Billy, fils des humoristes Bianca Longpré et François Massicotte, s’est choisi une robe pastel chez H&M pour sa première journée de maternelle. Sa mère l’a averti : il est possible que des gens passent des commentaires sur sa tenue, à l’école. Si ça arrive, lui a dit Billy du haut de ses 5 ans, il leur répondra de se « mêler de leurs affaires ».

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Trouvant attendrissante la réponse de son benjamin, Bianca Longpré a fait une petite vidéo et l’a publiée sur sa page Facebook (Mère ordinaire), dimanche. On y voit Billy, tout sourire, montrer sa « robe de l’école » et ses souliers arc-en-ciel scintillants.

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En 24 heures, la vidéo avait été visionnée plus de 450 000 fois et avait généré des milliers de commentaires, positifs comme négatifs. « Je ne m’attendais pas à ce que ça amène autant de commentaires, confesse Bianca Longpré en entrevue avec La Presse, lundi après-midi. Quand tu te fais réveiller à 6 h du matin pour une demande d’entrevue radio, c’est parce que ça soulève les passions. »

Des internautes (à l’instar de l’animateur au 98,5 Bernard Drainville) ont dit que si leur fils de 5 ans demandait de porter une robe à l’école, ils essaieraient de l'en dissuader de peur qu’il se fasse intimider. « Ça, c’est respectueux, dit Bianca Longpré. Mais dire : ‟tu vas faire une osti de tapette avec ton gars”, ça, ce n’est pas respectueux. » Car oui, dit-elle, des commentaires hargneux et homophobes, elle en a vu passer.

La façon dont s’habillent les enfants, c’est censé être classé, réglé. Mais je me rends compte que non, ce n’est pas réglé dans la tête des gens.

Bianca Longpré

Est-elle blessée par ces commentaires ? « Non, ça ne me blesse pas, dit la mère de trois enfants. Ce n’est pas la première fois que j’ai eu des commentaires comme ça, même envers mes enfants. Il va tout le temps y en avoir, des morons. »

En publiant la vidéo, Bianca Longpré le faisait aussi pour les autres enfants, dont les parents ne sont pas toujours aussi ouverts, dit-elle. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elle aborde l’attirance de Billy pour les robes, les souliers roses, le maquillage, la danse et le patinage artistique.

« Si tu savais le nombre de mères qui m’écrivent pour me dire que leur gars veut s’habiller en fille, mais que leur père ne veut pas, et que leur gars est malheureux, souligne l’humoriste. François Massicotte a déjà animé Testostérone, son gars porte une robe. On en a fait, du chemin, tout le monde a évolué. Ça donne un argument de plus. »

Accueillir l’enfant et mettre l’école dans le coup

Professeure titulaire à l’École de travail social de l’Université de Montréal, Annie Pullen Sansfaçon a été touchée par la fierté de Billy sur la vidéo. « Ce qu’on a vu sur la vidéo Facebook, c’est vraiment bien, mais ce n’est pas ce qu’on voit partout », dit Mme Pullen Sansfaçon, qui souligne qu’encore aujourd’hui, la plupart des parents tendent à ne pas accepter les élans de leurs enfants.

Or, les recherches montrent que le plus important, « c’est d’affirmer le genre de l’enfant, peu importe ce que c’est », dit Mme Pullen Sansfaçon, également titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enfants transgenres et leurs familles.

Quand son enfant demande de porter, à l’école, des vêtements qui brisent les normes de genre, comment le parent devrait-il réagir ?

« C’est une réponse à plusieurs directions », répond Annie Pullen Sansfaçon. L’important, c’est de suivre le rythme de l’enfant, mais aussi de s’assurer que l’école comprenne la situation et sa responsabilité. « Il faut s’assurer que l’environnement autour de l’enfant va être capable de soutenir ça », résume la professeure, qui se désole que de nombreuses écoles sont mal préparées pour accueillir des enfants de la diversité des genres. « Maintenant, est-ce qu’on va empêcher un enfant de le faire parce que l’environnement [scolaire] n’est pas soutenant ? Je vous dirais : pas vraiment. Je vous dirais qu’il faut travailler le milieu vite, vite, vite. »

Les recherches montrent que les problèmes vécus par les jeunes trans et non binaires ne viennent généralement pas des pairs, mais des structures, note Annie Pullen Sansfaçon : « Des enseignants qui ne comprennent pas, des directions qui ne sont pas soutenantes, des infrastructures qui ne sont pas adaptées [par exemple, les toilettes]. » Des organismes peuvent aider les familles à soutenir la démarche auprès de l’école, dit-elle.

Bianca Longpré, pour sa part, a confiance en l’école de ses enfants, dans la couronne nord de Montréal. « La prof de Billy nous a déjà écrit en disant qu’elle a bien hâte de le voir avec sa belle robe », dit-elle. Déjà, en prématernelle, son fils portait des robes. « Ce sont les adultes, le problème, pas les enfants, estime Bianca Longpré. Billy va au parc tous les jours. Il va au skate park en robe. Il n’y en a pas de problème ! Les enfants, c’est réglé en 10 secondes. Les adultes, c’est vraiment une autre affaire. »

Quant aux copains de l’école de Billy, Bianca Longpré n’est pas inquiète : les parents pourront avoir une discussion avec leur enfant. « Tout le monde va en avoir entendu parler ! », dit-elle en riant à propos de l’ampleur qu’a prise toute cette histoire de petite robe pastel.