La résilience est-elle innée, ou la développe-t-on en surmontant les épreuves de la vie ? Enfermés entre nos quatre murs, confinés à cause d’une pandémie, sommes-nous en train de devenir des êtres super-résilients ? Nous avons posé la question à deux spécialistes.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

On l’entend et on le lit souvent, une personne résiliente traverse mieux les épreuves. Mais comment le devient-on ? Ça s’apprend, docteur ?

« C’est quelque chose qu’on peut acquérir et développer », assure la Dre Tina Montreuil, professeure adjointe au département de psychopédagogie et counseling de l’Université McGill. « Actuellement, la COVID-19 nous donne l’opportunité de développer notre résilience. Mais il faut tout de même avoir quelques prédispositions. »

« La résilience n’est pas un concept fixé dans le temps, poursuit la Dre Montreuil, qui dirige le Groupe de recherche sur l’anxiété et la régulation émotionnelle chez l’enfant. Il y a un contexte, un environnement. Une personne peut être résiliente face à une épreuve, la pandémie, par exemple, mais ne pas être résiliente face à une rupture amoureuse. Tout dépend de notre bagage. Quant à la gravité de l’épreuve, elle n’est pas objective. C’est différent pour chaque personne. »

En d’autres mots, ce qui semble une épreuve pour quelqu’un peut être quelque chose de banal pour d’autres.

« On est tous en train de travailler nos facteurs de résilience », croit pour sa part la psychologue Pascale Brillon, directrice de l’Institut Alpha. Cette spécialiste du traitement de l’anxiété aime bien utiliser la métaphore du roseau qui ploie sans rompre pour décrire ce qu’est la résilience. « C’est notre capacité à pouvoir rebondir, à encaisser l’adversité et revenir à notre niveau de fonctionnement d’avant », précise-t-elle.

Nous avons parfois tendance à confondre résilience et force de caractère. Or ce n’est pas exactement la même chose, rappelle la psychologue.

« Des gens qui disent “j’ai traversé cette épreuve sans rien ressentir, j’ai fait preuve de courage”, ce n’est pas de la résilience, nuance-t-elle. Être résilient, c’est savoir faire preuve de souplesse émotionnelle et cognitive, c’est pouvoir reconnaître nos émotions, nos sensations physiques. Et notre tolérance à l’incertitude joue pour beaucoup. »

Est-ce que je peux être bien maintenant, malgré ce qui se passe, malgré l’anxiété que je ressens ? Si oui, je fais preuve de résilience.

Pascale Brillon, directrice de l’Institut Alpha

Même l’humour est une forme de résilience, insiste la Dre Brillon. « Depuis le début de la pandémie, on voit passer des caricatures et des mèmes. Notre capacité à rire, l’autodérision ainsi que l’humour noir sont toutes des formes de résilience. »

Enseigner la résilience

Sur le plan psychologique, nous ne sommes pas tous égaux face à la pandémie. Il suffit de se promener sur les réseaux sociaux pour constater que certains vivent plus difficilement le stress lié au confinement. « Pour les gens fragilisés, c’est plus difficile, confirme la Dre Brillon. Ça fait remonter des choses, ils réagissent plus fortement. Mais je dirais que la majeure partie des gens font preuve de résilience. »

« Ce n’est pas vrai qu’on va tous avoir des problèmes lorsqu’on va sortir du confinement, estime quant à elle la Dre Montreuil. La plupart d’entre nous vont traverser ça sans trop de problèmes. »

Y a-t-il des types de personnalité plus résilients que d’autres ?

« Je ne le dirais pas comme ça, répond cette spécialiste. Il y a des prédispositions psychologiques. Et l’environnement immédiat va nous aider à voir les choses plus positivement. »

Plusieurs études montrent en effet qu’il y a un lien direct entre la réaction des parents à une épreuve et la régulation émotionnelle des enfants, et ce, jusqu’à l’âge adulte.

« C’est pour cette raison qu’on tente d’infuser certains comportements chez les parents plus fragiles, souligne la Dre Montreuil, qui développe des programmes de prévention en collaboration avec l’hôpital Sainte-Justine. On accompagne les parents avant même la naissance de l’enfant afin qu’ils bâtissent leur résilience et qu’il y ait un transfert positif entre les générations. Et si le parent n’est pas capable, une personne signifiante dans la vie de l’enfant peur jouer ce rôle. D’où l’importance des enseignants pour les enfants qui grandissent dans des milieux plus difficiles. »

Voir le bon côté

On peut outiller les parents, donc, mais on peut surtout aussi « enseigner » la résilience aux enfants. Comment ? « Avec l’enfant, on essaie de lui faire prendre conscience de ce qui se passe en lui, explique la Dre Montreuil. Pourquoi je me sens triste, qu’est-ce qui se passe dans ma tête, dans mon corps ? Puis, on l’aide à accepter la situation et à faire preuve d’autocompassion. »

Certains comportements adoptés par la famille – une bonne santé physique, une bonne alimentation, une bonne hygiène de vie – sont tous des facteurs qui peuvent favoriser la résilience d’un enfant et l’aider à rebondir.

La Dre Tina Montreuil, professeure adjointe au département de psychopédagogie et counseling de l’Université McGill

Mais tous les enfants ne grandissent pas dans des environnements sécurisants, ou n’ont tout simplement pas développé les outils pour faire preuve de résilience. Dans ce cas, est-il trop tard, à l’âge adulte, pour le devenir ?

« En sciences sociales, on ose croire qu’il n’est jamais trop tard, répond la psychologue Pascale Brillon, un sourire dans la voix. On peut aussi parler de croissance post-traumatique : est-ce que je peux apprendre d’une épreuve ? Dans le cas de la pandémie, est-ce que je peux même aller mieux qu’avant parce que l’épreuve m’a permis de revoir mes valeurs, mes choix, mes objectifs de vie ? »

En fin de compte, notre expérience du confinement nous aura-t-elle aidés à grandir ? Est-ce possible d’y voir des aspects positifs sans tomber dans le jovialisme ? « Il y a des belles choses qui peuvent sortir de tout ça, croit en effet la Dre Montreuil. On peut se dire : je vais essayer de voir le meilleur de la situation. On peut ressortir gagnant d’avoir fait face à l’adversité. Ce n’est pas de la psychologie positive que de dire ça. »