Vivement 2021, vous dites ? Plus que quelques jours et 2020 sera effectivement derrière nous, au sens mathématique du terme, mais pas forcément pandémique. Question de vous éviter d’amères déceptions, six réflexions à garder à tête pour commencer 2021 du bon (sage et réaliste) pied.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Assurément mieux que 2020

Il y a de l’espoir dans l’air, c’est évident. Est-ce dû à la nouvelle année, au désir de tourner la page (enfin !), toujours est-il que le réveillon risque d’avoir un parfum tout particulier cette année. Disons que les vœux de santé (aussi virtuels soient-ils) devraient être drôlement populaires. Bienvenus. Et surtout sentis. C’est qu’officiellement, dur de faire pire en 2021 qu’en 2020, concèdent ici tous les experts sondés. « Les gens ont beaucoup souffert en 2020. Et se disent que ça ne peut pas être pire en 2021. […] Mais je ne crois pas que ce soit lié au fétichisme des nombres », nuance d’emblée (et amusé !) Alain Giguère, président de la firme de sondages CROP. Il s’agirait plutôt d’un fait concret, poursuit le sondeur : 2020 aura été l’année de la pandémie (et risque de le rester, dans nos souvenirs, notre mémoire collective et les livres d’histoire à venir), alors que 2021 sera l’année de la vaccination. « Je ne pense pas que le jour de l’An ait quelque chose à voir. » N’empêche : « C’est correct, dit-il, on va tous se souhaiter que 2021 soit meilleure que 2020 ! » Et il y a une très bonne raison d’y croire.

Les vaccins, sources d’espoir

Bien évidemment, l’arrivée des vaccins et le début de la vaccination incarnent une immense (infinie !) source d’espoir. « Tout le monde espère qu’avec le vaccin, les choses vont revenir à la normale. » Et les chiffres, en matière d’intention face à cette vaccination, sont à cet effet prometteurs. « La grande majorité des gens veut se faire vacciner, à 70 % », rappelle Alain Giguère, sondages récents à l’appui. Une poignée refuse dur comme fer (10 %, les « antivax »), tandis que les « autres » préfèrent plutôt « attendre un peu » (histoire de voir les effets à court et à moyen terme de ces fameux nouveaux vaccins, élaborés dans l’urgence, un « tour de force pour l’industrie pharmaceutique », faut-il le rappeler). Pour qu’immunité collective il y ait, on le sait, encore faut-il que 70 % de la population ait été vaccinée ou ait été en contact avec la maladie. « Donc à 70 %, on va passer au travers », résume Alain Giguère. En théorie, oui. « Et les gens y croient. » Il y a de la lumière au bout du tunnel, quoi.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

L’atteinte de l’immunité collective avec la vaccination prendra un certain temps, rappellent les experts.

Soyons réalistes

Cela dit, maintenant, quelle longueur aura le tunnel ? Et quand atteindrons-nous cette fameuse lumière ? C’est la grande question qui demeure. Et pour laquelle personne n’a de réponse claire. « C’est sûr qu’il y a de l’espoir, mais on est 8 millions au Québec, poursuit le sondeur. Vacciner suffisamment de gens pour qu’il y ait cette immunité collective, ça ne va pas se faire en deux semaines. » Ni deux mois. « On pense que la vie va reprendre, mais ce qu’on ne sait pas, c’est quand », résume-t-il. Bref, oui, on espère tous que le vaccin fonctionne, qu’il soit distribué le plus rapidement possible, que ces fameux 70 % embarquent, pour qu’on puisse ce faisant revenir à nos vies normales. « Certain qu’on a le droit d’y croire », confirme Alain Giguère, mais encore faut-il rester réalistes. « Il y a beaucoup d’inconnu encore. »

Soyons réalistes, bis

Même son de cloche et sage rationalité de la part de Pierre Côté, fondateur de l’IBL (indice du bonheur Léger). « Ceux qui pensent partir en Europe en janvier seront peut-être déçus. Ça ne sera peut-être pas pour cette année. Il y a plein de choses qu’on ne connaît pas encore », renchérit-il. Bref, non, les restaurants ne vont certainement pas rouvrir dès janvier, ni les théâtres, encore moins les salles de spectacle. Qu’on se le dise : ce ne sera pas le moment d’inviter ses amis au bar. Parce que les bars, désolés d’insister, vont demeurer fermés. Mais attention, il y a une grande leçon de vie ici à tirer. « Quand les attentes sont trop élevées, on est toujours déçu », résume le conférencier, qui étudie, année après année, l’indice de bonheur des Québécois. Morale ? Il faut rester réalistes (et non « naïfs »), donc, et surtout cultiver cette grande leçon « d’humilité » de 2020 : « il y a des choses qu’on contrôle. Et d’autres qu’on ne contrôle pas. Il faut travailler ce sur quoi on a le contrôle », suggère-t-il. Et cela fait maintenant neuf mois qu’on y travaille, d’ailleurs.

Les acquis de 2020

Et il n’est pas inintéressant de se le rappeler : nous n’attaquons pas cette nouvelle année sans être un brin préparés. La pandémie, on connaît. On a donné, direz-vous, mais on a surtout appris. Bref, on a quelques acquis. Et on ne parle pas ici de vos nouvelles habiletés en pâtisserie. « On a appris et on s’est adaptés à beaucoup de choses », renchérit la psychologue Rose-Marie Charest, qui propose justement ces jours-ci une conférence sur l’art de « mieux vivre le passage de 2020 à 2021 ». « Et c’est quelque chose qui peut servir de point d’appui. » Parions que ces neuf derniers mois vous en ont en effet appris un rayon sur votre personne. Pensez : télétravail, évidemment, mais aussi gestion du quotidien et gestion de l’incertain. Gestion de la fatigue, du stress, de la solitude ou de la promiscuité imposée. L’idée ? « Tout ne sera pas facile dès janvier, résume-t-elle, alors comment faire, en tenant compte de l’expérience vécue […], pour traverser cette dernière période difficile ? » Comment s’attaquer à la fin de ce marathon, pour paraphraser François Legault ?

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

La psychologue Rose-Marie Charest

Les conseils de la psy

Un temps d’arrêt pour y penser s’impose, dit-elle. « Il faut prendre un temps de réflexion pour choisir comment vivre cette nouvelle période. » Pardon : « comment mieux vivre cette période », nuance-t-elle. Notez le choix des mots : au lieu d’attendre en vain le retour des beaux jours, comment vivre au mieux cette attente ? Le temps des Fêtes est tout indiqué pour cette réflexion. Au menu : repos (l’année a été immensément stressante, et celle à venir le sera aussi, à sa manière, d’où l’importance de recharger les batteries), gâteries (« n’ayez pas peur des plaisirs coupables ! », suggère la psychologue, allô Ciné-Cadeau en boucle en pyjama !) et surtout magie (« les rassemblements sont interdits, mais fêter Noël n’est pas interdit ! »). Évitez de vous bombarder de (mauvaises) nouvelles, et tenez-vous loin des cyniques (et autres esprits négatifs). Ce n’est jamais très bon pour le moral. En gros : « occupez-vous l’esprit avec des choses agréables ! », conclut-elle, et offrez-vous un « second souffle ». Faites ce qui vous fait du bien, ce qui vous convient, à vous, pour vous. Parce que vous le méritez bien, et nous le méritons tous, après cette année de fou…