La violence conjugale entre hommes – souvent banalisée et occultée – existe bel et bien. Pour libérer la parole des victimes et démystifier le phénomène, quatre auteurs proposent des récits inspirés d’une étude universitaire dans le recueil Le cœur au beurre noir.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Selon Statistique Canada, entre 2009 et 2017, 55 % des cas de violence entre partenaires de même sexe déclarés à la police étaient survenus dans des relations intimes ou amoureuses entre hommes.

Ces chiffres ont poussé Valérie Roy, professeure titulaire à l’École de travail social et de criminologie à l’Université Laval, à se pencher sur ce phénomène peu abordé.

« Les normes sociales font obstacle à la recherche d’aide pour les hommes, démontrent nos résultats. Ils ne pensent pas qu’ils peuvent être victimes de violence conjugale, car la représentation sociale hétéronormative du phénomène est forte », explique Valérie Roy.

Conséquence : les hommes tardent à demander de l’aide et s’exposent donc encore plus au danger.

Faire part de son expérience

Plus d’une vingtaine d’hommes québécois ont participé à l’étude de l’Université Laval. Ils ont fait part de leur expérience de violence vécue en contexte de séparation dans une relation intime ou amoureuse avec un autre homme.

Le livre Le cœur au beurre noir : récits de sensibilisation à la violence dans les relations intimes ou amoureuses entre hommes, lancé ce lundi à l’occasion de la Journée internationale contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie, rassemble des récits inspirés de leurs témoignages. Les auteurs Jean-Paul Daoust, Pierre-Luc Landry, Daoud Najm et Olivier Sylvestre se plongent, le temps d’une courte nouvelle, dans ce sujet sombre.

« Avec cette initiative littéraire et artistique unique en son genre, on a voulu aider les hommes à nommer ce qu’ils vivent. À ne pas avoir honte et à aller chercher de l’aide auprès de ressources appropriées », explique Alexandre Dumont-Blais, codirecteur général de RÉZO, organisme communautaire sans but lucratif qui œuvre auprès des hommes gais ou bisexuels, cis et trans, et qui a collaboré directement à l’étude de l’Université Laval.

Étienne Gignac, 28 ans, a vécu une agression sexuelle il y a 10 ans.

PHOTO FOURNIE PAR ÉTIENNE GIGNAC

Étienne Gignac

Quand tu es un homme, tu n’es pas la victime type. Le consentement entre hommes, on en parle peu. Je me faisais dire que j’avais juste eu une mauvaise expérience.

Étienne Gignac

Il a accepté de prendre part à l’étude pour briser ce cycle de solitude qui accable les hommes victimes de violences conjugales ou sexuelles.

Le jeune homme originaire de Val-d’Or encourage d’ailleurs les victimes à dénoncer la violence physique quand elle survient, même si le processus est long et ardu. « Pour moi, c’est important qu’il n’y ait plus de tabou par rapport à ça, surtout dans la communauté LGBT. »

Selon les statistiques, les femmes sont plus nombreuses à être victimes de violence conjugale, rappelle Valérie Roy. « On ne veut pas nier ça, mais défaire les mythes de la victime type. C’est en partie pour ça qu’on a choisi l’univers de la littérature pour donner ces références. »

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