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«J'avais l'impression de lui donner du poison à rat»

Geneviève Pérusse chez elle avec Aryanne et Alexandre.... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Geneviève Pérusse chez elle avec Aryanne et Alexandre.

Photo: André Pichette, La Presse

Isabelle Hachey

Pour Geneviève Pérusse, c'était l'allaitement et rien d'autre. Elle en était si convaincue qu'elle n'avait pas acheté le moindre biberon avant la naissance de sa fille, Aryanne. Mais le jour J, elle a fait une douloureuse découverte: toutes les mères ne donnent pas le sein en souriant avec tendresse comme sur les photos affichées à la maternité. Parfois, la réalité est plus brutale.

Aryanne ne voulait rien savoir de la tétée. «Elle pleurait tout le temps. Je ne mangeais pas, je ne me lavais pas, je ne dormais pas. Tout ce que je faisais, c'était allaiter. Ça durait deux heures, et ensuite, on me branchait sur un tire-lait électrique pendant 45 minutes pour stimuler la production. Après, je devais remettre ma fille au sein...»

 

La petite commençait à se déshydrater et à perdre du poids. Mais pour les infirmières, pas question de lui donner un biberon. Ça a duré six jours. «Une nuit, une infirmière m'a dit qu'il fallait que je me repose, que je n'aurais jamais de lait si je continuais comme ça. Elle a caché de la formule dans un tiroir et m'a fait promettre de ne pas le dire aux autres!»

Pendant longtemps, bien des mères n'ont pas été appuyées dans leur désir d'allaiter. À la maternité, on donnait le biberon sans même demander leur avis. Désormais convaincus des bienfaits du lait maternel, les hôpitaux travaillent à corriger le tir. Or, ce retour du balancier va parfois trop loin, si l'on en juge par les nombreux forums de discussion où des mères désemparées dénoncent avec virulence la croisade des «ayatollahs de l'allaitement».

 

Maryse Villeneuve et ses enfants, Gaël (3 ans)... (Photo André Tremblay, La Presse) - image 2.0

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Maryse Villeneuve et ses enfants, Gaël (3 ans) et Éloi Verdule (2 mois et demi).

Photo André Tremblay, La Presse

Après un accouchement difficile, Maryse Villeneuve s'est elle aussi butée à un mur. «En cinq jours à l'hôpital, pas une fois Gaël n'a tété à mon sein. Les infirmières lui prenaient la tête, poussaient dessus. Lui hurlait, pleurait et se débattait... c'était un vrai cauchemar. Je passais mes jours et mes nuits à faire ça. Je n'avais pas de répit. Et mon bébé dépérissait sous mes yeux.»Gaël ne s'est calmé qu'en prenant le biberon. «Pour les infirmières, c'était un échec. Plusieurs m'ont reproché d'avoir abandonné. Mais ma santé mentale était en jeu.» De retour à la maison, une infirmière du CLSC a insisté pour qu'elle essaie à nouveau. «Elle m'a même dit de me coucher nue avec mon bébé, peau à peau, pendant 48 heures, pour lui donner le goût de téter!»

Les mois suivants, c'est le regard des autres qui a été le plus difficile à supporter pour les deux mères. «J'allais aux relevailles pour avoir de l'aide, où j'allaitais sans arrêt pendant quatre heures, raconte Mme Pérusse. Quand je sortais, je savais que ma fille avait encore faim, mais j'étais trop mal à l'aise pour la nourrir là-bas. J'allais me garer dans un stationnement et je lui donnais le biberon dans l'auto, en cachette.»

La jeune femme regrette qu'on ne tienne pas davantage compte de la santé psychologique des mères. «Chaque fois que je donnais un biberon à ma fille, je pleurais. J'avais l'impression de lui donner du poison à rat. Cela a pris un an avant que je m'en remette. Quand je suis tombée enceinte à nouveau, ce n'est pas de l'accouchement dont j'avais peur, c'est de l'allaitement!»




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