C’est depuis longtemps la date anniversaire des amateurs de marijuana. Si le 420 a déjà été un code obscur entre adeptes de cannabis, la référence est aujourd’hui bien connue. Chaque année, le 20 avril (4/20), dans la plupart des grandes villes, des gens se réunissent pour s’allumer un joint.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Mais en ces temps de pandémie, que feront les aficionados du cannabis à 4 h 20 de l’après-midi le 20 avril ?

Marc-Boris St-Maurice, qui a fondé le site Espace Cannabis — qui répertorie presque tous les produits de la SQDC en leur attribuant un nombre d’étoiles et une appréciation —, s’est senti la responsabilité de mettre en garde ses près de 10 000 membres.

SAISIE D’ÉCRAN TIRÉE DE L’INTERNET 

Avertissement sur le site Espace Cannabis

« Ne vous rendez pas au parc Jeanne-Mance ce 20 avril et ne partagez pas des joints entre amis », clame-t-il dans un avertissement qui apparaît sur sa page, avant de convier tout le monde à un « salon virtuel » afin de respecter les consignes de la Santé publique.

Le chef des communications de la police de Montréal, André Durocher, a d’ailleurs confirmé que si les fumeux de pot se réunissent sur le mont Royal et que ces rendez-vous ont des airs de rassemblements, c’est le décret gouvernemental sur la santé publique qui s’appliquera : 1546 $ d’amende.

« Les gens qui incitent à participer à un rassemblement peuvent s’exposer à des problèmes », a-t-il ajouté.

Le militant à l’origine du Bloc Pot, du Parti marijuana et du Club Compassion y a vu l’occasion d’essayer une nouvelle formule. « Cette fête-là a toujours évolué de façon organique et spontanée depuis 10 ans, nous dit Marc-Boris St-Maurice, c’est pas quelque chose d’organisé. Donc, dans le contexte actuel, on essaie autre chose, on va pouvoir accueillir jusqu’à 1000 participants à partir de 14 h sur Zoom. » Pour s’inscrire, il suffit d’aller sur le site web d’Espace Cannabis.

Au programme : de la musique, des animations, des costumes et du pot, bien sûr, fumé de toutes sortes de façons — à l’âge légal de 21 ans, présume-t-on.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Marc-Boris St-Maurice

On va avoir un écran principal avec de la musique, on a invité des DJ comme Steph Lemire, on a aussi fait appel à un artiste visuel qui s’appelle David Henry Nobody Junior, que j’ai découvert sur Instagram, on encourage les gens à porter des costumes, à danser, on va faire tourner ces images-là, et à 4 h 20, tout le monde va allumer son joint.

Marc-Boris St-Maurice, fondateur du site Espace Cannabis

4 h 20. L’origine du code est là. Dans l’heure (avant d’être assimilée à la date). Tout aurait commencé dans les années 70, près de la San Rafael High School, en Californie. Un groupe d’adolescents avait pris l’habitude d’aller fumer à 4 h 20 (16 h 20) près de la statue de Louis-Pasteur, non loin de l’école.

Étaient-ils des élèves de l’école ou des drop out baptisés les Waldos parce qu’ils traînaient toute la journée, appuyés contre des murs (wall), comme le rapporte The Los Angeles Times ? Les versions diffèrent, mais toujours est-il que « 420 » est devenu leur code pour « aller fumer ».

Des années plus tard, dans une scène du film Pulp Fiction, on remarque que les horloges sont réglées à 4 h 20. Un clin d’œil qu’on attribue non pas au réalisateur Quentin Tarantino, mais à un membre de l’équipe de production. Là encore, on ne sait pas exactement qui est derrière cette « ruse ».

Aujourd’hui, c’est même une expression consacrée pour désigner les personnes qui sont tolérantes ou non à la consommation de pot. Sur les applications de rencontres, il est très fréquent de lire, dans le profil des gens, qu’ils sont « 420 Friendly »… ou non.

En tout cas, cette année, c’est de leur salon qu’ils devront l’être.

— Avec Tristan Péloquin