Plus de 56 500 jeunes de 0 à 19 ans ont été infectés par le coronavirus dans la province, selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), en date du 11 mars 2021. Adrien, 13 ans, le fils de notre journaliste Marie Allard, fait partie de cette statistique. Récit en 10 points de la vie d’une famille qui a reçu un invité bien malgré elle.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

1. Mauvaise nouvelle

C’est le mardi 16 février, à 17 h 40, que le téléphone sonne. « Numéro masqué », précise l’afficheur – ce qui est rarement réjouissant. On répond, puis on est frappés par la nouvelle : testé la veille, Adrien, 13 ans, a un diagnostic positif à la COVID-19.

Rapidement, on comprend qu’il faut isoler tous les membres présents de notre famille recomposée (soit deux adultes et trois enfants) et attendre avant d’aller se faire tester, même si on a envie de s’y précipiter sur-le-champ. Il vaut mieux laisser un temps d’incubation au SARS-CoV-2, une charmante perspective. C’est Loto COVID-19 – et on a plusieurs jours pour se procurer des billets de tirage.

2. Symptômes de gastro

Retour dans le temps. C’est le dimanche soir 14 février qu’Adrien, 13 ans, commence à avoir mal au ventre. Après une nuit difficile, il vomit tôt lundi, avant de passer la journée à dormir, nauséeux. Par précaution, on prend rendez-vous pour un test de dépistage de la COVID-19 en début de soirée. Dès le lendemain, Adrien va mieux – sauf pour une pression ressentie à la poitrine, qui dure quelques jours. Comme c’est jour de tempête au Québec, notre ado participe au déneigement en après-midi, avant qu’on le sache contaminé.

3. Virus studieux

On ignore où et quand SARS-CoV-2 a décidé qu’Adrien était de son goût. Même si les cas sont en baisse dans la province, le coronavirus rôde dans les classes. Des cas positifs actifs étaient répertoriés dans 703 écoles publiques et privées de la province, en date du 9 mars 2021. Juste avant l’infection d’Adrien, la classe de Romane, 10 ans (la fille de mon conjoint), a été fermée pendant deux semaines, en raison de cas positifs. Au total, Romane sera allée physiquement à l’école un seul jour en février, sans jamais être malade – un impact sous-estimé de cette crise sanitaire.

4. Enquête épidémiologique

Au lendemain de l’annonce du résultat, le téléphone sonne de nouveau. « Numéro masqué », précise l’afficheur – ce qui est rarement réjouissant, on l’a compris. C’est l’enquête épidémiologique de la Santé publique, au cours de laquelle Adrien précise son trajet pour aller à l’école (en bus et en métro) et résume ses déplacements (limités) des derniers jours.

Avec stupeur, on apprend qu’à condition d’isoler Adrien dans sa chambre et de lui réserver l’usage d’une salle de bains, notre isolement prendra fin après 14 jours, soit le 3 mars. On est alors le 17 février. Si on partage l’appartement avec lui – même avec des couvre-visages – on a l’interdiction de sortir avant le… 11 mars.

On a le privilège de vivre dans un rez-de-chaussée de triplex montréalais avec un sous-sol en partie aménagé, où se trouvent des chambres et une salle de bains. Notre prisonnier en fait son royaume, pendant que les autres membres de la famille se partagent le rez-de-chaussée.

5. École en ligne… ou pas

L’école secondaire d’Adrien est avisée de son résultat positif le soir même où on l’apprend. Peu après 22 h, un courriel de la direction avise ses camarades de classe qu'ils doivent rester à la maison, où un enseignement à distance leur sera désormais offert.

Ô ironie, l’élève malade a immédiatement droit aux cours en ligne, contrairement à Adèla, sa sœur de 11 ans – elle doit être isolée, mais sa classe n’est pas fermée… Très gentil, l’enseignant d’Adèla demande s’il peut laisser du matériel scolaire sur notre balcon. « Serez-vous à la maison demain ? », demande-t-il, faisant de l’humour malgré lui.

On descend des plateaux-repas à heures fixes à Adrien, puisqu’il doit respecter le strict horaire scolaire. En matinée, les pauses (de cinq minutes) sont à 9 h 15 et à 10 h 20, le dîner est à 11 h 25, la collation de l’après-midi à 14 h 40. Notre ado en pleine croissance envoie régulièrement des textos pour réclamer à manger, ce qui est rassurant – il est manifestement tiré d’affaire.

