Pour l’une, c’est une carrière d’enseignante qui a commencé un peu plus tôt que prévu et pour l’autre, c’est un changement de métier soudain. L’athlète Farah Jacques et le journaliste Maxime Sarrasin ne devaient pas se retrouver devant une classe cette année, mais la pandémie en a décidé autrement, au grand bonheur des élèves.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Prof de maths et olympienne

Les élèves ont d’abord été trop impressionnés pour poser des questions à Farah Jacques. Ce n’était pas les problèmes de maths de 2e secondaire qui les laissaient sans mot autant que le parcours de leur nouvelle enseignante, qui s’adonne aussi à être une athlète olympique.

« C’est comme s’ils n’arrivaient pas à le croire », dit Farah Jacques.

Et pourtant. Cette spécialiste des haies a participé au relais 4 × 100 m aux Jeux olympiques de Rio et se préparait à aller à ceux de Tokyo. Tout en s’entraînant, elle a terminé son baccalauréat en enseignement et a fait un peu de suppléance, ce qui lui permettait de passer de longues périodes à l’extérieur du pays pour s’entraîner.

Elle était justement en Louisiane quand elle a appris que les Jeux d’été de 2020 étaient reportés. De retour chez elle, la motivation de Farah Jacques a dégringolé.

Je me suis accrochée à quelque chose que je savais qui était stable, qui allait se réaliser. Je me suis accrochée à l’enseignement.

Farah Jacques

Elle enseigne à l’école secondaire Grande-Rivière de Gatineau depuis le début de l’année scolaire et vient aussi de recommencer à s’entraîner à raison de quatre jours par semaine, un rythme qui ira en s’accélérant. Ça ressemble à deux emplois à temps plein, concède-t-elle.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Farah Jacques enseigne à l’école secondaire Grande-Rivière de Gatineau.

L’athlète n’a pas abandonné l’idée d’aller aux Jeux olympiques et en cette période d’incertitude, elle se prépare comme s’ils auront lieu. « Si ça se réalise, je serai prête et si ça ne se réalise pas, je n’aurai pas de regrets. Je m’en voudrais de ne pas être prête », dit Farah Jacques.

L’enseignante de maths reçoit parfois des courriels de parents qui lui écrivent à quel point leur enfant est motivé par le fait d’avoir une athlète en classe. Un sentiment réciproque pour celle qui doit s’entraîner presque chaque jour sans même savoir ce qu’il adviendra des compétitions sportives. « Je sais que l’école est là, j’ai une routine qui m’aide à fonctionner. Je m’accroche à l’école et on verra ensuite ce qui va se passer », dit-elle.

Cette déviation dans son parcours lui aura permis de confirmer qu’elle a choisi le bon métier. « J’aime être en classe, enseigner de nouvelles choses aux élèves, voir leur progression. J’ai choisi la bonne job », dit Farah Jacques.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Maxime Sarrasin, journaliste sportif au 98,5, est retourné dans les écoles pour donner un coup de main comme enseignant.

De la radio au CHSLD, puis à l’école

Oui, Maxime Sarrasin a déjà interviewé le gardien de but du Canadien Carey Price, tout comme des joueurs, dont Shea Weber. Mais quand ses élèves de 6e année, impressionnés, lui demandent s’il a aussi eu la chance de rencontrer le joueur de soccer Cristiano Ronaldo, ça le fait rigoler. « Je leur dis que non, malheureusement, même si j’aimerais ça », dit celui qui est aussi journaliste web et sportif au 98,5 à Montréal.

Si le journaliste a l’occasion de parler de son métier à des élèves de Laval, c’est qu’il remet ces jours-ci les pieds dans une école à titre d’enseignant « non qualifié ». Il a bien fait de la suppléance il y a quelques années, mais il a bifurqué vers le journalisme. Il gagnait sa vie à la radio jusqu’à ce que la pandémie frappe le monde des médias, comme elle a frappé à bien d’autres endroits.

Je trouvais que c’était une belle occasion d’aller donner un coup de main aux élèves vu qu’il y a un manque de personnel, surtout dans le contexte de la COVID-19.

Maxime Sarrasin

L’enseignant ajoute qu’il y est aussi pour la stabilité financière, mais on devine bien que ce n’est pas la seule raison qui justifie sa présence dans une école primaire de Laval quand on sait qu’au printemps, il est allé donner un coup de main en CHSLD. À l’établissement où il était affecté, une bonne partie des résidants ont été infectés. Maxime Sarrasin a aussi contracté le virus, puis a contaminé sa conjointe et son fils.

Ça l’a en quelque sorte préparé à son retour dans les écoles en mode COVID-19.

« Je suis un peu moins craintif vu que je suis passé au travers. Je ne sais pas si je suis immunisé, personne ne le sait, mais s’il fallait que je sois réinfecté, je ne suis pas inquiet. Mais je ne veux pas que ça arrive, je fais attention », dit Maxime Sarrasin.

L’enseignant redécouvre ces jours-ci une profession qu’il n’a pas exercée depuis cinq ans. « Communiquer, c’est dans ma nature. Mais prendre une classe au pied levé parce qu’une enseignante a quitté après trois semaines, rencontrer les collègues, travailler avec du nouveau matériel, ça demande beaucoup d’adaptation. J’y vais une journée à la fois », dit Maxime Sarrasin, qui ne tarit pas d’éloges pour ses nouveaux collègues et élèves.

On dit que le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir. Maxime Sarrasin, lui, souhaite y retourner, mais que les parents de ses élèves se rassurent : il entend finir l’année en classe.

« Il n’est pas question que je laisse tomber les élèves, je vais respecter mes engagements. Mais le plan initial, c’est de retourner au journalisme, ma passion », dit Maxime Sarrasin.