Vous en arrachez depuis deux mois ? Accrochez-vous. Car voilà que c’est officiel : l’école à la maison est loin de tirer à sa fin. Conseils d’experts et de parents avertis pour finir cette année sans vous arracher les cheveux ni la tête au grand complet. Au menu : des objectifs réalistes, à poursuivre sans pression, ni forcément crayons ni leçons. Qui dit mieux ?

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Ceci n’est pas de l’école à la maison

Après les élèves du secondaire, voilà que Québec a annoncé jeudi que les jeunes du primaire de la métropole ne retourneraient pas non plus en classe avant la fin de cette année scolaire. Beaucoup de familles s’y attendaient. Mais surprise : même les parents les plus aguerris, notamment ceux qui font déjà l’école à la maison, sont pris au dépourvu ces jours-ci. Parce que ce que nous vivons n’est pas de l’« école à la maison », justement. C’est plutôt de l’« école en temps de crise », résumait dernièrement le New York Times, ou de l’« enseignement de confinement », si vous préférez. « Moi, je n’apprécie pas l’école à la maison en ce moment ! Je me cherche ! Je suis en train de tout réapprendre ! », confirme France Gagnon, une mère de cinq enfants qui fait l’école à la maison depuis pourtant 18 ans maintenant. Car en temps « normal », qui dit école à la maison dit sorties à la bibliothèque, au musée, rencontres avec différents groupes de soutien, fait-elle valoir. Là ? Oubliez ça : ses enfants, âgés de 8 à 22 ans, se sont retrouvés du jour au lendemain confinés. Sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. « Ça n’arrivait jamais, jamais, jamais ! », dit-elle. Dans ce contexte, même sa relation avec ses enfants a changé. « Je trouve ça très difficile ! »

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France Gagnon (au centre) accompagnée de son conjoint (Frédéric Picard, à sa gauche) et de leurs cinq enfants, Gabrielle (22 ans), Éloïse (20 ans), Nicolas (18 ans), Florent (15 ans) et Juliette (8 ans).

Moi, je le fais par choix. Ça fait 18 ans que je ne fais que ça. Je n’essaye pas de jongler avec un travail. En plus, j’ai un intérêt et le goût de le faire. Alors j’ai une extrême compassion pour tous les parents qui n’ont pas cet intérêt pour l’école à la maison.

France Gagnon, mère de cinq enfants

Une heure

Si les familles rament toutes à différents degrés ces jours-ci, les intervenants que nous avons consultés le confirment : il y a aussi un monde entre les jeunes du primaire et du secondaire, du public et du privé, avec et sans difficulté d’apprentissage. Difficile, dans ces circonstances, de suggérer un seul et unique mode d’emploi. Cela étant dit, le psychologue Égide Royer, professeur associé à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, une référence en matière de réussite scolaire au Québec, recommande à tous d’établir une « routine » avec heures de lever et de coucher plus ou moins fixes, à l’intérieur de laquelle on « niche » un moment, de 45 minutes à 1 heure, « consacré à des apprentissages nouveaux ou à la consolidation des apprentissages ».

Par exemple : 

« Entre 10 h 30 et 11 h 30, moi, je travaille à distance, et toi, tu fais ton travail. […] Et notre métier, quand on a 12 ans, c’est d’aller à l’école. » — Égide Royer, psychologue

Une heure, pas plus ? Tout à fait, répond-il. Mieux : « Pour les enfants du primaire, ça peut être un moment de lecture. » Il se fait d’ailleurs ici plutôt rassurant : « Les enseignants, dans les premières semaines de classe l’an prochain, vont consolider les apprentissages. » D’ailleurs, ajoute-t-il, « le 21 juin va arriver très vite » !

Trouvez ce qui vous convient

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Marie-Jo Demers et ses deux garçons, Luca (12 ans) et Matteo (14 ans)

Va pour une heure, ça se gère, même avec une journée de télétravail devant soi. Mais quand ? À faire quoi ? Seul ou en fratrie ? « Le message de base, reprend France Gagnon, c’est qu’il n’y a pas de recette ! » De son côté, elle privilégie les moments avant ou après les repas (parce que ceux-ci sont plus ou moins à heure fixe). Pour le reste, elle préfère garder une certaine souplesse. Car c’est ici la clé. Oubliez les horaires trop stricts, avec collation, mathématiques et exercices à heure fixe. « Ça ne marche pas ! », pouffe-t-elle, d’un rire entendu. À l’inverse : trouvez ce qui marche pour vous ! Si votre enfant préfère les chiffres, « allez-y avec ce qu’il a envie de faire ! Concentrez-vous sur les points forts, suggère-t-elle. C’est beaucoup plus gagnant d’y aller avec l’intérêt de l’enfant ! » Beaucoup plus intéressant que de vous battre à faire des dictées si la volonté de l’enfant n’y est pas, on s’entend. Et rassurez-vous, ajoute-t-elle : « Probablement que l’enfant va retourner à l’école en septembre. Quatre mois sans école, c’est rien ! »

