(Montréal) Le coronavirus a beau confiner les Québécois chez eux et réduire pratiquement à néant les activités auxquelles ils peuvent se livrer, un baby-boom est peu probable plus tard cette année, croit un expert interrogé par La Presse canadienne.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

« Un climat de crainte n’est pas idéal psychologiquement pour féconder et là on sent bien qu’il y a une tension assez forte, a dit le professeur Richard Marcoux, du département de sociologie de l’Université Laval.

« Les gens sont stressés, et dans un contexte de stress […] les projets familiaux sont reportés. »

L’histoire est d’ailleurs porteuse de leçons intéressantes à ce sujet, ajoute-t-il, à commencer par la crise du verglas de 1998.

« On a assisté en 1998, et même en 1999, à une baisse de la natalité, a-t-il dit. Si la crise du verglas avait eu un effet sur la natalité, on l’aurait vu dès 1998. Or, on a plutôt observé une baisse continue. »

On avait recensé quelque 85 000 naissances au Québec en 1996, un chiffre qui a glissé à près de 80 000 en 1997, puis à 76 000 en 1998.

Quant à ce que les démographes appellent l’indice synthétique de fécondité, il a chuté sous le seuil de 1,5 enfant par femme pour la première fois en 1998, après s’être maintenu à 1,6 enfant au début des années 1990.

Le baby-boom du verglas ne serait donc qu’une légende urbaine.

« On a tous entendu parler des bébés du verglas, mais il s’agit souvent de belles histoires individuelles — sans électricité, on se chauffe comme on peut — mais elles ne rendent pas compte de la réalité à l’échelle de la société, ce sont un peu ce qu’on pourrait appeler des épiphénomènes », a dit M. Marcoux, qui est aussi le directeur de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone.

D’autant plus que la crise actuelle n’est pas que sanitaire : elle est aussi économique. On comprend bien ceux qui hésitent à faire un enfant s’ils ne sont pas certains d’avoir un emploi la semaine prochaine.

« La plupart du temps les crises économiques sont plutôt associées à une baisse de la natalité, et une reprise économique souvent à une hausse de la natalité », a expliqué M. Marcoux.

Guerres mondiales

Les deux guerres mondiales du 20e siècle démontrent aussi qu’en période d’incertitude, les gens ne sont pas intéressés à procréer.

« Quand on regarde les pyramides des âges des populations européennes, on voit bien que (pendant les périodes) 1914-1919 et 1939-1945, il y a des creux importants, a-t-il expliqué. Pendant ces périodes-là, on ne fait pas d’enfants, les gens sont occupés à se terrer, mais ils ne sont pas vraiment dans un contexte pour se reproduire. »

Les projets familiaux qui avaient été mis en veilleuse par la guerre ont repris de plus belle une fois les hostilités terminées.

Il n’est pas impossible qu’un phénomène similaire se produise au Québec, croit M. Marcoux, d’autant plus que la fin (prévue et espérée) de la crise coïncidera avec le début des vacances de plusieurs.

« C’est très bien documenté […] qu’il y a des éléments de reprise qui sont liés aux vacances, il y a comme un "pic" de natalité autour du 30 septembre — neuf mois après nos vacances de Noël, a-t-il conclu. Il y a un autre "pic" de natalité en avril et en mai, à la suite des vacances.

« Je pense que les gens qui ont des projets d’avoir des enfants risquent de reporter ça après la crise du coronavirus et on pourrait assister à une augmentation de la natalité, mais certainement pas à un baby-boom. »