Ce n’est pas tout à fait une garderie ni une école. Ce centre éducatif pour les 6-12 ans qui devrait ouvrir ses portes en septembre prochain à Montréal n’entre dans aucune case, autre que celle que lui ont créée ses fondateurs, deux parents qui ne trouvaient pas dans les modèles existants celui qui leur convenait pour faire l’école à la maison.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Le petit local, situé rue Saint-Zotique, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite Patrie, est presque prêt. À la prochaine rentrée scolaire, quand la crise du coronavirus sera derrière nous, il accueillera une douzaine d’enfants qui, d’ordinaire, ne fréquentent pas l’école, puisque leur éducation se passe à la maison. Les enfants seront guidés par une enseignante et une éducatrice dans la réalisation du projet d’apprentissage élaboré par le parent, une exigence du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec pour l’éducation à domicile. Des ateliers couvrant tous les aspects du projet d’apprentissage seront offerts.

Le but n’est pas de se substituer à l’école ou au parent, assurent Karina Smith et Danny Guarino, le couple à l’origine de ce projet.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Les propriétaires du Jardin urbain Karina Smith et Danny Guarino font déjà l’école à la maison pour leurs filles, Junie (sur la photo) et Gera.

Chaque famille va décider quelle partie du curriculum elle va faire elle-même et quelle partie elle va déléguer au centre. On est très loin d’être une école et on ne vise d’aucune façon de l’être.

Karina Smith

« On est un centre qui offre un complément aux projets d’apprentissage des familles et chacune peut l’utiliser de différentes façons », poursuit Mme Smith, qui est titulaire d’une maîtrise en éducation et possède une expérience en enseignement.

Bien qu’il soit possible de fréquenter le centre à temps plein, ses fondateurs visent principalement une clientèle à temps partiel, soit quelques jours par semaine ou des demi-journées. Les matinées seront consacrées aux apprentissages et les après-midi, aux sorties sportives et culturelles. Les enfants inscrits devront être enregistrés auprès du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et d’une commission scolaire, comme l’exige la loi.

Plusieurs centres communautaires accueillent les enfants instruits à la maison pour des activités de groupe, mais la formule choisie par Karina Smith et Danny Guarino est différente. « D’avoir une enseignante présente le matin, c’est assez unique, souligne la directrice de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), Noémi Berlus. Normalement, les parents utilisent les centres communautaires comme lieu de socialisation pour faire des activités éducatives de groupe. L’idée d’aider l’enfant avec son projet d’apprentissage, je n’ai pas vu ça au Québec encore. »

C’est d’abord pour répondre à leurs propres besoins que Karina Smith et Danny Guarino ont mis sur pied ce centre éducatif. Parents de deux enfants (bientôt trois), ils sont les propriétaires de la garderie privée Le Jardin urbain, qui offre également depuis 2019 un programme préscolaire. Souhaitant prendre une plus grande place dans l’éducation de leur fille aînée et pouvoir lui offrir un horaire flexible, à temps partiel, ils ont choisi de se tourner vers l’école à la maison ou, comme ils préfèrent l’appeler, l’éducation sans école. « On est peu à la maison, précise Mme Smith. On est dans la communauté. »

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Le défi de travailler à plein temps

Bien que la gestion de leur garderie et des repas (M. Guarino est cuisinier) les occupent à temps plein, ils ont pu s’organiser au cours de la présente année pour instruire leur fille en dehors de l’école. Ils déplorent toutefois le manque d’options pour les parents qui souhaitent faire l’école à la maison tout en conservant leur emploi.

Pour faire l’école à la maison et travailler en même temps, il faut être créatif. Il y a des façons de s’organiser de plus en plus. Il y a beaucoup de communautés qui s’entraident. Mais il y a souvent un parent qui ne travaille pas.

Karina Smith

« Et la plupart du temps, ce sont les mamans », ajoute son conjoint. Il y a bien des centres communautaires, partout à travers le Québec, qui reçoivent les enfants pour des activités, mais souvent, un adulte doit être présent avec l’enfant.

« Il y a moyen de travailler et de faire l’école à la maison, croit Noémi Berlus, dont les deux enfants suivent l’enseignement à domicile. Mais c’est sûr que c’est moins évident si on a un job de 9 à 5. » Travailleuse autonome, elle pouvait bénéficier d’un horaire flexible. Au cours des six dernières années, son conjoint et elle ont parfois aussi travaillé à temps partiel, en alternance.

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Mme Berlus croit qu’un centre éducatif comme celui du Jardin urbain peut rassurer les parents qui commencent l’école à la maison. « Au début de l’apprentissage en famille, les parents sont plus inquiets de ne rien manquer, constate-t-elle. Ça pourrait les aider à faire la transition et à avoir l’assurance que finalement, ils sont capables. » Ou, ajoute-t-elle, venir combler les faiblesses des parents dans certaines matières.

Le Jardin urbain est un établissement entièrement privé. La grille tarifaire varie selon la formule choisie. Pour un enfant à temps plein, les frais sont de 6000 $ pour l’année 2020-2021, ce qui s’apparente à ceux de certaines écoles primaires privées (service de garde compris).

En raison de la situation entourant la COVID-19, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec n’a pas été en mesure de répondre à nos questions. Selon le Règlement sur l’enseignement à la maison, un avis écrit doit être transmis au ministre et à la commission scolaire lorsqu’un enfant cesse de fréquenter l’école. Le parent doit ensuite fournir un projet d’apprentissage et soumettre son enfant à une évaluation de sa progression. Il n’est cependant pas interdit de déléguer l’éducation à des tiers.