Le parc de planche à roulettes de Saint-Jérôme est populaire depuis son inauguration, en septembre 2020. Un peu trop populaire en pandémie, selon la Santé publique. Des clôtures pour limiter le nombre de personnes – et des heures d’ouverture réduites – ont été instaurées au printemps, afin d’empêcher des éclosions de COVID-19. Au grand désarroi des sportifs qui le fréquentent. Mais le vent semble tourner pour les amateurs de planche à roulettes, de BMX et de trottinette.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Malgré la chaleur de juillet, le parc est animé en ce jeudi après-midi. Une petite fille de 3 ans s’initie à la planche à roulettes avec son père. Des planchistes chevronnés se lancent sur les rampes et les modules. « Avec le skate, on est censé être libre. Comme on dit en bon français, on est des amateurs de style libre. On veut pouvoir entrer en liberté et sortir en liberté », lance le planchiste de 23 ans Xavier-Alexandre Bordeleau, rencontré au parc Multisports de Saint-Jérôme.

Il y a deux semaines, il a lancé une pétition pour le retrait des clôtures qui limitent à 50 le nombre de personnes dans le skatepark et forcent certains groupes à se séparer. Xavier-Alexandre Bordeleau réclamait aussi l’ouverture prolongée jusqu’à 23 h, alors que la fermeture était dès 21 h. Plus de 500 signatures ont soutenu ces demandes.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Depuis le printemps, la santé publique a exigé que des mesures sanitaires soient prises au skatepark du parc Multisports de Saint-Jérôme.

La mairesse de Saint-Jérôme, Janice Bélair-Rolland, explique que la Santé publique a exigé ces mesures sanitaires en avril, en raison de la fréquentation importante.

Il faut aussi dire qu’on n’est pas tellement contents de cette situation-là. On était plutôt confiants qu’avec le changement de zone vers la zone verte, on allait passer à une liberté supplémentaire et qu’on aurait pu enlever les clôtures.

Janice Bélair-Rolland, mairesse de Saint-Jérôme

Mais ça n’a pas été le cas, même après la dernière mise à jour de la Santé publique, le 30 juin.

La mairesse est fière du parc de planche à roulettes, qu’elle considère comme unique dans la région. « Sa popularité a été immédiate », raconte-t-elle. Cela explique pourquoi l’endroit est le seul des environs qui est clôturé, précise-t-elle. Un agent de sécurité est sur place et le nombre de personnes est compté.

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Le skatepark du parc Père-Marquette, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, n’a pas de clôtures.

À Montréal, les adeptes de planche ont plus de liberté. Au skatepark du parc Père-Marquette, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, il n’y a pas de clôtures ni d’agent de sécurité, a pu constater La Presse. Le site de la Ville de Montréal précise que dans les parcs de planche à roulettes extérieurs, « les activités peuvent être pratiquées seul ou en groupe de 50 personnes maximum ». Mais personne ne semble faire le décompte des personnes présentes, qui ont rarement des contacts rapprochés, en raison de la nature de leur sport. Selon l’Institut national de santé publique du Québec, « la pratique d’activités physiques à l’extérieur, plutôt qu’à l’intérieur, devrait contribuer à réduire le risque de transmission, particulièrement en raison du pouvoir de dilution de l’atmosphère ».

Rouler après 21 h

À Saint-Jérôme, entouré de planches à roulettes, Xavier-Alexandre Bordeleau est dans son élément. « J’ai des photos de moi sur une planche à 3 ou 4 ans », raconte-t-il en souriant. Chaque soir, il est fidèle au poste. Mais depuis le printemps, il était mécontent de devoir arrêter de pratiquer son sport en soirée.

« On s’en allait à 21 h et on voyait les gens qui jouaient encore au soccer et au frisbee sur le terrain de football », raconte-t-il. « C’était plus que plate, c’était frustrant », ajoute Carl Côté-Ouellet, un autre planchiste rencontré sur les lieux. Propriétaire d’une maison à proximité, il ne pouvait pas profiter du skatepark en rentrant du travail, en soirée.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Carl Côte-Ouellet en action au skatepark de Saint-Jérôme

Xavier-Alexandre Bordeleau et Carl Côté-Ouellet reconnaissent que la Ville de Saint-Jérôme a été à l’écoute dans ce dossier. Ils disent comprendre que des mesures sanitaires sont nécessaires, mais veulent plus de liberté pour leurs allées et venues. Première victoire : la mairesse a confirmé qu’à partir du lundi 19 juillet, le parc fermera à 23 h.

Partager une même passion

Carl Côté-Ouellet pratique la planche à roulettes depuis 10 ans. Il s’estime chanceux d’avoir « un skatepark à l’image des skaters » dans son quartier. Le sport a été formateur pour lui.

Tu peux tomber cent fois et réussir une fois. Qu’est-ce que ça t’apprend ? Que c’est normal de tomber.

Carl Côté-Ouellet

Quelques minutes plus tard, il fait une chute. Il se relève en riant et remonte sur sa planche.

Cette discipline est-elle encore mal vue dans la société ? « C’est la base de ce sport, explique Carl Côté-Ouellet. Ça venait de la rue. Les skaters étaient mal vus parce qu’ils étaient marginaux. » La perception est en train de changer, croit ce dernier. La planche à roulettes fait son entrée aux Jeux olympiques de Tokyo, qui s’ouvrent le 23 juillet.

Selon Carl Côté-Ouellet, la planche à roulettes réunit des gens de tous les horizons. « Un monsieur de 60 ans va arriver au parc et va faire un props [bravo] à une petite fille de 4 ans », raconte-t-il. « Ils se respectent parce qu’ils partagent la même passion », résume Xavier-Alexandre Bordeleau.