTO JASON BEHNKEN, ASSOCIATED PRESS

Aaron Rodgers et Anthony Nelson

Matt LaFleur et l’organisation des Packers doivent corriger l’erreur qu’ils ont commise en n’ajoutant aucun joueur d’impact autour de Rodgers au cours de la saison morte. Rodgers aura 37 ans en décembre et son seul championnat datera bientôt d’une décennie. Que ce soit avec une potentielle embauche de Brown ou par l’entremise d’une transaction, les Packers doivent mettre la main sur un receveur de talent. Ils le doivent à Rodgers, qui traîne une équipe bien ordinaire sur ses épaules depuis une douzaine d’années.

Le Gronk se met en marche

Dix jours après avoir enguirlandé sa ligne offensive comme du poisson pourri, Brady n’a jamais été ennuyé par la défense des Packers. Il a profité d’une protection digne de celle qu’il a reçue pendant 20 ans à Foxboro et n’a été victime d’aucun sac.

Les Bucs ont fait une autre chose similaire à ce que faisaient les Patriots à leur belle époque. Ils ont joué avec discipline et n’ont écopé d’aucune pénalité durant tout le match, eux qui menaient pourtant la NFL avec 42 pénalités avant la sixième semaine d’activité.

Brady a réussi 17 de ses 27 passes pour 166 verges et 2 passes de touché. Rien pour fêter toute la nuit, mais assez pour aider son équipe à inscrire 38 points consécutifs.

Très discret depuis le début de la saison, Rob Gronkowski a été le receveur le plus productif des siens avec 5 attrapés et 78 verges. L’ailier rapproché a également marqué son premier touché en près de deux ans. Après une année sabbatique, le gros Gronk a mis du temps à se mettre en marche, mais c’est maintenant fait.

C’est toutefois le demi Ronald Jones II qui a été le meilleur joueur de l’attaque des Bucs. Attaquant le milieu de la défense des Packers durant toute la rencontre, Jones II a amassé 113 verges en 23 courses, en plus d’inscrire 2 touchés.

Comme son ami Gronkowski, Brady a l’air de plus en plus à l'aise avec sa nouvelle équipe. Après deux décennies à jouer sous les ordres de Bill Belichick et des Patriots, une période d’acclimatation était bien sûr à prévoir. Nouvelle équipe, nouveaux coéquipiers, nouveau système de jeu, nouvelle conférence… Tout ça à l’âge de 43 ans.

Mais Brady a fait le bon choix. Les Buccaneers possèdent tout ce dont un quart-arrière pourrait rêver d’avoir : des receveurs talentueux et imposants ; de bons porteurs de ballon ; une ligne offensive capable d’être efficace et qui le sera probablement de plus en plus ; une excellente défense ; et de très bons entraîneurs, qui le laissent jouer comme il le veut.

Bref, tout est en place pour Brady. Il ne lui reste plus qu’à prouver qu’il est encore assez bon pour amener tout ce beau monde à bon port.