C'est maintenant officiel: les Seahawks ont réussi le plus grand vol du repêchage depuis que les Patriots ont choisi Tom Brady avec le 199e choix en 2000. Russell Wilson au 75e rang? Certaines équipes préfèrent s'en mordent les doigts.

Mis à jour le 8 déc. 2013
Miguel Bujold LA PRESSE

On dit souvent que l'évaluation des espoirs est une science inexacte. Et comment! Brandon Weeden a été le 22e joueur choisi en 2012, 53 positions avant Wilson. Pendant que Wilson fera compétition à Peyton Manning pour le titre du joueur par excellence au cours du prochain mois, Weeden disputera probablement ses derniers matchs dans l'uniforme des Browns.

Il n'y a pas mille et une raisons qui expliquent pourquoi Wilson a été repêché au milieu de la troisième ronde. Il n'y en a qu'une seule. C'est bien sûr parce qu'il mesure 1,78 m (5 pi 10 po). Dans une ligue où un quart-arrière est considéré comme petit s'il ne mesure pas 1,90 m (6 pi 3 po), plusieurs équipes n'ont probablement même pas considéré Wilson. Quelle erreur!

Mais vous savez déjà tout ça. Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que Wilson a été repêché par les Rockies du Colorado et a disputé deux saisons au sein de leurs équipes-écoles. Deuxième-but, Wilson possédait les outils nécessaires afin de connaître une belle carrière au baseball, selon bien des gens.

Wilson a ultimement préféré le ballon ovale au losange. Les Seahawks l'ont repêché en 2012, quelques mois après avoir consenti un contrat de 3 ans pour 26 millions au joueur autonome Matt Flynn, dont 10 millions étaient garantis.

On connaît la suite. Nettement supérieur à Flynn lors du camp d'entraînement, Wilson lui a ravi le poste de partant. Flynn a été échangé aux Raiders après une seule saison et est aujourd'hui de retour avec les Packers de Green Bay, sa première équipe.

Wilson, lui, n'a toujours pas subi la défaite au CenturyLink Field (14-0). Le fameux 12e homme y est pour beaucoup dans les succès à domicile des Seahawks, mais si quelqu'un trouve une faiblesse dans le jeu de Wilson, c'est parce qu'il est de mauvaise foi.

Des pattes de géant

Wilson n'est pas grand, mais trois choses lui permettent de surmonter cet obstacle. D'abord, il est costaud et fort, ce qui lui permet d'encaisser les rares coups qu'il reçoit. Ensuite, son champ de vision et sa lecture du jeu sont aidés par sa mobilité derrière sa ligne protectrice. Enfin, il y a les mains. Celles de Wilson seraient grandes comme les mains d'une personne typique de 2 m (6 pi 7 po), selon l'expert John Clayton, du réseau ESPN.

C'est toutefois entre les deux oreilles que Wilson se démarque le plus. Grâce à sa grande compréhension du jeu, il a eu l'air d'un joueur aguerri dès qu'il a posé pied sur un terrain de la NFL. Et c'est pour cette raison qu'il réussit presque toujours les jeux cruciaux, que ce soit à l'aide de courses ou de passes. Un vrai poison en situation de troisième essai.

Le quart qui a fêté ses 25 ans la semaine dernière serait encore plus dangereux si l'attaque des Seahawks restait en santé. Les meilleurs joueurs de la ligne offensive (Russell Okung, Max Unger et Breno Giacomini), ainsi que les receveurs Percy Harvin et Sidney Rice, ont tous raté plusieurs matchs cette saison.

En plus d'être un gagnant sur le terrain, Wilson est un champion dans sa communauté. Le reportage d'ESPN de la semaine dernière au sujet de l'amitié entre Wilson et Allison Christensen, une jeune fille qui a récemment subi une greffe du coeur, n'en laisse aucun doute. Vous pardonnerez le cliché, mais Wilson est le genre de jeune homme que tous les parents voudraient avoir comme gendre.

Au fait, Wilson possède toutes les qualités qu'une équipe recherche chez son joueur de concession. Compte tenu de son énorme talent, de sa personnalité rayonnante et de son jeune âge, si les 31 autres organisations de la NFL pouvaient choisir n'importe quel quart-arrière autour duquel construire leur équipe, je vous parierais un vieil album de Mudhoney que c'est celui de Seattle qui recevrait le plus de votes. Oui, même plus qu'Andrew Luck.

Les grands favoris

Aussi bon soit-il, Wilson n'est évidemment pas le seul atout des Seahawks, détenteurs de la meilleure fiche de la ligue (11-1). Il y a aussi les courses endiablées de Marshawn Lynch, un pass rush qui prend vie et une tertiaire qui n'a pas son égale dans la NFL.

On croyait d'ailleurs que l'absence des demis de coin Brandon Browner et Walter Thurmond serait un sérieux handicap contre Drew Brees et son arsenal, lundi soir. L'attaque des Saints a plutôt ressemblé à celle des Buccaneers.

La victoire contre les Saints a pratiquement assuré l'avantage du terrain dans la NFC aux Seahawks. S'il y avait encore des doutes, il n'y en a plus: l'accès au Super Bowl passe par Seattle dans la Nationale.

Y a-t-il une équipe de la conférence capable d'ennuyer celle de Pete Carroll? Peut-être les 49ers, qu'elle affrontera justement demain à San Francisco. Mais les deux dernières fois que les Niners ont joué au CenturyLink Field, ils ont été aplatis 42-13 et 29-3.

On peut parler des Broncos, des Saints et des Patriots de long en large, mais ce matin, ce sont les Seahawks qui doivent être considérés comme les grands favoris pour gagner le premier titre de leur histoire. Menés par Wilson, la personne la plus populaire à Seattle depuis Kurt Cobain.