Jouer — pour vrai de vrai — à roche, papier, ciseaux avec une souris verte, c’est ce que propose le nouvel album de l’auteur français Michaël Escoffier, publié chez Flammarion jeunesse. Pierre, feuille, ciseaux (c’est le nom donné à ce jeu de main en France) est illustré par Karine Bélanger, enseignante en Estrie et mère de trois adolescents. Entrevue en cinq points avec une prof aussi dynamique que sa petite souris.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Album interactif

L’album Pierre, feuille, ciseaux est très rigolo. Le personnage de la souris apprend d’abord aux enfants à jouer, en formant les objets avec la main. Puis, elle explique leurs propriétés : la roche casse les ciseaux, le papier emprisonne la roche et les ciseaux coupent le papier. De grands rabats permettent de jouer de véritables parties, contre la souris, puis contre… un monstre. « Excitation, frustration, satisfaction, que demander de plus ? », souligne une critique parue dans le quotidien français Le Monde.

Pour illustrer l’album, Karine Bélanger a imaginé une souris, dessinée au crayon de bois. « C’était chouette de s’amuser avec ses expressions et avec la mise en page », dit l’enseignante, qui travaille à l’école du Jardin-des-Lacs de Saint-Denis-de-Brompton. Karine Bélanger a toujours dessiné, pour sa classe ou en création de logos pour des évènements sportifs. « Comme ce n’est pas mon métier, le critère numéro un, c’est que je dois avoir du plaisir à le faire », souligne-t-elle.

PHOTO FOURNIE PAR KARINE BÉLANGER

Les dessins de Pierre, feuille, ciseaux ont été fait aux crayons de bois.

Statistiques et probabilités

À la fois simple et formidable, l’idée derrière le livre vient de l’auteur Michaël Escoffier. « Il a beaucoup d’expérience et sait jouer avec l’enfant, observe Karine Bélanger. Moi, j’arrive avec une petite notion pédagogique. » Jouer à roche, papier, ciseaux est divertissant, mais c’est aussi l’occasion d’aborder des notions de statistique et de probabilités.

En classe, Karine Bélanger fait s’affronter deux rangées d’élèves tout en remplissant un diagramme à bandes, pour découvrir quels choix sont les plus utilisés. L’étude de toutes les combinaisons possibles est aussi au menu — l’exercice peut être complexifié avec l’ajout de l’allumette, qui enflamme la feuille, mais perd devant la roche ou les ciseaux.

PHOTO FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

Extrait de Pierre, feuille, ciseaux, texte de Michaël Escoffier, illustrations de Karine Bélanger, collection Père Castor, éditions Flammarion jeunesse.

Corridors actifs et pédagogiques

Persuadée que les enfants retiennent mieux les notions qui sont animées par le corps en plus d’être vues et entendues, Karine Bélanger a fondé avec une amie une entreprise qui transforme les mornes corridors en lieux d’apprentissage actifs. Kïnko propose divers autocollants en vinyle à coller au plancher : des lettres pour des jeux d’épellation, des nombres pour le calcul, un plan cartésien de deux mètres sur deux mètres, un rapporteur d’angle géant, etc.

PHOTO FOURNIE PAR KARINE BÉLANGER

C’est au Jardin-des-Lacs que Karine Bélanger a d’abord créé des « corridors actifs et pédagogiques ».

C’est au Jardin-des-Lacs que Karine Bélanger a d’abord créé des « corridors actifs et pédagogiques ». Une école, « ce n’est pas juste une classe avec une porte fermée et des enfants entre quatre murs », fait valoir l’enseignante de 1re année. Depuis que ces corridors 2.0 sont en place, « je n’ai plus d’élèves qui courent ou qui s’énervent quand ils sortent chercher leur sac d’école, illustre-t-elle. Ils sont stimulés autrement. » En temps de pandémie, les corridors actifs sont aussi utilisés « par les enseignants d’éducation physique qui ne peuvent plus jumeler deux groupes au gymnase », ajoute-t-elle.

Semer le bonheur entre les générations

Pendant la première vague de COVID-19, Karine Bélanger a eu l’idée du projet Semer le bonheur. En collaboration avec les Correspondances d’Eastman et des commissions scolaires, les enfants et les adolescents ont été invités à écrire à des aînés. « On a reçu 6000 lettres d’à travers le Québec, qu’on a redistribuées dans des foyers pour aînés », souligne l’enseignante.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Pendant le confinement du printemps, Karine Bélanger a eu l’idée du projet Semer le bonheur, demandant aux jeunes d’écrire aux aînés. « Ça m’a nourrie à plein de niveaux », indique-t-elle.

Ses trois adolescents ont participé à l’expérience. « Dans sa lettre, mon fils de 14 ans a écrit qu’il est déjà allé en Normandie, raconte-t-elle. Il est intéressé par la Seconde Guerre mondiale. La dame qui lui a répondu a mentionné que son mari était allé là-bas. Ça crée des petits ponts entre les générations. »

Relation transatlantique

Comment une enseignante québécoise se retrouve-t-elle à illustrer un album de la célèbre collection Père Castor de Flammarion jeunesse ? « Tu vas avoir un scoop, répond Karine Bélanger en riant. Michaël Escoffier, c’est mon conjoint. » L’enseignante et l’auteur vivent une relation transatlantique, depuis cinq ans. Michaël Escoffier venait souvent au Québec avant la pandémie, qui rend les voyages plus difficiles.

PHOTO FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

Pierre, feuille, ciseaux, texte de Michaël Escoffier, illustrations de Karine Bélanger, collection Père Castor, éditions Flammarion jeunesse.

« On est quand même très positifs tous les deux, assure Karine Bélanger. On trouve des façons d’avoir des petits projets, de se lancer des défis, on se réinvente. Tu as le choix : tu t’écrases et tu pleures ou tu vas de l’avant et tu ris. »

Pierre, feuille, ciseaux, texte de Michaël Escoffier, illustrations de Karine Bélanger, collection Père Castor, éditions Flammarion jeunesse.