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L'avortement comme on ne vous l'a jamais raconté

La bédéiste Aude Mermilliod... (PHOTO FOURNIE PAR L'AUTRICE)

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La bédéiste Aude Mermilliod

PHOTO FOURNIE PAR L'AUTRICE

Parce que c'est un « foutoir émotionnel », un deuil « qui n'en porte pas le nom », dont on ne parle jamais, ou du moins pas comme ça, une bédéiste a choisi de raconter, en mots et en dessins, son choix, tout personnel, de « refuser ». Le récit, en librairie ces jours-ci, à la fois brut et cru, est criant de vérité. Et surtout d'actualité. Entrevue en cinq temps.

Un sujet tabou

Aude Mermilliod est une jeune bédéiste française, Montréalaise d'adoption. Il y a huit ans, elle s'est fait avorter. Et parce qu'elle a souffert à l'époque d'un « déficit de mots et de récits », parce qu'elle ne savait pas comment « dire », et surtout parce que les autres ne savaient pas comment « accueillir », elle a choisi de dessiner. Objectif ? « Dire les vraies affaires », résume celle qui publie ces jours-ci Il fallait que je vous le dise, chez Casterman, un récit à la fois intime et politique sur son avortement. « C'est encore compliqué d'en parler entre amis, dans le couple. Il y a une espèce de pudeur, constate l'autrice. Quand la société n'assume pas complètement un acte, ça n'est pas anodin. » Elle ne s'attendait d'ailleurs pas à ce que son livre soit aussi criant d'actualité, alors que plusieurs États américains viennent justement de réduire de façon draconienne les droits des femmes à ce sujet. « J'ai l'impression que j'ai fait un livre militant malgré moi... »

Une histoire personnelle

Première chose à saisir : chaque avortement est unique. Intime. Personnel. Toutes les histoires varient « selon l'âge, la situation amoureuse, le statut social, selon si l'on a déjà des enfants ou pas ». Une femme amoureuse, en couple, dans une situation stable, n'aura évidemment pas le même vécu qu'une autre dans une situation plus précaire et incertaine, célibataire de surcroît. Encore moins qu'une troisième, déjà multipare, avec plusieurs enfants en bas âge sous le bras. Ni qu'une quatrième, qui rêve pourtant d'avoir des enfants, mais qui, pour toutes sortes de raisons, ne peut pas, ne veut pas, à ce moment-là. Cela semble une évidence, pourtant, à voir les réactions reçues, entendues et répétées, ça ne l'est visiblement pas. Son conseil ? « Il y a une écoute à avoir, et c'est tout. » Une écoute et un « non-jugement », précise-t-elle.

Des médecins à sensibiliser

Dans le cabinet du médecin, Aude Mermilliod s'est effondrée, emportée par un tsunami d'émotions. Pour des raisons qui la regardent. Et ne regardent qu'elle. « Ça ne regarde que la personne qui avorte. » N'empêche. Le médecin l'a alors interrogée : « Mademoiselle, pourquoi vous ne le gardez pas, si ça vous rend si triste ? » Un commentaire « maladroit », résume l'autrice, parmi tant d'autres. « Les médecins ne sont pas forcément formés à cette écoute et à cet accueil, dit-elle. On n'est pas forcément toujours bien accueillies dans nos émotions, notre tristesse n'est pas forcément entendue... » Une tristesse certes ambiguë, mais néanmoins sentie. Bref, légitime.

Un acte qu'il faut banaliser

Craignant de donner des arguments à ses détracteurs pro-vie, en dévoilant ici sa « tristesse », l'autrice enchaîne en insistant sur l'importance, par ailleurs, de « banaliser » l'avortement. Banaliser ? « Une femme sur cinq se fait avorter, dans les pays où c'est légalisé, dit-elle. Ça existe. Et ça continuera d'exister. » Et c'est très bien ainsi, insiste-t-elle. Ce qui ne veut pas dire que ce soit un acte « banal » pour autant, pour celle qui le vit ou qui aura à le vivre. Au contraire. « Ce n'est pas anodin, dit-elle, on peut potentiellement vivre un raz-de-marée émotionnel et il doit être accueilli... »

Un acte dont on se remet

Vous l'aurez compris : les femmes se font et continueront de se faire avorter, auront des sentiments partagés, et ceux-ci devront être sinon compris, du moins « accueillis », insiste à nouveau Aude Mermilliod. « Si on vit un deuil amoureux, on a le droit d'être triste. Là, c'est pareil. C'est un drame dans la vie de quelqu'un, ce n'est pas forcément simple, et il y a un temps nécessaire pour aller mieux. » C'est ce qu'il lui tenait d'ailleurs le plus à coeur : « Dire qu'on a le droit d'être triste... » Il reste qu'au bout du compte, oui, on se remet, conclut l'autrice. « Comme d'une rupture amoureuse... »

La bédé

Il fallait que je vous le dise, publié chez Casterman, arrive en librairie le 13 juin. L'ouvrage, divisé en deux temps, raconte d'une part le cheminement de l'autrice, dans toutes ses ambiguïtés, puis celui du médecin Martin Winckler, médecin féministe français (également Montréalais d'adoption) qui a décidé, dans les années 70, de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse. Une lecture franche, tendre et éclairante, d'un acte commun et méconnu à la fois. Pour en finir avec le tabou. À lire et à partager.

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Il fallait que je vous le dise, d'Aude Mermilliod

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Il fallait que je vous le dise. Aude Mermilliod. Casterman, 163 pages.




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