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Lait maternel: pour en finir avec l'aliment miracle

Isabelle Hachey

C'est clair : le lait maternel est meilleur pour la santé des nourrissons que les préparations commerciales. Sauf que pour faire passer le message, certains groupes en exagèrent les bienfaits. Même Québec a parfois tendance à exagérer, estime le Dr Michael Kramer, une sommité en la matière. Bien sûr, le gouvernement pousse la note avec les meilleures intentions du monde. Quitte à culpabiliser les mères qui découvrent avec stupeur que donner le sein n'est pas toujours une sinécure...

Dans un dossier spécial sur la matière grise, le mois dernier, L'actualité s'est demandé comment favoriser le développement de l'intelligence. «Le moyen le plus sûr : l'allaitement maternel. Des recherches ont montré que les bébés nourris au lait maternel jusqu'à l'âge de 6 mois gagnaient, en moyenne, 6,5 points de Q.I. «, concluait le magazine québécois.

Le moyen le plus sûr, vraiment? D'autres recherches n'ont pourtant rien montré du tout. Dans une vaste revue de la littérature scientifique publiée en 2007, le département américain de la Santé a d'ailleurs estimé qu'il n'y avait «pas de lien entre l'allaitement des bébés à terme et la performance cognitive».

 

Difficile de blâmer le magazine - et encore moins les nouveaux parents - pour avoir cru que le lait maternel constitue une sorte de vaccin miracle, non seulement capable de protéger les bébés d'une foule de maladies, mais aussi de les rendre plus intelligents. Une flopée de reportages, de guides et de dépliants distribués à la maternité se chargent de nous le rappeler à tout moment.

C'est clair: le lait maternel est meilleur pour la santé des nourrissons que les préparations commerciales. Tellement clair, en fait, que le gouvernement du Québec a fait de l'allaitement une priorité de santé publique. Sauf que pour faire passer le message, certains groupes exagèrent les bienfaits du lait maternel. Même Québec a tendance à exagérer, estime le Dr Michael Kramer, un chercheur très respecté de l'Université McGill et une sommité mondiale en matière d'allaitement.

 

Le Dr Michael Kramer, un expert sur le... (Photo: Alain Roberge, La Presse) - image 2.0

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Le Dr Michael Kramer, un expert sur le sujet de l'allaitement maternel.

Photo: Alain Roberge, La Presse

«C'est presque aussi tendancieux du côté des organismes pro-allaitement que du côté des fabricants de lait maternisé. De part et d'autre, les gens exagèrent et ignorent les preuves scientifiques qui contredisent leurs opinions», constate le Dr Kramer, qui mène d'importante recherches depuis plus de huit ans auprès de 15 000 enfants en Biélorussie.«Par exemple, les études publiées dans les années 1970 et 1980 concluaient presque de façon unanime à l'effet protecteur de l'allaitement contre l'asthme et les allergies. Mais il y a eu beaucoup d'études, au cours des dernières années, qui n'ont absolument rien trouvé. Des recherches ont même conclu que les enfants allaités avaient plus de risques de contracter ces maladies! Mais des organismes pro-allaitement les ignorent parce qu'ils n'en aiment pas les résultats.»

Même le guide Mieux vivre avec notre enfant, publié par l'Institut national de santé publique et distribué à tous les nouveaux parents du Québec, «exagère un peu», estime le Dr Kramer. Les auteurs le font «avec les meilleures des intentions. Pour la santé du bébé, il y a des avantages certains à l'allaitement. Cela ne veut pas dire que tout ce qui est écrit soit vrai».

Des effets difficiles à démontrer

Responsable du chapitre sur l'allaitement du guide, le pédiatre Jean-Claude Mercier l'admet: «Si on veut être pointilleux sur toutes les études, il est vrai qu'on en met plus que moins. Ce ne sont pas des études qui démontrent noir sur blanc. Ce sont des études qui suggèrent.»

Le problème, explique le Dr Mercier, c'est que les effets protecteurs de l'allaitement sont très difficiles à démontrer, surtout dans le cas de maladies qui se développent des années plus tard, comme l'obésité ou le diabète. «On a des études de cohortes, mais il y a beaucoup d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte. En général, les femmes qui allaitent sont plus éduquées et plus riches. Déjà, les indicateurs de santé sont meilleurs en partant.»

Ainsi, il n'est pas prouvé hors de tout doute que les enfants allaités soient «mieux protégés contre plusieurs maladies chroniques», comme l'affirme le guide gouvernemental. Pas prouvé, non plus, que les «bienfaits de l'allaitement seront présents aussi longtemps que vous allaiterez». En tout cas, pas au Canada, souligne le Dr Kramer. «Je ne connais aucune étude qui ait démontré un avantage pour la santé de l'enfant au-delà de 12 mois dans les pays développés.»

Cela dit, il est bien établi que l'allaitement protège les nourrissons de certaines maladies, comme les infections gastro-intestinales, l'eczéma et les infections respiratoires. Et si les scientifiques s'entendent moins sur les effets bénéfiques du lait maternel sur l'intelligence, le Dr Kramer, lui, en est convaincu. «Nos études en Biélorussie ont montré que les enfants allaités avaient un Q.I. plus élevé. Malgré tout, certains scientifiques ne sont pas d'accord avec ces résultats.»

Au-delà de ces débats scientifiques, une chose est évidente, dit le Dr Mercier: «On ne peut plus prétendre, en 2009, que les préparations commerciales sont équivalentes au lait maternel.» Le Dr Kramer est d'accord, mais aimerait qu'on évite de culpabiliser les femmes qui ne réussissent pas à allaiter. «Pour l'intelligence, on peut faire autant pour les enfants, sinon plus, en les encourageant à lire plutôt qu'en les laissant devant la télévision pendant des heures. On peut encourager l'activité physique et adopter un régime alimentaire plus sain. Il y a beaucoup de façons d'être une bonne mère sans allaiter.»




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