La Presse décortique l’origine d’une tendance mode : d’où vient-elle et pourquoi émerge-t-elle ? Comment la porter ? Décryptage.

Maude Goyer
collaboration spéciale

La tendance

À la fois singulier et amusant, le chandail à capuchon, ou « hoodie », en coton ouaté, représentant un animal (et incluant de petites oreilles sur le dessus du capuchon), est de plus en plus populaire. Mélange entre le déguisement et le vêtement de type streetwear, il est passé du confort de la maison à la rue. On le voit fréquemment dans les conventions de type Comiccon ou Otakuthon, cette dernière étant consacrée aux personnages animés japonais, aux jeux vidéo, aux mangas et à l’art populaire nippon — elle s’est tenue à la mi-août à Montréal.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

On voit fréquemment le chandail à capuchon animal dans les conventions de type Otakuthon.

Aujourd’hui, des détaillants comme Walmart, H&M et Old Navy tiennent en magasin ce type de pull, qui est particulièrement populaire chez les enfants et les jeunes adultes.

D’où ça vient ?

Pour Marc Beaupré, copropriétaire de la boutique en ligne Kigurumi, le pull à capuchon animal est la version plus décontractée (et plus facile à porter) du vêtement appelé le kigurumi. Et qu’est-ce que c’est, au juste, un kigurumi ? « Le mot veut dire, littéralement, “porter un animal en peluche”, explique M. Beaupré, qui a fondé son entreprise à Montréal en 2011. Il s’agit d’un vêtement une pièce confortable, entre le pyjama et le déguisement, et qui représente un animal. Cela vient du Japon, où il est très populaire. »

PHOTO TIRÉE DU SITE DE WALMART

Chandail à capuche en Pikachu, en vente chez Walmart

Le kigurumi est porté à la maison, comme tenue d’intérieur ou comme pyjama, mais certaines personnes poussent l’excentricité jusqu’à le porter dans des fêtes, des festivals ou des événements. « Dans le quartier Harajuku, à Tokyo, il n’est pas rare de croiser quelqu’un qui le porte », souligne M. Beaupré.

Sa version simplifiée, le chandail à capuchon avec petites oreilles, se décline en plusieurs genres : les plus populaires sont à l’effigie du panda, de la licorne et du chat. Ils empruntent aussi le visage du tanuki (raton que l’on retrouve en Asie) et de personnages fantaisistes issus de la culture populaire asiatique comme le chat Zhi ou Kawaii, l’ours Rilakkuma et les chatons du jeu Neko Atsume. « Ce chandail marque aussi le retour en force de Pokémon », dit Stéphane Leduc, chargé de cours à l’École supérieure de mode de l’UQAM. La franchise Pokémon ne semble pas s’essouffler : le jeu sur application mobile Pokémon Go a connu un grand engouement, il y a trois ans, et le premier film en prise de vue réelle (ou live action) mettant en vedette Pikachu est sorti en début d’été.

Pourquoi ?

Outre la grande popularité des personnages issus de la culture populaire nippone, Stéphane Leduc croit aussi que la tendance est liée à la montée des designers asiatiques, particulièrement ceux de la Corée. « À la suite des Jeux olympiques, le pays s’est ouvert davantage, explique-t-il. Depuis cinq ans, les acheteurs et les designers de mode coréens ont compris, analysé et assimilé très vite ce qui se passait dans l’industrie et ils font preuve de beaucoup d’audace. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

« Ces chandails d’animaux ajoutent la dimension du rôle que l’on peut en quelque sorte jouer dans son quotidien », indique Danielle Martin, designer et professeure adjointe à l’École de mode de l’Université Ryerson de Toronto.

Leurs collections sont novatrices, créatives, non genrées. De plus, elles sont abordables et sont faites dans de bonnes matières, de belle qualité.

Stéphane Leduc, chargé de cours à l’École supérieure de mode de l’UQAM, à propos des vêtements des designers coréens

Selon lui, l’influence coréenne ne va que s’accentuer. « Ils forcent les autres designers à s’adapter ! », lance-t-il.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE H&M

Chandail à capuche en peluche de chez H&M

Selon Danielle Martin, designer et professeure adjointe l’École de mode de l’Université Ryerson de Toronto, le chandail à capuchon permet aussi de jouer et de s’amuser avec la mode. « Ce type de pull permet de se blottir confortablement, et ce, presque dans l’anonymat si on porte le capuchon bien calé sur la tête, souligne-t-elle. Ces chandails d’animaux ajoutent la dimension du rôle que l’on peut en quelque sorte jouer dans son quotidien. » Marc Beaupré est du même avis : « C’est fait pour jouer et ne pas se prendre au sérieux ! »

On l’essaie ?

D’abord entre les quatre murs de sa maison, de façon décontractée, pour sourire et faire sourire. Et ensuite, pourquoi pas dans la rue, avec des jeans et des baskets ? « C’est sûr qu’il faut être prêt à être remarqué, précise M. Beaupré. On peut aussi le porter à l’Halloween ou à un festival de musique. » Bon à savoir : il existe d’autres façons de porter le personnage-animal. En sac à dos, en casquette ou en pantoufles, par exemple.