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Livre papier ou liseuse, qui est le plus vert?

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Une étude de Cleantech estime qu'un livre papier génère 7,46 kg de CO2.

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L'avènement des liseuses électroniques (Kindle, Kobo, iPad, etc.) a provoqué une véritable scission dans le monde des lecteurs. Si la plupart de ceux-ci ont tranché entre le papier et la technologie en fonction de critères d'affection et de confort, la dimension environnementale est plus rarement prise en compte. Chose peu surprenante: les impacts écologiques respectifs de ces deux supports sont assez différents et plutôt difficiles à comparer. Explications.

Une équation complexe

De nombreuses études ont été menées, au cours de la dernière décennie, dans divers pays pour tenter de savoir qui, du livre traditionnel ou de la liseuse, est le moins nocif pour l'environnement. Mais leurs conclusions fluctuent, notamment parce qu'elles se basent sur différents paramètres (modèle de liseuse, transport utilisé, type de papier, etc.). De plus, le type d'impact (utilisation des sols pour les livres, métaux et énergie pour les liseuses) rend l'exercice de comparaison encore plus délicat. Cependant, certaines pistes méritent d'être explorées...

La réutilisation, donnée-clé

Parmi les nombreuses variables, la réutilisation de la liseuse ou du livre classique s'avère cruciale. «Comme la liseuse est un appareil réutilisable, c'est le nombre d'utilisations qui va permettre de réduire l'empreinte environnementale. Plus l'objet est utilisé, plus l'empreinte par utilisation diminue», indique Jean-François Ménard, analyste de cycle de vie au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG).

En effet, la plupart des études tendent à désigner la liseuse électronique comme plus écologique au-delà d'un seuil de réutilisations. Une recherche de l'Institut de technologie de Rochester considère que pour 60 livres lus par an, un Kindle est plus vert... sauf si la liseuse est comparée à un livre papier qui circule entre plusieurs mains, comme un livre de bibliothèque. En outre, le recours au papier recyclé ou de type FSC, conçu à partir de fibres durables, change le tableau en réduisant l'empreinte de la version papier. Pas si simple!

Des impacts de nature différente

Une étude de 2016 réalisée en Afrique du Sud souligne que les types d'empreintes des deux supports de lecture sont foncièrement différents: le papier a moins d'impact sur les ressources en métaux et l'écosystème marin, tandis que l'option électronique a moins d'effets sur l'utilisation des sols et les ressources en eau, entre autres. «Le livre va surtout aller toucher la foresterie, où l'utilisation des terres sera affectée. Il faut considérer toute l'industrie du papier, en fonction du type de papier utilisé. Les liseuses, elles, nécessitent des métaux, parfois rares, pour la fabrication des composants électroniques», confirme l'analyste Jean-François Ménard.

Un jugement de valeur

Dès lors, les impacts étant qualitativement différents, comment trancher? «Si, dans une comparaison, chacune des options se présente comme la meilleure ou la pire pour des catégories d'impacts différentes, il va falloir arbitrer pour savoir quelle est la pire empreinte, et cela va être souvent basé sur des jugements de valeur plutôt que sur des données scientifiques. Par exemple, entre une problématique de santé humaine et une problématique de biodiversité, il n'y a pas encore moyen de trancher pour savoir laquelle est la pire environnementalement. Il y a un jugement de valeur qui intervient», explique Jean-François Ménard.

Une liseuse Kobo... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE) - image 2.0

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Une liseuse Kobo

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

L'impact carbone

En matière d'empreinte carbone, les diverses études tendent à désigner la tablette comme plus performante après un certain nombre d'utilisations, surtout si elle est utilisée à d'autres fins (comme lire des journaux). Une moyenne établie par l'entreprise d'innovation durable Cleantech estime qu'un livre papier génère 7,46 kg de CO2, tandis qu'une tablette de type Kindle émet 168 kg de CO2 au cours de sa durée de vie. La liseuse prend donc rapidement le dessus après la lecture d'une vingtaine de livres seulement. «Les liseuses électroniques réduiront indubitablement et significativement les émissions de CO2 générées par le secteur de l'édition», conclut l'étude de Cleantech, confortée par d'autres travaux indépendants.

L'énergie, négligeable

La part d'énergie consommée semble être un paramètre négligeable dans la comparaison, surtout au Québec, où l'hydroélectricité est une source propre. De plus, les appareils électroniques tendent à être de moins en moins énergivores, souligne Jean-François Ménard. «Aussi, lire un livre sur tablette consommera beaucoup moins d'énergie qu'un jeu, par exemple», affirme-t-il.

Le transport s'avère une variable bien plus importante, mais de nombreux cas de figure sont possibles, tant pour le livre que pour la liseuse: importations depuis l'étranger (l'impact étant néanmoins atténué par le transport de grandes quantités de produits), acheminement au consommateur (la commande d'un seul livre papier sur Amazon fait augmenter son empreinte carbone), moyen de transport utilisé pour se rendre au point de vente...

Réduire l'impact

Face à ce dilemme écologique, M. Ménard propose des pistes pour réduire l'impact environnemental, quel que soit le choix de support. «Il faut maximiser le nombre d'utilisations, autant pour la liseuse, qu'on utilisera le plus longtemps possible, que pour le livre, en favorisant les emprunts à la bibliothèque.» La revente, le prêt ou le don sont également des solutions. Et là encore, le type de transport entre en jeu. «Si l'on ne peut se rendre à la bibliothèque à pied ou en transports en commun, il faut maximiser son déplacement», recommande l'analyste, en prenant plus d'un livre ou en prévoyant d'autres étapes (épicerie, banque, etc.) dans son itinéraire.

Atouts électroniques

Même si aucun champion environnemental ne peut être irrémédiablement désigné, M. Ménard pense que la liseuse dispose de bien des atouts, allant dans le même sens que la majorité des études réalisées sur le sujet. «La plupart des objets réutilisables finissent par être plus performants que les objets non réutilisés», fait-il remarquer.




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