Jonathan Sénécal est-il le meilleur espoir au poste de quart-arrière qu’ait vu le Québec ? Un jeune quart québécois aura rarement autant fait parler de lui avant même d’avoir lancé une passe dans les rangs universitaires.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Après avoir récemment accepté de se joindre aux Carabins de l’Université de Montréal, Jonathan Sénécal étudie actuellement à HEC Montréal, tout en continuant de se familiariser avec son nouveau livre de jeux. Sénécal devait jouer dans la NCAA, mais les plans ont changé, notamment en raison de la pandémie de COVID-19.

C’est au sein du Phénix du Collège André-Grasset que Sénécal s’est fait connaître. Recrue par excellence de sa ligue en 2017, il a mené le Phénix à sa première conquête du Bol d’or en première division et a été nommé joueur par excellence du circuit l’année suivante. Sa dernière saison à Grasset a toutefois rapidement pris fin lorsqu’il s’est déchiré le ligament croisé antérieur d’un genou dès le premier match du calendrier, en septembre 2019.

En regardant Sénécal jouer, on remarque rapidement qu’il possède une précision que l’on voit rarement chez les quarts-arrières au pays. Sans qu’il ait un bras canon, ses passes sont suffisamment puissantes, et il est capable de réussir des jeux avec ses jambes s’il doit le faire.

Ce sont ces qualités de joueur et son succès collégial qui ont convaincu l’Université du Connecticut de recruter Sénécal, qui s’était joint aux Huskies pour la première fois en janvier dernier. Il est revenu au Québec en raison de la pandémie deux mois plus tard, puis est retourné à l’Université du Connecticut durant l’été, avant de finalement choisir de rentrer au Québec pour de bon en août.

Plusieurs facteurs ont pesé lourd dans la balance, à commencer par le fait que la saison des Huskies a été annulée à cause de la COVID-19. Mais c’est aussi pour des raisons scolaires que Sénécal a décidé de quitter les États-Unis et la NCAA.

« L’Université [du Connecticut] ne m’a crédité aucun cours. Plusieurs universités créditent des cours aux étudiants qui arrivent du cégep, mais ça n’a pas été mon cas même si j’avais eu de bonnes notes. Si j’étais resté, il aurait fallu que je refasse tous les cours de base que j’avais déjà faits au cégep », a expliqué Sénécal.

« C’était assez difficile comme situation, car on devait rester dans nos résidences presque toute la journée. On ne faisait rien. Je ne peux pas vraiment dire que j’ai vécu l’expérience américaine. Il était temps pour moi de passer à autre chose. »

Iadeluca et Calvillo

C’est donc avec l’entraîneur-chef Marco Iadeluca et les Carabins que Sénécal jouera son football universitaire. Lorsqu’il a décidé de revenir au Québec, le joueur de 20 ans a discuté avec quelques équipes, dont le Rouge et Or de l’Université Laval. Celui qui habite actuellement chez ses parents à Mirabel n’a cependant pas hésité longtemps.

« J’ai une super bonne relation avec Marco. On s’est connus avec l’équipe du Québec en 2016, puis je suis allé jouer pour son frère [Tony] à Grasset pour trois ans. Marco coachait à Grasset, lui aussi, à ma dernière saison [en 2018]. Quand il a décidé d’aller à l’Université de Montréal, c’est sûr que ç’a été un facteur dans ma décision. »

En plus de retrouver Iadeluca à l’UdeM, Sénécal aura la chance de travailler avec l’un des meilleurs quarts de l’histoire de la Ligue canadienne de football (LCF) en Anthony Calvillo, qui est le coordonnateur offensif et l’entraîneur des quarts de l’équipe.

PHOTO RENAUD ST-LAURENT, FOURNIE PAR LES CARABINS DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL

Anthony Calvillo

« Je pense qu’il sera capable de m’amener à un autre niveau. Il connaît bien le football canadien professionnel et il va pouvoir m’aider. Je sens que ce sera une très belle occasion pour moi. »

L’objectif à long terme de Sénécal est clair : il espère devenir l’un des très rares quarts-arrières canadiens à faire carrière dans la LCF à sa position d’origine.

« Je pense que c’est un objectif réaliste. Il y a des quarts-arrières canadiens qui sont capables de jouer aussi bien que des quarts américains dans la LCF, et je le pense vraiment. Alors ce sera l’un des objectifs que je vais me fixer, c’est sûr. »

Compétition avec Morand

Quelques semaines après être devenu un nouveau membre des Carabins, Sénécal a appris comme nous tous qu’il n’y aurait pas de saison de football universitaire au Québec en 2020.

« Ça n’a été une surprise pour personne. Ce que j’ai moins apprécié, c’est qu’ils aient repoussé une décision qu’ils avaient peut-être déjà prise depuis un certain temps. Mais on se doutait bien que la saison allait être annulée. »

Sénécal aurait certes préféré jouer dès cet automne, mais se console à l’idée qu’il aura maintenant plus de temps pour apprendre le livre de jeux des Carabins et pour continuer de renforcer son genou.

« C’est vrai qu’il y a certains éléments positifs dans mon cas. Je vais pouvoir continuer de me rétablir encore mieux et être encore plus gros, plus fort, plus vite l’année prochaine. Je vais pouvoir me familiariser avec le livre de jeux encore davantage et l’apprendre en entier. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Dimitri Morand

À moins d’une surprise, la lutte pour le poste de quart-arrière partant chez les Carabins se fera entre Sénécal et Dimitri Morand.

« Dimitri a été le partant pour plusieurs matchs, alors je pense qu’il va pouvoir m’aider dans mon développement », a dit Sénécal au sujet de Morand.

« Mais comme n’importe quel quart-arrière, mon objectif sera de jouer. C’est sûr qu’il y a des quarts qui sont plus vieux et qui ont plus d’expérience que moi dans l’équipe. Je pense que c’est une bonne chose parce qu’ils pourront me donner des conseils grâce à leur expérience. »

Si Sénécal progresse aussi rapidement avec les Carabins qu’il l’a fait dans les rangs collégiaux, il devrait se retrouver derrière le centre tôt dans sa carrière universitaire. À sa première saison avec le Phénix, en 2017, il avait établi de nouvelles marques de la ligue avec 3116 verges par la passe et 31 passes de touché.