Vieillir en santé est un objectif qu’on souhaite tous atteindre. La Presse vous présente des portraits de jeunes et moins jeunes pour qui l’âge n’est pas un frein aux projets.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Le 12 janvier dernier, Jeannette Rivière a eu 100 ans. Véritable force de la nature, elle multiplie les attentions auprès de son entourage en Gaspésie et elle s’apprête à publier un livre.

Pour son anniversaire, la dame a reçu assez de fleurs pour remplir son appartement en entier. « J’ai été comblée de fleurs, d’attentions et de témoignages des autres résidants du Manoir Lady Maria », dit-elle au bout du fil avec une voix enjouée.

En dépit de sa santé de fer, elle n’avait jamais imaginé qu’elle atteindrait cet âge vénérable. « Aujourd’hui, c’est aujourd’hui, et demain, on verra. Moi, je suis positive et je ne pense jamais au lendemain. Je suis heureuse de ce que le Bon Dieu m’apporte. Mes enfants sont bons pour moi. Que voulez-vous que je demande de plus ? »

Mère de 5 enfants et grand-mère de 12 petits-enfants, Mme Rivière a enseigné l’anglais à l’école secondaire pendant 10 ans. « C’était une vraie passion. J’aimais beaucoup être en contact avec les élèves et la relation d’aide. »

Une âme sœur sur le tard

PHOTO FOURNIE PAR JEANNETTE RIVIÈRE

Jeannette Rivière multiplie les attentions auprès de son entourage en Gaspésie.

Plusieurs décennies plus tard, elle semble avoir conservé toutes ses habitudes de compassion. Lorsqu’elle a déménagé au Manoir, il y a cinq ans, elle s’est liée d’amitié avec une voisine de palier. « Aussitôt que je l’ai vue, j’ai senti qu’elle était la présence dont j’avais besoin en arrivant ici avec des étrangers. Elle est devenue comme une sœur. On se comprenait tellement bien toutes les deux. Le matin, le midi et le soir, je l’accompagnais à la salle à dîner, je la ramenais, je la couchais et je priais avec elle. Mon doux qu’elle était fine ! »

Si elle en parle au passé, c’est que son amie est morte au printemps dernier, peu de temps après que les résidants ont été isolés pour être protégés de la COVID-19. « Elle a eu beaucoup de peine qu’on soit séparées. Elle n’a pas vécu longtemps après. Si j’avais pu continuer à la voir, je suis certaine qu’elle serait encore là. J’ai pleuré beaucoup durant le mois qui a suivi. »

Malgré sa tristesse, Jeannette Rivière continue à prendre soin des autres. Durant les dernières semaines de 2020, elle a écrit 140 cartes de Noël pour les résidants.

À mon arrivée au Manoir, je me suis aperçue que plusieurs personnes n’avaient pas reçu de vœux de Noël, alors j’ai décidé que tout le monde recevrait au moins une carte de ma part, avec un petit cadeau dans l’enveloppe. Je leur souhaite joyeux Noël, bonne année et j’écris quelques mots pour les encourager.

Jeannette Rivière

À ces mots personnalisés s’ajoute une multitude de cadeaux tricotés pour ses proches, les personnes seules ou dans le besoin. « Par exemple, ma petite-fille est infirmière à l’hôpital et elle me dit qu’elle n’aime pas voir les enfants courir nu-pieds sur les planchers. J’ai donc tricoté plein de pantoufles et elle leur a distribué. »

Un livre à paraître

En plus de confectionner pantoufles, tuques et foulards de laine, la centenaire fabrique aussi des livres. Au printemps prochain, les Éditions Druide publieront ses correspondances avec la comédienne et écrivaine Louise Portal, qu’elle a rencontrée durant un festival aux Îles de la Madeleine. « Nous étions toutes les deux présentes durant un repas de l’évènement. À un moment donné, mon foulard de soie a glissé par terre. Louise l’a ramassé et me l’a redonné avec son beau sourire. C’est à ce moment qu’on a commencé à parler. »

Leur discussion s’est transformée en amitié, pour ne pas dire en lien familial non officiel. « Un jour, Louise m’a dit qu’elle avait perdu sa grand-mère très jeune et qu’elle sentait dans ma présence que je pourrais être sa grand-mère. Elle m’a alors demandé si elle pouvait m’adopter comme grand-maman. J’ai répondu : “Il n’y a pas de problème ! Un de plus ou de moins, je suis capable d’en prendre !” »

Depuis plus d’une décennie, les deux femmes maintiennent une précieuse correspondance que le grand public pourra découvrir. « Mon fils écrivain, Sylvain Rivière, a eu l’idée avec Louise de faire un livre avec nos échanges. On partage nos réflexions, nos états d’âme et ce que l’on vit. »

Le livre L’héritage des mots – correspondance entre deux rives sera en vente dès le 27 avril 2021.