Quatre Jeux olympiques, trois sports, une médaille à Rio : l’ex-skieuse et cycliste canadienne Georgia Simmerling est prête pour la retraite. Son nouveau défi : donner au sport au féminin la place qu’il mérite.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Une confusion a précipité l’annonce de la retraite de Georgia Simmerling, il y a 10 jours. L’ex-skieuse devenue médaillée olympique en cyclisme sur piste était en voyage en Espagne avec sa mère, qui entreprenait le chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Simmerling l’a accompagnée dans la première portion de son pèlerinage, franchissant quelque 25 kilomètres de sentiers quotidiennement pendant 10 jours. Un peu froissée d’avoir eu à gérer le dévoilement de sa retraite à distance, l’athlète de 32 ans a profité de l’occasion pour faire le point.

« Ça ne s’est pas passé comme je le souhaitais, mais j’étais vraiment reconnaissante d’être avec ma mère pour ce moment pivot dans ma vie. Ça a vraiment donné à ma retraite son propre espace et ça m’a permis de l’accepter. »

La native de West Vancouver avait déjà décidé que les Jeux olympiques de Tokyo seraient sa dernière compétition. Seulement, la pandémie a prolongé sa carrière d’un an.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @CBCOLYMPICS

Georgia Simmerling a lancé une agence de sport et de marketing axée sur les femmes.

Malgré des conditions de préparation compliquées et une qualification catastrophique, les Canadiennes sont parvenues au duel pour la médaille de bronze avec les Américaines à la poursuite par équipes. Simmerling, Allison Beveridge, Ariane Bonhomme et Annie Foreman-Mackey se sont inclinées et ont terminé au pied du podium.

Simmerling n’avait pas envie de poursuivre sa carrière pour autant. « Plusieurs personnes m’ont dit : ‟Tu es dans la forme de ta vie, pourquoi passes-tu à autre chose ?” Mais ça fait longtemps que je pratique du sport. Ça me semble juste le bon moment. Je suis excitée de me retirer selon mes conditions. Je suis en santé, je suis heureuse et je suis emballée par ce qui s’en vient. »

Ski alpin, ski cross, vélo…

Avant de s’attarder à ce nouveau projet qu’elle frétille de dévoiler en entrevue, un retour sur sa carrière s’impose.

Simmerling s’est d’abord distinguée en ski alpin. À peine parvenue sur le circuit de la Coupe du monde, elle s’est qualifiée pour les Jeux olympiques de 2010, où elle a participé au super-G devant parents et amis à Whistler (27e). « C’était incroyable, mais aussi écrasant, a souligné celle qui avait 21 ans à l’époque. Ç’a été des montagnes russes d’émotions. »

La disparition de l’équipe féminine de vitesse l’a convaincue de se lancer dans le ski cross un an plus tard. « C’était un sport difficile à apprivoiser, mais ma personnalité s’y prêtait bien. C’était toujours différent, tu apprenais une nouvelle section tous les jours. J’adorais cette facette du sport. »

Cette discipline a aussi ses dangers. En février 2012, Simmerling s’est brisé trois vertèbres du cou et du dos après avoir accroché une carre dans la neige durant une course. Elle a passé sept semaines dans un collet cervical, mais elle a pu éviter une opération. Elle a repris la compétition la saison suivante.

Auteure de neuf podiums en Coupe du monde, elle s’est également qualifiée pour les Jeux olympiques de Sotchi, où elle a pris le 14e rang sur un parcours qui, en toute franchise, la faisait frémir. « J’étais encore nouvelle dans le sport, c’était un peu effrayant. Mais j’ai contrôlé mes nerfs et gardé ma confiance. J’ai bien skié, mais commis une erreur qui m’a coûté cher. »

À force de s’entraîner pour le ski pendant l’été, une autre idée lui trottait dans la tête : s’essayer à un autre sport. Le vélo sur piste est venu tout naturellement compte tenu de ses excellents résultats dans les tests bisannuels de Canada Alpin. Elle a envoyé un courriel à « info@cyclismecanada.ca », quelqu’un lui a répondu et elle s’est retrouvée dans un vélodrome à Los Angeles en plein hiver…

Après seulement trois compétitions, elle posait ses pneus sur la piste olympique de Rio pour y disputer ses troisièmes Jeux dans trois sports différents, une première au Canada. Pour couronner le tout, elle y a remporté le bronze à la poursuite par équipes.

Traverser la ligne d’arrivée avec mon équipe est l’une des plus belles émotions que j’ai jamais vécues. Quand cette idée m’est venue, je savais que c’était un très grand but à atteindre. Mais je voulais tout donner et chaque jour, ça semblait plus accessible.

Georgia Simmerling

Simmerling s’est ensuite remise au ski cross. Elle se préparait pour les Jeux de PyeongChang quand elle s’est brisé les deux jambes et déchiré tous les ligaments d’un genou sur une chute à la Coupe du monde de Nakiska, deux semaines avant la cérémonie d’ouverture en Corée du Sud.

Cet accident a rendu son retour à des Jeux d’été d’autant plus admirable. Sa quatrième place à Tokyo ne l’a pas laissée sur son appétit, a-t-elle assuré. D’autant que les Canadiennes ont atteint leur objectif chronométrique, un record national, au premier tour.

« Tu ne peux pas être fâchée de donner tout ce que tu as et arriver à court. Ça fait partie du sport et ça arrive. Personnellement, j’étais fière de mes performances. C’est tout ce que tu peux demander. »

Maintenant installée à Paris avec sa fiancée, la gardienne de but et championne olympique Stephanie Labbé, qui s’aligne pour le PSG, Simmerling est déjà prête à se lancer dans sa nouvelle carrière. Son bébé : AG Sports inc., une agence de sport et de marketing axée sur les femmes, inaugurée lundi dernier.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE GEORGIA SIMMERLING

Stephanie Labbé et Georgia Simmerling

« J’estime qu’il y a un espace immense pour les femmes et les agentes au Canada. Je suis tellement emballée d’occuper cet espace et de devenir une leader et une agente de changement dans ce pays. C’est le moment d’investir dans les athlètes féminines. »

Elle relève que le sport féminin est plus suivi que jamais, notant les cotes d’écoute records pour la finale du tournoi olympique à Tokyo, qu’elle a suivie dans un bar de Calgary avec une centaine de personnes. Deux des trois dernières finales des Internationaux de tennis des États-Unis, avec Bianca Andreescu et Leylah Fernandez en vedette, sont un autre exemple.

« Le sport féminin est regardé et on l’a démontré. […] J’ai hâte de mettre au défi le monde des entreprises, les marques et les partenaires d’investir dans les femmes et de faire partie du changement. »

Sept clientes se sont déjà jointes à Simmerling, dont les Québécoises Kasia Gruchalla-Wesierski, championne olympique en aviron à Tokyo, et Lauriane Genest, médaillée de bronze en cyclisme sur piste.

Peut-être la nouvelle agente les inspirera-t-elle à s’essayer dans plus d’un sport ?