L’entrepreneur et conférencier Nicolas Duvernois ne le cache pas : il a raté le sien. Magistralement, même. Mais loin de l’abattre (ce serait mal le connaître), cet échec l’a inspiré.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Ça aurait pu s’appeler : comment j’ai raté mon télétravail, mais comme il est d’un naturel optimiste, du genre « verre à moitié plein », le fondateur de Pur Vodka lui a préféré : Réussir son télétravail ! Et mine de rien, depuis la petite révolution pour le moins brusque et radicale qu’a connue cette année le monde du travail, l’ouvrage, publié récemment chez Transcontinental, est l’un des premiers titres « pratico-pratiques » à s’attaquer à la question. Une question marginale, hier encore (lire : prépandémie), qui touche désormais la grande majorité des travailleurs du Québec, mais aussi de la planète !

Disons que ce n’est pas rien. Et on comprend que plusieurs, comme Nicolas Duvernois, y aient sombré, tête première et malgré toutes leurs bonnes intentions, et autres chaises de travail rapportées à la maison pour la cause.

Dans un long préambule, le dragon raconte d’ailleurs candidement comment les trois premiers mois du Grand Confinement l’ont en effet miné. « Ce guide, pour tout vous dire, j’en ai eu l’idée, car j’en aurais eu besoin », écrit-il, exemples de journées sans fin tout de mou vêtu à l’appui, à se sentir sans cesse coupable face au boulot, sa conjointe, ses enfants, alouette. Vous vous reconnaissez ? Ce livre est pour vous (que vous soyez employé ou gestionnaire, travailleur autonome ou salarié, faut-il le souligner, puisqu’il y en a ici pour tous les goûts, et surtout pour tous les questionnements).

Je me suis dit qu’il fallait que j’écrive ce guide avec ce côté « démocratique » ou humain. Alors j’ai approché des experts en partant de ma prémisse : j’ai raté le mien, comment réussir ?

Nicolas Duvernois

Ce que dit la science

Ce n’est évidemment pas lui qui répond à la question, vous l’aurez compris, mais une série d’experts, donc, tous archi-connus : de l’ergonome Sylvie Bergeron (qui aborde l’importance de la fameuse posture « neutre ») au chroniqueur François Charron (et ses fameux gadgets fétiches), en passant par Danielle Danault (fondatrice de Cardio Plein Air, qui livre ses trucs pour rester actif, entraînement express en sus), disons qu’on ratisse large et efficace. Toutes les questions psychologiques (et l’importance de respecter une hygiène de travail, travailler à heures fixes et, oui, s’habiller en conséquence), financières, même légales, sont ici en prime abordées.

Impossible de ne pas se sentir interpellé. D’ailleurs, Nicolas Duvernois le constate, depuis ce livre, il n’est plus tout à fait le même.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Nicolas Duvernois

J’ai développé une relation beaucoup plus saine avec le travail !

Nicolas Duvernois, entrepreneur

Et ce, même s’il a opté, de son côté, pour un retour quasi total (quatre jours par semaine) au bureau. « C’est personnel, j’aime ça être au bureau ! », s’excuse-t-il aussi quasiment. Avec trois jeunes enfants (dont un nouveau-né) à la maison, on soupçonne que les réunions sur Zoom ne devaient pas être évidentes. N’empêche que l’aventure (aussi épique fût-elle) aura eu ceci de bon que le bourreau de travail a apparemment appris « comment travailler » (penser ici ergonomie, rehausseur d’écran, casque d’écoute et autres pauses régulières toutes les 20 minutes), il se soucie en outre davantage de sa santé physique (« et mentale, pour être meilleur au travail »), et a appris à mettre un terme à ses journées. Oui, c’est possible.

D’ailleurs, s’il n’y avait que trois choses à retenir de son livre, ce seraient celles-ci : l’importance d’une bonne posture (et la question de la santé physique), comment (et pourquoi) se mettre à « off » de temps en temps (bloquer ses notifications ou oublier votre cellulaire en soirée, vous connaissez ?) et l’art, surtout, par-dessus tout, de ne pas perdre « l’humain en soi ». Tout un chapitre, signé du conférencier Benoît Chalifoux, s’attaque à ce grand défi, d’autant plus important en mode virtuel, on s’entend.

IMAGE FOURNIE PAR LA MAISON D’ÉDITION

Couverture du livre Réussir son télétravail !

Comment fait Nicolas Duvernois ? « Moi, j’invite mon comité de direction à venir marcher avec moi. On fait des meetings en marchant », répond-il, le tout à distance, en respectant les consignes sanitaires, il va sans dire. « L’autre jour, avec mon chef des finances et des opérations, on a marché trois heures et demie, et on a refait la business au grand complet ! » Une idée inspirante, parmi une pléthore ici proposée, pour ne pas devenir tous au mieux des robots, au pire des « zombis »…

« Le télétravail n’est pas qu’une question de travail de la maison. C’est beaucoup plus qu’un changement de lieu. C’est un changement de vie. Et l’adaptation est beaucoup plus complexe qu’on peut le penser, conclut ici l’entrepreneur. Ce n’est pas à prendre à la légère, si on veut être heureux au travail. » Qui s’y opposera ?

Réussir son télétravail ! Collectif. Les Éditions Transcontinental. 240 pages.