Dès le début du confinement, et pendant quelques semaines, Chiara Piazzesi et sa fille ont dansé tous les jours sur de la musique des années 90.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Ça s’est fait tout naturellement. « C’était notre moment de joie », relate Chiara Piazzesi, qui est professeure au département de sociologie de l’UQAM et directrice de l’unité de programme de premier cycle en sociologie. « Je réfléchissais à ça par la suite… C’était vraiment une réponse d’urgence pour essayer de rendre la socialité plus légère de ce qu’elle était. Quand on sortait de la maison, quand on allait faire des courses, tout était compliqué, lourd, désagréable. Et c’était une réponse tout à fait normale. »

Contrebalancer la lourdeur et la laideur de la pandémie de COVID-19 par des instants de beauté et de légèreté est un réflexe souhaitable, estime Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

Quand on est dans une mauvaise période, c’est important d’aller chercher tous les plaisirs que la vie peut offrir et qui ne sont pas dommageables pour nous et de s’entourer de beau, d’indulgence, de bienveillance.

Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

Cette beauté et cette douceur, les gens ont évidemment dû les chercher entre les quatre murs de leur foyer.

C’est chez elle, à Saint-Sauveur, avec ses quatre enfants et son amoureux, que Chloé Daneau a trouvé de petites façons d’adoucir son quotidien. En prenant des marches chaque jour avec les siens. En organisant avec eux des compétitions d’accro-yoga et de cuisine (elle est encore estomaquée par le filet de porc sauce framboise de sa fille de 11 ans). Et en regardant son aîné apprendre à écrire à son petit frère…

« Le soir, quand je me couche, je me dis que je suis chanceuse de vivre ça », dit Chloé Daneau, qui nous rassure : non, le quotidien avec quatre enfants confinés n’est pas de tout repos. « Mais c’est la dernière fois que tous les enfants sont avec moi encore, enchaîne la mère de famille, qui s’apprête à voir son plus grand prendre son envol pour faire ses études collégiales. Ils grandissent, ils vont faire leur vie – et c’est merveilleux, mais je me trouve chanceuse de les avoir et de pouvoir vivre ces moments-là avec eux. »

Redécouvrir les petits bonheurs

La crise actuelle nous a menés à redécouvrir des bonheurs très simples, constate la psychologue Christine Grou. Planter des fleurs, nettoyer son terrain, cuisiner, faire des jeux de société en famille… « C’est comme si on a défié la compulsion de toutes les activités, de toutes les sorties, dit-elle. Et on ne culpabilise pas de ne rien faire. » Manon Girard, de Deux-Montagnes, cuisine avec joie avec sa grande fille de 20 ans. C’est cette dernière qui a proposé à sa mère de l’aider, alors qu’elle n’avait pratiquement jamais tenu de casserole de sa vie.

PHOTO FOURNIE PAR MANON GIRARD

Une fougasse aux olives cuisinée par Manon Girard et sa fille de 20 ans.

Les gens ont dû apprendre à vivre à un rythme différent, note Chiara Piazzesi, et les choses qui ponctuent leur quotidien – comme un dîner en famille, par exemple – deviennent peut-être plus significatives qu’avant, plus « sacrées », même, constate Chiara Piazzesi. Le rythme dans notre façon de consommer a aussi changé, dit-elle.

Ces dernières semaines nous ont aussi rappelé l’importance de l’empathie, de l’entraide et du soutien familial, ajoute Christine Grou.

Que garderons-nous de tout ça une fois que la crise sera derrière nous ? En tirerons-nous des apprentissages ?

L’épidémie et tout ce qui en découle ont fait sortir les gens de leur zone de confort et leur ont fait découvrir des capacités qui ne sont pas sollicitées en temps normal, souligne la sociologue Chiara Piazzesi.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Chiara Piazzesi, professeure au département de sociologie de l’UQAM et directrice de l’unité de programme de premier cycle en sociologie

Pour plusieurs, cette période a été l’occasion de se connaître un peu mieux, de savoir un peu mieux qu’on est capable et à quel point on est résilient.

Chiara Piazzesi, professeure au département de sociologie de l’UQAM

Ce qui restera, croit aussi Christine Grou, ce sont les prises de conscience qu’on a faites par rapport à soi, nos capacités d’adaptation, la découverte de notre résilience, l’importance des liens.

Quant à toutes ces petites habitudes qui se sont forgées parce que nous avons été forcés de ralentir, Christine Grou doute qu’elles restent une fois la crise passée. D’ailleurs, la psychologue les voit comme des adaptations, et non comme des habitudes découlant d’une réflexion profonde. « Avant la pandémie, tout le monde était d’accord pour dire que c’est important de prendre le temps, et que du temps, on n’en a pas assez et qu’on mène des vies de fou, rappelle-t-elle. Mais la pression sociale est tellement grande qu’on est difficilement capables de faire autrement… »

Chloé Daneau espère une chose : que ses enfants sortiront de cette période encore plus unis qu’avant. « J’espère qu’ils garderont ce lien », confie-t-elle.