6. Symptômes surveillés

Tous les matins, la Santé publique transmet par courriel un formulaire à remplir. Il faut déclarer si on a divers symptômes (mal de tête, mal de gorge, perte d’odorat, etc.) et prendre sa température. On s’inquiète de souffrir d’hypothermie, avant d’apprendre que la température moyenne du corps humain est désormais fixée à 36,6 °C au lieu de 37 °C, selon une étude publiée par des chercheurs de l’Université Stanford dans eLife en 2020. On est fatigués, les nez coulent, cela nous tracasse – mais il est difficile de ne pas être hypocondriaque dans les circonstances. Curieusement, Adrien est le seul à ne pas recevoir de courriels de la Santé publique.

7. Ravitaillement en ligne

Pour ravitailler les troupes, on commande (pour la première fois) notre épicerie en ligne. C’est efficace, on reçoit le tout dès le lendemain. Bon à savoir, pour les familles nombreuses : si vous indiquez « 1 » à « Banane », vous recevez… une banane.

La semaine suivante, on commande par l’entremise du marché des Fermes Lufa. Avec joie, on découvre que Lufa livre à domicile du vin et des bières artisanales du Québec – c’est nouveau. On y achète également une vingtaine de bananes, qu’on reçoit… vertes, vertes, vertes.

Dernier tuyau : en commandant de l’encre pour imprimante dans un magasin de fournitures de bureau, on voit qu’ils offrent (en ligne !) du papier de toilette et des mouchoirs – 100 % recyclés, en plus. Mine de rien, c’est précieux quand on traverse un siège (contre la COVID-19).

8. Tests de dépistage

Après plusieurs jours, on se rend au centre de dépistage de la COVID-19 pour tester le reste de la famille. Quand on avise Adrien qu’on le laisse seul à la maison, il répond tristement qu’il est toujours seul – bien qu’il soit courageux, notre ado trouve l’expérience de l’isolement difficile.

Les résultats arrivent vite : tous négatifs. C’est un soulagement, alors que tant de gens souffrent de ce virus pernicieux. On mesure notre chance et on poursuit le confinement – le risque de transmission est toujours possible.

9. Vivre sans sortir

La routine s’installe, sans quitter la maison. Lors du confinement du printemps 2020, on allait quotidiennement marcher, courir, faire du vélo ou de la trottinette. Cette fois, les recommandations de la Santé publique sont claires, on ne peut pas aller faire une marche. On n’a plus aucun intérêt pour les prévisions météo, même si on se force à faire quelques pas dans notre petite cour enneigée. C’est contradictoire : pour lutter contre la transmission du virus, on s’encabane, alors que bouger au soleil renforce le système immunitaire. On pense aux grands-parents qu’on protège, pour garder le moral.

10. Liberté

Dix jours après le test positif, soit le vendredi 26 février, le téléphone sonne. C’est un message enregistré de la Santé publique, disant qu’Adrien peut quitter sa prison. Il est heureux de retrouver de la compagnie – même si famille et amis ont été très présents par visioconférence pendant son isolement. Bien remis, Adrien peut enfin retourner à l’école, pile alors que s’amorce… la relâche scolaire.

Les quatre autres membres de la maisonnée doivent attendre au 3 mars pour sortir – l’isolement est plus long quand on est un contact d’un cas confirmé de COVID-19. Heureusement, les nouvelles du monde extérieur (!) sont bonnes : les grands-parents se feront vacciner sous peu. Tous auront bientôt la chance – comme nous l’avons eue – de garder la santé. Peut-être même sans avoir besoin d’être isolés…

Consultez l’étude de Stanford sur la température du corps humain (en anglais)

En statistiques

Cas confirmés de COVID-19 au Québec

Enfants de 0 à 9 ans : 22 497, soit 7,6 % du total des cas

Jeunes de 10 à 19 ans : 34 052, soit 11,5 % du total des cas

Les garçons sont légèrement plus nombreux (51 % des cas) que les filles à avoir eu la COVID-19 chez les 0 à 19 ans

Aucun décès lié à la COVID-19 chez les enfants de 0 à 9 ans ; un décès rapporté chez les jeunes de 10 à 19 ans

Source : INSPQ, 11 mars 2021

Écoles touchées

1920 : nombre d’écoles comptant un ou des cas positifs de COVID-19 rapportés avec diagnostic entre le 5 janvier et le 9 mars 2021

Source : gouvernement du Québec