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Luca, 12 ans, en rencontre Zoom avec sa classe

Vous n’êtes pas un enseignant

C’est fondamental. Mais devant les semaines sans école devant nous, beaucoup seront tentés de l’oublier. Or non, vous n’êtes pas un enseignant. Mais bien un parent. Dont le rôle n’est pas d’enseigner, mais de soutenir. Accompagner. Consoler. Et ça fait toute la différence du monde. Et ça devrait surtout vous aider à éviter bien des conflits. « N’essayez pas de recréer l’école à la maison », dit aussi Marie-Jo Demers, mère de trois enfants, un scolarisé à la maison (14 ans), l’autre à l’école (12 ans, ces jours-ci bien évidemment à la maison) et un troisième aujourd’hui grand. « Parce que ça ne marche pas. »

Optez plutôt pour des activités en ligne (Netmath, Mots-clés) où l’ordinateur se substitue à l’enseignant. Ou pourquoi pas des jeux ? « Pinterest regorge de jeux de conjugaison, de jeu de maths, il y a tellement de ressources ! fait-elle valoir. On a la chance de réinventer les choses ! » Alors inventons, c’est le moment où jamais.

Priorisez l’harmonie

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Delphine Collin-Vézina, directrice du Centre de recherche sur l’enfance et la famille de l’Université McGill, supervise ses trois enfants, Arthur (10 ans), Mathilde (14 ans) et Charlotte (16 ans), en train de faire l’école à la maison, comme tout le monde et malgré elle ces jours-ci.

Tout le monde s’entend. Avant même de penser aux tables de multiplication à revoir, ou aux règles de grammaire à réviser, c’est la relation avec votre enfant qu’il faut prioriser. Et surtout l’harmonie familiale. Ici, maintenant. Delphine Collin-Vézina, directrice du Centre de recherche sur l’enfance et la famille de l’Université McGill, elle-même mère de trois enfants, scolarisés malgré elle et comme tout le monde à la maison ces jours-ci, suggère ici de « choisir nos batailles ». « On vit tellement une situation exceptionnelle ces jours-ci, il faut choisir ses batailles. Revenir à l’essentiel, pour chaque famille. » Et quel est cet essentiel ? « Il faut revoir ce qui vous tient le plus à cœur comme famille. À la fin de la journée, qu’est-ce que vous voulez vous dire : on a passé une bonne journée ensemble, on a fait un repas ensemble, on a joué à un jeu de société, ou on a fait une demi-heure de devoirs ? » Poser la question, c’est y répondre. « Je pense que viser que l’harmonie soit acquise est le plus bel apprentissage pour un enfant. »

Oubliez la perfection

D’où la question qu’on a peut-être perdue de vue avec une gestion à la petite semaine ces derniers temps : « Dans le fond, le but, c’est quoi ? C’est que l’enfant puisse reprendre l’année avec le moins de retard possible », répond la chercheuse. Qu’on se le dise : « Le but, ici, ce n’est pas de montrer qu’on est un parent parfait, et que notre enfant fait toutes les trousses pédagogiques, et écoute toutes les émissions de Télé-Québec ! », ajoute-t-elle, mi-sérieuse, mi-rieuse. Le secret ? « Il faut baisser nos attentes et ne pas nous laisser prendre dans le tourbillon de la perfection pendant la COVID. Ce n’est pas le temps pour ça. Surtout pas », conclut-elle.

Conseils pratiques

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Chez Marie-Jo Demers

• Faites une heure de travaux scolaires par jour.

• Faites une pause la fin de semaine (qui peut être, pourquoi pas, de trois jours).

• Pensez à utiliser un sablier ou une minuterie pour les enfants du primaire.

• Fonctionnez plutôt par projets avec les enfants du secondaire, plus autonomes.

• Déterminez un temps pour les moments d’étude qui vous convient, à vous et à vos enfants. (Matin, midi, soir ? À vous de voir.)

• Pensez aux transitions (entre moments libres et étude, un peu comme à l’école).

• En cas de difficultés d’apprentissage, communiquez avec l’école pour vous assurer d’un suivi (en matière de soutien), idéalement d’un contact quotidien avec un enseignant choisi (pour les jeunes du secondaire).

Ressource

L’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), fortement sollicitée depuis le début du confinement (plus de 400 demandes d’accès au groupe Facebook privé de l’association depuis la mi-mars), a mis en ligne pour le public néophyte une liste impressionnante de ressources virtuelles, toutes suggérées et éprouvées par ses membres. On y trouve des trucs plus convenus (Alloprof), mais aussi de nombreuses découvertes, des jeux éducatifs, des livres audio et d’autres activités de français, de mathématiques, de sciences, de géographie, alouette. Inspirant et (souvent) gratuit, le tout est mis à jour régulièrement.

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