Les parents se disent que le couvre-feu a bien peu d’impact sur leur vie. À 20 h, de toute façon, les enfants sont au lit ou presque. Jusqu’à ce que la fée des dents, travailleuse essentielle selon le premier ministre François Legault, soit appelée dans la maisonnée et réalise qu’elle a les poches vides. Où trouver 2 $ un soir de couvre-feu ?

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

L’histoire est certes anecdotique et ne se termine pas exactement de la manière attendue. Mais c’est une histoire, parmi mille, qui montre comment, en temps de pandémie, il y a des gens prêts à aider une inconnue.

Mercredi, la petite Adèle, 6 ans, a perdu une dent à l’école. Une première « palette » en moins pour elle, ce qui la rendait très fière. « Je n’ai pas réalisé quand je suis allée la chercher que ça aurait été le moment idéal pour aller faire de la monnaie », déclare sa mère, Maude Giguère, qui, disons-le ainsi, aide la fée des dents à accomplir son travail. C’était une journée chargée pour elle. Séparée, elle a ses deux filles en garde partagée. Après sa journée de travail, elle devait suivre le premier cours en ligne de sa session universitaire. Cours qui s’est terminé… à 20 h 30.

Une fois les filles au lit, je me suis mise à chercher activement un 2 $ quelque part. Rien.

Maude Giguère

Elle lance un appel auprès de ses amis sur Facebook, d’abord pour avoir des idées de remplacement, ensuite pour trouver un bon Samaritain promeneur de chien, donc autorisé à sortir dans la nuit. À la suggestion d’une amie, elle se tourne vers le groupe des Parents de Rosemont, le quartier montréalais où elle habite, et écrit ceci aux 11 000 membres. « Mettons que je rêve en couleurs. Y’a pas un propriétaire de chien dans le H1X qui viendrait me porter un 2 $ ? Ça vient avec le titre officiel de fée des dents, un virement interac de ma part et ma reconnaissance éternelle. »

Des gens lui ont écrit en privé. Trois ou quatre personnes lui ont offert leurs services. « Je ne m’attendais pas à ça. Mais je me suis rendu compte que le H1X couvre un territoire beaucoup plus grand que ce que je croyais. Il y a même une travailleuse de la santé qui m’a écrit : “Je n’ai pas de chien, mais je suis travailleuse essentielle, alors je suis prête à aller vous porter votre 2 $.” Mais je lui ai dit : “C’est hors de question que j’utilise une travailleuse essentielle pour ça. Allez vous reposer, s’il vous plaît !” »

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DE FACEBOOK

Mal à l’aise de déranger ces gens qui n’habitaient pas si près de chez elle, elle a donc fait un emprunt dans le butin de sa fille. « L’histoire s’est résolue de cette façon-là. » Remettre à plus tard la visite de la fée des dents, c’était impensable pour elle. « On essaie tellement, depuis un an, de créer de la magie de toutes les façons possibles. Je me suis dit : “Je ne peux pas détruire cette magie-là.” »

Perspicace, la petite Adèle s’est rendu compte de la disparition de son butin au petit matin. Sa mère lui a alors servi la phrase magique de tout parent pressé : « On n’a pas le temps. On le cherchera plus tard. »