La pandémie est en train de faire bouger des facteurs de bonheur auparavant stables, observe le fondateur de l’Indice de bonheur Léger (IBL), Pierre Côté. Certains perdront de leur importance, projette-t-il, tandis que d’autres prendront du galon. Cela va commander des actions différentes par le fait même.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Flexibilité est le nouveau mot d’ordre, croit Pierre Côté. « On disait déjà que la flexibilité travail-famille était un must, mais c’est encore plus vrai maintenant. S’il y a un retour vers une certaine normalité, il faudra que les conditions de travail soient modulées davantage en fonction des individus. »

Il est cependant trop tôt pour prendre des décisions et en tirer des conclusions, croit-il. La pandémie est un marathon et nous manquons de recul pour évaluer les choses. Les travailleurs goûtent à une autre réalité, mais rien ne garantit que ce plaisir sera encore présent dans un an.

« Pour le moment, on n’a pas le choix de s’organiser pour aimer le télétravail, mais je crois que le travail est appelé à demeurer un lieu de rencontres et d’échanges. Nous avons besoin d’être connectés les uns aux autres. Je serais déçu que ces milieux de vie soient remplacés par la technologie et le télétravail, réfléchit-il. Quelle forme cela prendra-t-il ? C’est autre chose. »

Entre un télétravail à plein temps et une présence constante au bureau, le balancier se replacera graduellement quelque part entre les deux, pense le directeur de recherche de l’observatoire sur le bonheur qu’est l’IBL. Et le pendule s’arrêtera probablement à des endroits différents selon les individus.

Du bonheur à la carte

L’entreprise de créativitech Turbulent misait beaucoup sur l’esprit d’équipe avant la pandémie. L’entreprise a mis en place différentes initiatives de socialisation durant la quarantaine pour réduire l’impression d’isolement. Les espaces du bureau ont notamment été virtuellement reproduits pour que les gens puissent se retrouver dans un environnement similaire à celui dans lequel ils évoluaient avant.

Avec le beau temps, ce genre d’initiative s’est essoufflé, constate Enrica Boucher, conseillère principale en ressources humaines de Turbulent.

Il est évident que le fait d’être 100 % en télétravail a un impact sur la gestion humaine. Certaines situations sont plus difficiles à gérer à distance.

Enrica Boucher

Turbulent offrira tout de même la possibilité à ses employés de rester définitivement en télétravail ou de retourner au bureau à une fréquence qui leur convient. L’entreprise voit différents avantages dans son nouveau mode de fonctionnement, dont la possibilité de recruter des talents à l’extérieur de la région métropolitaine. Le défi, toutefois, sera de maintenir la culture d’entreprise.

L’ADN d’une entreprise passe-t-il par un environnement et un climat de travail ou par un projet commun ? À la lumière de ces derniers mois, la question se pose.

L’importance qu’on accorde au travail demeurera possiblement la même, pense Sylvie Ménard, coach de gestion en leadership positif. La valeur des relations humaines aussi. « Ce n’est pas tant les piliers du bonheur qui changent, mais le contexte dans lequel ils évoluent. J’invite les gens à se questionner sur les façons de nourrir leurs piliers de bonheur dans ce nouveau cadre. » « Chose certaine, un employé heureux est un employé plus productif, relève Pierre Côté. Chacun est gagnant quand on parle de bonheur au travail. »

Pour calculer son indice de bonheur au travail