Quand un parent vous confie que son enfant est doué, vous avez envie de rouler les yeux ? Pourtant, la douance n’est pas toujours un cadeau du ciel, rappellent Kim Nunès et Julie Rivard dans leur livre Comprendre la douance. Kim Nunès déboulonne cinq mythes pour nous.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

« Les enfants doués sont des premiers de classe. »

Certains le sont, d’autres, non, répond Kim Nunès, coautrice du livre, journaliste, enseignante et mère d’un garçon surdoué. Dans le livre, souligne-t-elle, un pédiatre fait une comparaison évocatrice : les enfants doués possèdent un moteur de Ferrari avec des freins de bicycle à pédales. Ils n’arrivent donc pas toujours à exploiter leur potentiel au maximum, dit-elle. « Une bonne proportion d’enfants doués sont en échec, se désole Kim Nunès. Plusieurs finissent par abandonner l’école qui — on va se le dire — les a souvent abandonnés depuis le premier jour d’école. » Certains s’ennuient et finissent par se désengager ; d’autres donnent leur 100 %, mais rencontrent quand même des difficultés, note l’autrice, qui cite en exemple l’enfant qui pense plus vite qu’il n’écrit et celui qui fait des liens qui sont clairs à ses yeux, mais pas toujours à ceux des autres.

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Kim Nunès, coautrice du livre Comprendre la douance

« Les enfants doués adorent l’école. »

« Un enfant doué peut détester l’école ! » résume Kim Nunès. Certains peuvent trouver le temps long ; d’autres, au contraire, ont de la difficulté à suivre le rythme. « Une grande proportion — près de la moitié des enfants doués — a aussi un trouble d’apprentissage : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie… énumère Kim Nunès. Il y en a aussi qui peuvent avoir un trouble du spectre de l’autisme et un trouble de déficit d’attention et d’hyperactivité. » La douance s’en trouve ainsi camouflée, mais les besoins et les caractéristiques sont les mêmes, dit-elle. Par ailleurs, les enfants doués sont souvent des êtres très sensibles, qui anticipent beaucoup de choses. « L’école, ça peut être un milieu vraiment stressant parce qu’il y a beaucoup de stimuli pour eux », note l’autrice.

« Les personnes dites douées sont plus intelligentes que la moyenne »

« L’intelligence, c’est tellement relatif ! » répond Kim Nunès, rappelant qu’il en existe plusieurs définitions et plusieurs types. Elle ne croit pas qu’un simple chiffre — celui du quotient intellectuel — puisse à lui seul déterminer le potentiel d’une personne. « On dit que les personnes douées sont des personnes à haut potentiel. Mais si elles n’exploitent pas leur potentiel, ça s’annule, non ? Donc, non, les personnes douées ne sont pas plus intelligentes ; elles sont par contre différemment intelligentes. » Les enfants doués ont un mode de pensée différent, comparable à un arbre dont les branches se multiplient. « Ils ont des idées incroyables, mais est-ce que c’est être intelligent d’en avoir ou de pouvoir les exprimer ? C’est très relatif. L’enfant a aussi des compétences à développer, au même titre qu’un autre enfant. »

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Comprendre la douance, de Kim Nunès et Julie Rivard

« La douance se manifeste de la même façon chez les filles que chez les garçons. »

La proportion est la même chez les garçons que chez les filles, mais ces dernières sont moins souvent dépistées. Pourquoi ? Parce qu’elles sont en général moins dérangeantes en classe, résume Kim Nunès. « Le garçon peut faire le clown, couper la parole à son enseignante, perdre son matériel… Souvent, d’ailleurs, de faux diagnostics vont surgir de ces observations-là. » Les filles cherchent davantage à se conformer, dit Kim Nunès. « Dans notre livre, l’autrice Doris Perrodin-Carlen explique qu’elles auront plus tendance à exploser à la maison tellement elles mettent d’efforts à se fondre dans la masse à l’école. » Le refoulement de leur malaise ou de leur ennui peut mener, dans certains cas, à une phobie scolaire ou à la dépression, dit-elle.

« La douance, c’est une prétention des parents. »

Celle-là, Kim Nunès l’entend souvent ! « Habituellement, ce qui mène un parent à faire évaluer son enfant chez un neuropsychologue, c’est un malaise ou une inquiétude, pas une fierté. Tu ne dépenses pas 2000 $ parce que tu es donc fier de ton enfant ! », dit-elle en riant. Le parent peut chercher à comprendre les comportements de son enfant, ses rigidités, son hypersensibilité, sa marginalisation ou encore sa tristesse d’aller à l’école. « C’est sûr que le mot douance n’attire pas la sympathie des gens, mais il faut garder en tête qu’un enfant, c’est un enfant, dit-elle. Si son besoin c’est d’être stimulé intellectuellement et qu’il ne l’est pas, c’est sûr qu’il y a des conséquences au niveau de son bien-être, de sa motivation et de son estime personnelle qui vont affecter toutes les sphères de sa vie. »

Qu’est-ce que la douance ?

Il existe plusieurs définitions de la douance. Selon celle du Dr Françoys Gagné, reconnue internationalement, « la douance désigne la possession et l’utilisation d’habiletés naturelles remarquables, appelées aptitudes, dans au moins un domaine d’habileté (intellectuel, créatif, social, perceptuel ou moteur), à un degré tel qu’elles situent l’individu au moins parmi les 10 % supérieurs de ses pairs en âge ». Pour dépister la douance, les neuropsychologues évaluent le quotient intellectuel et différentes caractéristiques individuelles (créativité, motivation, personnalité) grâce à des questionnaires standardisés et des entretiens. Les psychologues peuvent aussi évaluer la douance.

Sources : Ordre des psychologues du Québec et Association québécoise des neuropsychologues

Comprendre la douance, de Kim Nunès et Julie Rivard, Les Éditions de l’Homme.