Le bonheur est rarement facile ou permanent. Qu’à cela ne tienne, cet état de grâce est à la portée de tous, malgré les épreuves de la vie, voire grâce à elles. La Presse rencontre chaque semaine quelqu’un qui semble l’avoir apprivoisé.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

Karine Bélanger se décrit comme une hyperactive qui a 20 idées de projet par jour. Pendant son confinement, elle en a eu plusieurs bonnes, dont celle de faire envoyer des lettres d’enfant à des personnes âgées. L’enseignante est convaincue d’une chose dans la vie : nous avons besoin les uns des autres pour être heureux !

Les plus grégaires d’entre nous s’en rendent bien compte, depuis deux mois : isolement forcé n’est pas toujours synonyme de bonheur. Même si ça ne remplace pas la chaleur humaine, « une lettre, c’est un câlin sur papier », croit Karine Bélanger.

Enseignante en deuxième année à l’école primaire du Jardin-des-Lacs, à Saint-Denis-de-Brompton, en Estrie, la femme d’action a mis à contribution ses nombreux amis et contacts, pour faire décoller le projet « Semer le bonheur » en moins de deux. Les Correspondances d’Eastman ont embarqué. Des auteurs connus ont écrit des lettres modèles pour les enfants. D’autres écoles et commissions scolaires se sont jointes au mouvement.

À l’origine du projet, il y avait une volonté plus pédagogique que sociale, bien que les deux se marient souvent dans l’enseignement que prodigue cette enseignante à l’approche très dynamique. « J’ai gardé le contact avec mes élèves, en faisant des FaceTime, par exemple. Et j’ai remarqué que le plus difficile pour les parents, c’était de motiver les enfants à écrire. Pour les plus petits, surtout, ça demande la mise en œuvre de plusieurs connaissances nouvellement acquises. En classe, c’est assez facile de les stimuler, mais à distance, c’est une autre histoire. »

Puis, dès le début du confinement, il est devenu évident que l’isolement des personnes âgées était un des enjeux majeurs de la crise. Il y a eu un déclic dans la tête de la mère de trois ados.

En quelques jours, le projet a réussi à mobiliser politique, culture, éducation, littérature, et a décollé. On est toujours plus fort lorsqu’on est bien entouré.

Karine Bélanger

Outre les aspects pédagogique et philanthropique, d’autres belles leçons de vie potentielles sont apparues au fil du temps. Apprendre aux enfants à donner sans rien attendre en retour, par exemple. Avoir une conscience historique de la contribution des générations précédentes, s’intéresser aux vies bien remplies que ces personnes âgées ont pu avoir.

« Monsieur Legault parle de ceux et celles qui ont “construit notre Québec”. C’est bien de rappeler aux jeunes que s’ils vont à l’école gratuitement, qu’ils se font soigner gratuitement et qu’ils se promènent dans la rue en toute sécurité, c’est parce qu’il y a des gens qui ont travaillé fort pour qu’on en arrive là. Le reconnaître, c’est la moindre des choses. »

Faire des choix

Originaire de Sherbrooke, Karine a fait des études en art et technologies des médias, à Jonquière. « Quand tu es jeune, les gens autour de toi te disent toujours dans quoi tu serais bonne. Moi, on me disait que j’étais faite pour les communications ou le droit. »

Insatisfaite de son début de parcours professionnel, la jeune femme qu’elle était s’est rappelé à quel point elle aimait le contact des enfants. « Ça avait toujours été facile pour moi, travailler avec les enfants, dans les camps de jour par exemple. » Elle a donc bifurqué vers l’enseignement, qu’elle pratique maintenant depuis 16 ans, en plus d’illustrer des albums jeunesse.

Je suis faite pour créer des solutions et j’aime être gratifiée instantanément. Pour moi, travailler avec des enfants tous les jours, ce n’est pas une corvée. Quand on fait ce pour quoi on est fait, on est heureux.

Karine Bélanger

« Oui, il a fallu que je retourne aux études. C’est un choix que j’ai dû assumer. Mais dans la vie, il n’y a pas de place pour les regrets. Il faut essayer des choses. Écouter la petite voix qui nous guide. Il y a tellement de gens qui se créent eux-mêmes leurs limites », déclare la Magogoise qui aime repousser les siennes, notamment à titre de triathlète.

« C’est sûr que je suis une fille qui déplace de l’air, mais les gens sont bien contents quand ils ont besoin de mon énergie et quand vient le temps de défendre un point avec passion ! On a toujours les défauts de ses qualités. Ça prend toutes sortes de monde pour faire un monde. Moi, j’ai besoin d’être entourée de gens qui me complètent, qui voient des choses que je n’ai pas vues, qui me critiquent, me confrontent, qui améliorent mes idées. Mon chum, par exemple, il a un rythme plus lent. Moi, je ne la vois pas, la petite feuille qui tourne dans le vent. Mais lui, oui ! Il m’apaise. »

Questionnaire de la fête des Mères

Comment décrirais-tu le bonheur d’être mère ?

« De tous les moments de bonheur qui parcourent mon quotidien, ceux que je partage avec mes trois enfants sont de loin les meilleurs. Maintenant qu’ils sont adolescents, je constate que mon rôle de mère a changé. J’adore échanger avec eux sur leurs opinions, leurs questionnements, leurs inquiétudes, leurs volontés, leurs connaissances. Même les conflits avec eux, j’adore. J’aime les voir s’affirmer, argumenter, s’obstiner et s’entêter. À leur âge, ils pratiquent leur force de caractère avec moi, c’est normal, je les aime inconditionnellement… Toutefois, je sais que c’est grâce à ces confrontations respectueuses entre deux êtres qui s’aiment que mes enfants réussiront plus tard à défendre leurs idées, leurs opinions et leurs convictions devant d’autres personnes. Les voir si confiants dans leur avenir, ça me comble de bonheur ! »

Et celui d’être fille ?

« C’est en devenant mère que j’ai réussi à mieux comprendre la mienne. On a toutes les deux des personnalités tellement contrastées que c’est seulement à travers ma propre maternité que j’ai enfin pu comprendre tous les sacrifices qu’elle avait faits pour mon frère et moi. Douce, calme, patiente, tolérante, généreuse et résiliente, ma mère m’a appris que la force d’une mère réside en sa capacité à prioriser les besoins de ses enfants. Aujourd’hui, même ses six petits-enfants passent avant elle. Remplie de compassion et d’altruisme, elle est toujours là pour aider les gens qui l’entourent. Malgré sa petite taille, c’est vraiment la plus grande personne que je connaisse. »