À 5 ans, sa fille avait passé toutes ses soirées d’Halloween avec papa, en raison du calendrier de la garde partagée. Roxanne acceptait la situation, mais à contrecœur. Mais quand sa toute petite lui a dit qu’elle voulait ramasser des bonbons avec elle, l’an dernier, la maman a fait preuve d’originalité.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

« On ne pense jamais à l’Halloween [quand on se sépare], et pourtant… », avoue Roxanne Gendreau.

D’une année à l’autre, la maman avait le cœur brisé de ne pas être avec sa « croquette » pour ce jour festif. L’an dernier, quand ce fut au tour de sa fille de lui exprimer son désir, Roxanne a trouvé auprès de son voisinage une solidarité inespérée. Elle s’est tournée vers Facebook et a lancé une bouteille à la mer sur la page Coop La Prairie — Candiac.

« Si jamais certaines personnes n’enlèvent pas leur déco d’Halloween directement le jour d’après et que le week-end suivant l’Halloween, vous avez toujours des bonbons, je me cherche des maisons chez qui aller cogner pour enfin lui offrir une Halloween avec sa mère… », a publié la maman, qui se disait que « cinq, six maisons auraient rendu sa fille super heureuse ».

La réponse a dépassé ses attentes. Le 3 novembre 2018, Roxanne a enfilé son costume de girafe, a aidé sa fille à se transformer en Olaf – le populaire bonhomme de neige de La reine des neiges — et est partie avec un itinéraire de… 55 maisons à visiter.

« J’étais super émue. Ma fille aussi », raconte Roxanne, qui a visité de bons samaritains à Saint-Constant, Sainte-Catherine, La Prairie, Candiac, Saint-Mathieu et Saint-Philippe.

Les gens qui ouvraient la porte, pour la plupart, étaient déguisés. Il y en a qui avaient mis de la musique d’horreur. Des familles complètes nous attendaient. Une dame nous avait fait des bonbons maison. C’était surprenant ! Les gens ont vraiment été WOW.

Roxanne Gendreau

La maman a récemment publié un message pour remercier de nouveau tous ceux qui lui ont permis l’an dernier de « donner à sa fille la magie qu’elle voulait ».

Temps de qualité

Roxanne a trouvé une solution unique à une réalité qui ne l’est pas du tout. Pour preuve, les témoignages sous sa publication : « Nous, c’est une année sur deux, peu importe la semaine », répondait l’une. « J’ai le même problème ! Depuis maintenant deux ans, j’organise un party d’Halloween à la maison le week-end d’avant ! », ajoutait une autre.

Dans leurs bureaux, médiateurs, accompagnateurs en développement personnel (coachs de vie) et avocats observent que les parents qui se séparent sous-estiment parfois l’importance de l’Halloween dans leur nouvelle réalité de garde partagée.

PHOTO FOURNIE PAR ROXANNE GENDREAU

Roxanne Gendreau et sa fille de 5 ans ont pu passer l’Halloween ensemble l’an dernier.

« C’est la fête la plus attendue par les enfants après Noël. Ça génère beaucoup d’anticipation, de joie, d’excitation. Et quand les parents sont séparés, de leur côté, ils cherchent des moments de qualité avec leur enfant », fait valoir Julie Brien, psychosociologue et coach familiale certifiée PNL chez Ekilib coaching.

C’est comme le temps des Fêtes, les anniversaires, les vacances. Tout ce qui est temps de qualité avec les enfants, les parents le convoitent et veulent en profiter.

Julie Brien

« L’Halloween, ce n’est qu’une soirée et c’est ça qui est particulier. […] On parle d’une activité qui ne durera pas pour un grand nombre d’années, et c’est ça qui fait que les parents s’arrachent les plus petits », fait aussi remarquer Véronique Cyr, avocate en droit de la famille.

Matière à conflit

Elle observe que les parents qui s’entendent bien passeront parfois l’Halloween ensemble. D’autres diviseront la soirée en deux. Dans les cas où l’harmonie n’est pas au rendez-vous, l’Halloween « devient une occasion de rouvrir les conflits ».

« On va faire une entente : qui va chercher qui ? Qui achète le costume ? Est-ce qu’on divise le coût du costume ? Est-ce que c’est juste la soirée ou tu le gardes à dormir ? Est-ce qu’on sépare les bonbons ? Si on se rend là, c’est qu’on est dans une situation où les parents s’obstinent sur tout, et tout est matière à conflit », donne en exemple Me Cyr.

Ultimement, si les parents ne s’entendent pas entre eux ou sont en médiation, ils peuvent aller jusqu’en cour et demander à un juge de trancher. Une situation tout de même rarissime, selon Me Cyr.

« Quand ça arrive, souvent, ce qu’on va voir, c’est la règle de l’alternance : année paire avec la mère, année impaire avec le père. En général, c’est ce que la cour va décider […], chacun sa chance. »

On essaie d’éviter une situation de conflit quand c’est censé être une activité pour les enfants.

Véronique Cyr, avocate en droit de la famille

Dans le même ordre d’idées, Julie Brien insiste sur l’importance de régler la situation à l’écart des enfants, pour qui ce moment est censé être heureux.

« Si ça crée une tension entre les parents, les enfants sont une éponge, ils ont un radar qui vient capter cette tension-là, explique-t-elle. Le réflexe naturel de l’enfant, c’est d’être loyal envers son parent et inconsciemment, il va freiner sa propre joie. »

Elle souligne que plusieurs solutions sont à la portée des parents, et que l’important, « c’est de mettre l’emphase sur le fait que c’est un moment le fun, pour l’enfant, d’abord et avant tout ».

Cinq solutions pour une soirée d’Halloween harmonieuse selon Julie Brien, psychosociologue et coach familiale certifiée PNL

• Les parents, s’ils sont en bons termes, peuvent marcher ensemble avec leur enfant ; 

• Les parents peuvent séparer la soirée en deux, si c’est physiquement possible ; 

• Les parents alternent la garde d’une année à l’autre ;  

• Quand les années sont en alternance, le parent qui ne passe pas l’Halloween peut préparer le déguisement et être impliqué à sa façon ; 

• Si l’enfant est assez vieux, les parents peuvent lui demander dans quel quartier (et non avec quel parent) il aimerait passer l’Halloween ; 

• L’enfant peut faire une activité thématique avec son autre parent dans les jours précédant ou suivant l’Halloween.