Le bois, le feu, la nuit, les étoiles et la pluie. Ça change une vie, qu’on dit. Pour tous les campeurs en deuil cet été, la saison ayant été annulée, plusieurs se souviennent. Et se racontent.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Tobby Parent, 32 ans
Camp Trois-Saumons
Campeur de 1998 à 2000

Enfant, Tobby Parent vivait au cœur de la ville de Québec, avec sa mère et son jeune frère. La nature, la forêt ? C’était pour les autres.

« On vivait au centre-ville de Québec et on n’avait jamais eu de vacances à la campagne. Ma mère nous élevait seule et elle n’avait pas les moyens de nous envoyer dans des camps, mon frère et moi », raconte celui qui est aujourd’hui directeur adjoint d’une succursale de la Banque Royale, à Québec.

À 10 ans, sa vie a pris un tournant lorsqu’il a pu séjourner deux semaines dans un camp de vacances à l’invitation d’une fondation. C’est son professeur d’éducation physique (Tobby Parent se souvient encore de son nom : Alain Turgeon) qui a trouvé aux deux frères des places au Camp Trois-Saumons, à Saint-Aubert, près de Saint-Jean-Port-Joli. « La Fondation des Camps Odyssée invitait chaque été quelques jeunes à séjourner gratuitement dans des camps en plus de nous offrir de l’aide pour le matériel, comme les sacs de couchage ou les sacs à dos. C’est au camp que j’ai été pour la première fois en contact avec la forêt, que j’ai fait du camping, du canot. J’ai pu y aller pendant trois étés consécutifs… »

Des souvenirs, il en a dans chaque recoin du camp de vacances, qu’il a revisité une fois adulte. « Pour moi, c’était comme un Walt Disney en pleine nature : on faisait de l’escalade, de l’hébertisme, de la randonnée. C’était l’aventure tous les jours ! », dit l’homme de 32 ans.

PHOTO FOURNIE PAR TOBBY PARENT

Tobby Parent (à gauche) et son jeune frère en compagnie d’une animatrice du Camp Trois-Saumons.

« Mais ce que je retiens surtout de cette expérience, c’est la possibilité que j’ai eue de sortir de mon milieu. D’être parachuté dans un groupe d’inconnus m’a obligé à sortir de ma zone de confort dès le jour 1. C’est particulier, un camp, car tu te retrouves avec 15 personnes que tu ne connais pas et avec qui tu vas dormir pendant 15 jours dans des lits collés. C’est un genre de Loft Story où on te dit : “voici tes compagnons pour les deux prochaines semaines !” »

On n’était pas fortunés à la maison, mais au camp, tout le monde est sur le même pied. Il y a une ouverture rapide vers les autres. Entre l’entrée au camp et la sortie, je n’étais plus la même personne !

Tobby Parent

Plus autonome, mieux outillé pour s’adapter aux situations, plus ouvert aux autres… L’adulte qu’est devenu Tobby Parent reconnaît tout ce que ses séjours au camp ont apporté à l’enfant qu’il était. « Disons que considérant le milieu dans lequel j’ai grandi, je n’avais peut-être pas les meilleurs pronostics d’avenir et j’ose croire que le camp a eu un impact important sur mon développement. » Il admet aussi que les moniteurs qui s’occupaient de son groupe ont été des modèles masculins positifs, à un moment où il en avait bien besoin. « En raison de mon contexte familial, ces moniteurs ont eu un impact, c’est sûr. »

C’est pour cette raison qu’il a décidé de s’impliquer dans la Fondation des Camps Odyssée, pour que d’autres puissent comme lui s’épanouir au contact de la nature. Et si un jour il a des enfants, ces derniers iront assurément dans un camp ! « Même si, au départ, c’est insécurisant, tu vis là-bas un détachement qui te permet de grandir. »